Walter Isaacson, “Steve Jobs”

walter-isaacson-steve-jobsLe livre n’est pas tout récent puisque sa première publication remonte à près de deux ans. Il ne se caractérise pas non plus par son ambition littéraire – bien que l’auteur développe son sujet dans une langue soignée –, ni par sa force d’imagination.

Non, nous sommes dans une biographie rigoureuse, qui ne se propose rien d’autre que de fournir le portrait fidèle d’un personnage.

Ce personnage, doté d’une dimension exceptionnelle, figure importante de notre époque, est le fondateur d’Apple, le créateur du légendaire Mac, le très médiatique et très controversé Steve Jobs, mort en 2012 en laissant orphelins tous les geek de la terre.

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La vie d’un génie ?

Le bandeau de l’édition de poche n’y va pas par quatre chemins : « La vie d’un génie. » Pourquoi pas, même si ce surdoué de l’informatique ne peut pas être tout à fait comparé à Einstein ou à Picasso. Du côté de la personnalité, pourtant, cet enfant naturel né d’une étudiante du Wisconsin d’origine allemande et d’un étudiant syrien, abandonné à la naissance puis adopté par un couple américain de la middle class, les Jobs, installés à San Francisco, possédait le sens de la démesure et le goût de l’innovation qui caractérisent les êtres destinés à laisser une trace.

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Un profil hors norme

Pour illustrer ce profil hors norme, il suffit de mentionner quelques-unes des caractéristiques personnelles de Jobs.

Des colères légendaires qui lui valent de tenaces inimités ; un immense mépris pour tous ceux qui ne partagent ni son exigence ni sa créativité ; une vision du monde binaire, ou les nuls s’opposent aux génies, les créations minables (ce que font les autres) aux inventions retentissantes (les siennes) ; un talent pour tirer le meilleur de ses partenaires de travail ou de ses amis, même s’il peut, au passage, leur voler leurs idées pour se les approprier sans vergogne ; une tendance forte à la mythomanie (ce que l’auteur nomme joliment son « champ de distorsion de la réalité ») ; une volonté permanente de se situer au carrefour de l’art et de la technologie ; une capacité de vivre de la même manière, frugale et sans ostentation, qu’il soit dans l’indigence ou qu’il se trouve à la tête de millions (sinon de milliards) de dollars ; une obsession maladive pour les régimes extrêmes (exclusivement végétariens) et les jeûnes ; un art consommé de la communication et de la mise en scène qui lui permit de transformer chaque présentation de nouveau produit en show spectaculaire suivi par des milliers d’inconditionnels ; un magnétisme particulier qui lui permettait de séduire les plus froids des businessmen ; une boulimie d’action, une impatience d’entreprendre, un mouvement perpétuel – tendances peu conformes à l’attitude zen qu’il revendiquait depuis son voyage de jeunesse en Inde ; un flair professionnel infaillible (malgré quelques échecs retentissants) assorti d’une intuition de visionnaire, et encore quelques spécificités jouant toutes sur le registre de l’excès.

L’un des acteurs qui ont révolutionné notre quotidien

L’homme fascine ou exaspère, mais jamais ne laisse indifférent. Le chef d’entreprise en revanche, force le respect. « L’histoire, écrit Isaacson dans un élan de lyrisme, le placera au panthéon, juste à côté d’Edison ou de Ford. » Nous en reparlerons dans cinquante ans. Pour l’instant, nous pouvons récapituler quelques-uns des produits que nous lui devons et qui ont révolutionné notre quotidien : le Macintosh, les Apple Store, l’iTunes Store, l’iPhone, l’iPod, l’iPad…

À chaque fois, Jobs, dans son immense mégalomanie, n’a pas simplement le sentiment d’enrichir l’industrie, mais celui de dessiner les contours du futur, voire de modifier le destin de l’humanité. Comme il connut aussi quelques mésaventures privées et qu’il eut à se battre des années avec un méchant cancer qui l’emporta prématurément, cette figure remarquable de la Silicon Valley, placée par le biographe au niveau du génie, continue à ressembler simplement à un homme. Pour ses fans, et ils sont nombreux, il pourrait déjà se rapprocher du mythe.

Yves Stalloni

• Walter Isaacson, « Steve Jobs », traduit de l’anglais par Dominique Defert et Carole Delporte, Livre de poche, 2012.

En contrepoint de cet ouvrage, on lira avec intérêt l’autobiographie d’un autre personnage hors norme,  Steve Wozniak, cofondateur d’Apple : iWoz, à paraître aux éditions Globe le 26 septembre.

Tous les titres des éditions Globe.

 

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