La question mémorielle au lycée : l’approche de la Grande Guerre par un discours de Maurice Genevoix (1re)

Pages d’un carnet de Maurice Genevoix © Famille Genevoix

L’entrée de la question mémorielle de la Première Guerre mondiale dans les nouveaux programmes de Première confirme la place croissante du couple mémoire/histoire dans l’enseignement scolaire notamment au lycée.

Les anciens programmes de Terminale avaient introduit une réflexion spécifique sur la mémoire dans le cadre des « Rapports des sociétés à leur passé ». Ils invitaient à étudier, à travers la Seconde Guerre mondiale ou la guerre d’Algérie, la distinction entre histoire et mémoire. Ils définissaient en creux la démarche de l’historien, qui reconstitue le passé à partir de sources authentifiées (textes, objets, images) et permet d’analyser la notion de mémoire collective (événements du passé qu’une communauté choisit de préserver de l’oubli).

Les mémoires étaient ici travaillées du point de vue d’une lecture historienne : par définition plurielles, les mémoires d’un événement portent en elles un rapport différentiés aux faits et au monde, en fonction des orientations et intentions de ceux qui les modèlent. À l’inverse, les historiens construisent un récit qui se veut vrai du passé à partir de documents critiqués et comparés.

Pouvaient aussi relever du régime mémoriel la présentation en classe de la querelle historiographique opposant les historiens sur la contrainte ou du consentement des soldats de 1914-1918, mentionnée dans de nombreux manuels en classe de 3e. La question de la « dictature du témoignage » qu’elle soulève (certains historiens usant des témoignages de soldats sans suffisamment de recul), renvoie à l’emploi des sources documentaires par l’historien et du rapport parfois tendu entre mémoire/fabrique de l’histoire.

Les nouveaux programmes

Les nouveaux programmes de Première générale poursuivent sur cette voie en proposant un premier apprentissage frontal de la question mémorielle dans le cadre de l’étude de la Première Guerre mondiale dans la partie intitulée : « Le « suicide de l’Europe » et la fin des empires européens (11-13 heures) ». Le chapitre 3, relatif aux sorties de guerre, invite à interroger la mise en mémoire du conflit ou « les enjeux de mémoire de la Grande Guerre tant pour les acteurs collectifs que pour les individus et leurs familles ».

On peut ici d’emblée souligner que dénommer la guerre de 1914-1918 la « Grande Guerre » relève de la mémoire plus que de l’histoire. Cette manière d’énoncer l’événement renvoie en effet à celle employée par les contemporains qui voyaient dans la guerre démarrée à l’été 1914, un événement littéralement extra-ordinaire, comme un point de repère immédiat dans la chronologie historique. Dès 1915, cette Grande Guerre s’impose comme une nouveauté sanglante, un drame européen et mondial jamais vu, éprouvé, vécu. Cent ans après, elle reste la Grande Guerre tant elle résonne encore fortement dans notre société sur le mode d’une mémoire collective partagée. Voilà un point de départ finalement bien utile pour qui veut étudier le rapport des sociétés à la mémoire et à l’histoire.

Dès le conflit, la question de la mémoire se pose avec acuité aux sociétés qui y sont confrontées. La guerre qui se joue entre 1914 et 1918 est une guerre mémoire : livres, photographies, films, expositions, se multiplient pour dire la guerre et en conserver l’expérience. Il s’agit de témoigner contre la barbarie de l’ennemi ou de la guerre, pour soutenir le futur traité de paix, soutenir le moral de la population et des combattants en valorisant leurs récits. Les soldats écrivent en effet des carnets personnels et des millions de lettres au front afin de conserver leurs impressions et de les partager avec leurs proches. Condamnés à disparaître, ils veulent que leur mémoire ne soit pas perdue.

Dès la sortie de guerre, l’ampleur du drame, des pertes et des destructions, impose « l’organisation d’un culte civique » [1] puissant sur tout le territoire autour des monuments aux morts communaux, du 11-Novembre et des nécropoles nationales. Non sans créer polémique et débats sur les dates et lieux de mémoire à investir (le soldat Inconnu : sous l’Arc de Triomphe ou au Panthéon ?). Il installe durablement la Grande Guerre dans les mémoires familiales, communautaires, dans la mémoire nationale. La mort a en effet touché quasiment toutes les familles, les villes et les villages.

Pourtant, la mémoire est mouvante et évolutive. Après avoir étudié dans un ouvrage précédent la mémoire des fusillés pour l’exemple, l’historien Nicolas Offenstadt montrait combien le conflit connaissait un « revival » mémoriel dans les années 1990-2000, après une période marquée par une décrue assez longue, commencée après 1945 [2]. Décrue marquée par une moindre emprise de l’événement dans l’espace public. Les cinq années de commémorations qui viennent de s’écouler ont montré ce retour mémoriel éminent d’un conflit qui fait aujourd’hui consensus.

Nous voudrions interroger ce mouvement de la mémoire dans le cadre de la préparation d’un cours de classe de terminale. Et pour cela promouvoir l’usage essentiel de l’œuvre de l’écrivain ancien combattant Maurice Genevoix. L’immense documentation que nous fournissent ses discours, inlassablement écrits pendant l’ensemble de sa vie, offre une entrée utile au professeur qui travaille avec ses élèves la mémoire et l’histoire de la guerre de 14-18.

Maurice Genevoix

Maurice Genevoix ou l’élaboration d’une œuvre-mémoire

L’œuvre de Maurice Genevoix s’inscrit d’emblée dans le registre de la mémoire. En regroupant ces cinq ouvrages de guerre dans Ceux de 14 en 1949, Maurice Genevoix, ancien officier au 106e Régiment d’infanterie, construit un « monument contre l’oubli » dédié à ses camarades. À ceux qui furent simples soldats ou officiers, tombés à ses côtés autour de Verdun, de la Vaux-Marie aux Éparges, entre 1914 et avril 1915, date à laquelle il est retiré grièvement blessé de trois balles qui le laisseront invalide de guerre. Durant son séjour au front, le jeune normalien, qui voulait être écrivain, s’emploie à coucher sur le papier, en témoin, son expérience personnelle et les souffrances de ceux qui ne pourraient plus les dire. Entre 1914 et 1915, les lettres qu’il adresse à Paul Dupuy, secrétaire général de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, apparaissent comme un premier jet des futurs récits qu’il publiera dès la guerre [3]. Alors qu’il est convalescent, le même Paul Dupuy oblige le jeune mutilé de 25 ans, déprimé, à coucher sur le papier, à partir de ses notes, son expérience de la guerre. Il lui fait signer son premier contrat chez Hachette.

Publiés entre 1916 et 1923, les cinq volumes qui constituent Ceux de 14 [4] ont pour vocation de sceller par les mots la mémoire vive de l’expérience combattante. Ils s’insèrent dans la problématique plus large du témoignage pendant le conflit et la volonté/nécessité de conserver les traces et marques de la guerre.

L’ancien combattant et universitaire Jean Norton Cru ne s’y trompera pas. Dans son maître livre Témoins, publié en 1929 [5], dans lequel il s’emploie à présenter et analyser plus de trois cents témoignages de guerre, il place Maurice Genevoix « au premier rang ». Il consacre une longue note à l’œuvre de guerre de l’auteur de Ceux de 14 [6]. Classée dans la catégorie des journaux et non des romans, la pentalogie formée par le témoignage de Genevoix représente pour Cru une œuvre de génie :

« Son récit est l’image fidèle d’une vie qui fut vécue. »

Au-delà de ses témoignages littéraires qui installent Maurice Genevoix comme écrivain de guerre, le jeune ancien combattant s’investit dans un travail de mémoire intense qu’il poursuivit tout au long de sa vie. L’ouvrage La Ferveur du souvenir, publié en 2013, offre de ce point de vue une compilation dense et fouillée de ses diverses et foisonnantes contributions : comptes rendus d’ouvrages, articles de presse ou pour l’Almanach du combattant, discours, préfaces et postfaces, en particulier celle qu’il rédigea en 1959 pour le livre Vie et mort des Français, 1914-1918 de ses camarades normaliens André Ducasse, Jacques Meyer et Gabriel Perreux. Tous les thèmes sont abordés : la guerre de mouvement, l’épreuve des tranchées ou celle de la mort. Qu’il évoque les combats, les mutineries ou le souvenir des jours les plus sombres, une grande humanité traverse l’ensemble de cette production qui court sur plusieurs dizaines d’années. Les textes se multiplient, notamment après la Seconde Guerre mondiale, dans une sorte d’urgence mémorielle. Les anciens combattants vieillissant sentent le devoir impérieux de tout faire pour que la Grande Guerre, qui fut celle de leurs vingt ans, ne sombre pas dans l’oubli. Elle fut un cataclysme et une leçon à ne pas oublier :

« Démesuré, confus, monstrueux, [l’événement] nous entraîne encore dans ses remous [7]. »

Devenu académicien en 1946, Maurice Genevoix se fait le porte-voix de la « génération du feu ». En 1972 encore, il revient dans un petit livre saisissant sur son expérience de la blessure de 1915 dans La Mort de près :

« Ce qui a compté s’affirme, s’impose, avec une évidence qui devient vite impérative [8]. »

Impératif encore de témoigner pour ne pas oublier.

Chacune de ses contributions permet de porter une réflexion aiguisée sur le cheminement mémoriel de la guerre et la manière dont le monde combattant dans son ensemble a souhaité en porter l’étendard. La mémoire individuelle de Genevoix se confond avec « ceux de 14 » comme ceux de 18 même s’il n’a pas vécu les mêmes épisodes guerriers. Il concentre dans ses mots la voix de milliers d’anonymes, vertu de la parole claire de l’écrivain qui fut témoin et qui témoigne au plus grand nombre d’une expérience finalement dicible.

Le Mémorial de Verdun

Usage en classe

« Si seulement on pouvait lire une fois par an ces 96 pages [extraites des Éparges] devant tous les élèves assemblés, dans chaque école primaire de France et d’Allemagne, on obtiendrait de meilleurs résultats en faveur du maintien de la paix », Jean Norton Cru, Témoins.

Bien que la lecture de Ceux de 14 soit un point de passage essentiel pour qui souhaite penser et comprendre la Grande Guerre et son onde de choc, nous voudrions sur la question spécifique de la mémoire, proposer l’étude d’un discours majeur de Maurice Genevoix, prononcé sur la butte Chalmont, dans l’Aisne, daté du 18 juillet 1968 [9].

Éléments de contexte

Le 18 juillet 1968 correspond au cinquantième anniversaire du début de la deuxième bataille de la Marne. Il n’est pas question ici de commémorer un jour de deuil, mais une victoire, au lendemain des fêtes du 14 Juillet révolutionnaire et républicain, et après un « beau mois de mai » qui fut un séisme culturel et sociale. Maurice Genevoix est invité à prononcer un discours par le général de Gaulle alors président de la République, lui-même ancien combattant de la Grande Guerre.

Cet anniversaire apparaît comme un moment important d’union nationale autour d’une histoire partagée, celle de la victoire, mais surtout du drame traversé. À cinquante ans de distance et pour unir les vivants, il faut rappeler le souvenir des camarades tués.

Moins d’un an avant, a été inauguré le Mémorial de Verdun (Meuse). Construit sur l’ancien champ de bataille de 1916 conservé en l’état, il fut à l’initiative de Maurice Genevoix et d’autres compagnons anciens combattants afin que le sens du sacrifice des soldats de Verdun ne soit pas perdu, soit transmis et expliqué aux générations futures. Nommé président du Comité national du Souvenir de Verdun, il devient le président-fondateur du Mémorial de Verdun. Le Mémorial renferme les objets légués par les soldats eux-mêmes. Le nom même de « mémorial » renvoie au souvenir des soldats plus qu’à une mise en histoire, récit raisonné du passé. Nous sommes là encore dans le « culte civique » d’une mémoire combattante, comme le souligne Genevoix lors de son discours inaugural du 17 septembre 1967 :

« Nous autres, à peine sortis de l’adolescence, quand nous nous retournions ainsi, nous ne voyions que des fantômes. Mutilés dans notre corps, mutilés dans nos amitiés. Voilà la guerre. Désormais, derrière nous, il y aura ce Mémorial. Il est aussi, il est encore cela : il nous rend, avec notre passé commun, nos camarades toujours vivants. »

Le mémorial sera pour les « pèlerins », un lieu de « recueillement » réunissant les ennemis d’hier :

« Puisse la lumière qui va veiller ici les guider enfin, vers la Paix ! [10] »

Le site

La butte Chalmont dans le sud du département de l’Aisne, l’un des sites plus touchés par la guerre, fut l’épicentre des combats de juillet 1918 et de la deuxième bataille de la Marne. Cette dernière vit la contre-offensive alliée victorieuse qui força le saillant de Château-Thierry. La butte Chalmont fut conquise les 25 et 26 juillet et permis de dégager la menace contre Paris après une avancée spectaculaire des armées allemandes au printemps 1918. Afin de commémorer cette victoire, une sculpture monumentale de Paul Landowski, intitulée Les Fantômes, fut inaugurée en 1935.

Les extraits du discours proposé peuvent être étudiés simultanément en lettres et en histoire. Occasion donnée d’évoquer l’œuvre du témoin Genevoix (Ceux de 14) et de l’écrivain de la nature (prix Goncourt pour son roman Raboliot en 1925).

Deux idées principales soutiennent le discours :

– la puissance du souvenir de la guerre pour les témoins, qui n’est pas l’histoire, mais qui se rapporte à la mémoire, au souvenir éprouvé de la guerre (description de la mort du combattant) ;

– l’intérêt de cette mémoire (souvenir) est d’être partagée par le pays qui commémore (se souvenir ensemble) et l’inscrit finalement dans l’histoire.

L’insistance de Genevoix s’explique par une dévaluation de la Grande Guerre dans la France d’alors.

Confronter les documents pour faire sens

Il s’agit bien de montrer combien ici Maurice Genevoix milite pour que soit conservée vive l’expérience vécue de la guerre alors que disparaissent les anciens combattants.

On pourra montrer, en évoquant l’ouverture du Mémorial en 1967 ou la multiplication des ouvrages sur la guerre entre 1959 et 1969 (Jacques Meyer, La Vie quotidienne des soldats de la Grande Guerre), le désir qu’une mémoire écrite par les « survivants » perdure.

Le sketch de Coluche (qui symbolise alors la jeunesse des Trente Glorieuses) sur les anciens combattants (1973) peut amener à montrer aux élèves combien dans les années 1960-1980 la mémoire vive de la guerre (extrait de l’émission Droit de réponse de 1983 toujours avec Coluche) a connu en parallèle une décrue importante dans la société française avec l’éloignement du conflit et l’image rejetée de ces « anciens » radotant une guerre du passé [11].

Soixante ans après le discours de la butte de Chalmont, l’étude d’articles relatifs à la panthéonisation de Maurice Genevoix, qui devrait être organisée en 2020, permet de souligner la réhabilitation de la mémoire de la Grande Guerre dans l’espace public et dans la société française. Porté à l’occasion des commémorations du Centenaire, le projet dépasse la figure du seul l’écrivain : « Je souhaite que l’an prochain, ceux de 14, simples soldats, officiers, engagés, appelés, militaires de carrière, sans grade et généraux, mais aussi les femmes engagées auprès des combattants, car ceux de 14 ce fut aussi celles de 14, toute cette armée qui était un peuple, tout ce grand peuple qui devint une armée victorieuse, soit honoré au Panthéon » (extrait du discours du président de la République aux Éparges en novembre 2018).

Le succès rencontré par le Centenaire de 14-18 (plus de 6 000 projets culturels, pédagogiques et scientifiques labellisés) témoigne d’une demande de Grande Guerre, acmé mémoriel qui interroge son avenir et sa place future dans notre mémoire collective et dans notre histoire partagée.

Alexandre Lafon

Monument national de la seconde bataille de la Marne, également appelé monument des Fantômes, œuvre du sculpteur Paul Landowski, inauguré en 1935

Extrait du discours prononcé à la butte Chalmont le 18 juillet 1968

« Comment un ancien combattant de 14-18, s’il se trouve amené à prendre la parole dans une commémoration où sa patrie est engagée, comment ne parlerait-il pas dans le sentiment ranimé, ou plutôt toujours vivant, de présences vraiment fraternelles, celles des anciens de sa guerre, dernier témoins de ce drame élargi aux dimensions du monde, mais pour chacun d’eux personnel ?

Pas un d’entre eux qui non seulement ne se souvienne, mais qui, jusqu’à son dernier jour, ne doive rester tourmenté par le besoin de témoigner. Jamais jeunesse d’une nation fut-elle plus unanimement vouée ? Cinquante années, une nouvelle guerre, les mutations les plus profondes, leur caractère souvent dramatique, bien loin d’avoir stupéfié leur mémoire, l’ont au contraire et de plus en plus avivée, jusqu’à la hanter aujourd’hui, comme s’ils étaient d’hier même, par les souvenirs de leurs combats. […]

C’est à dater de ce jour-là, le 18 juillet, de ce premier “coup de poing de Foch”, de cette “seconde victoire de la Marne”, que le sort des armes est fixé.

Voilà ce que dit l’histoire. Mais le témoin ? L’humble témoin dont parle Tolstoï, celui qui crie au cœur du feu ou “Sauve qui peut !” ou au contraire “Hourra !”.

Cette nuit de juillet 1918, je l’ai vécue loin du front. Grand blessé, mutilé, réformé, j’étais venu passer deux ou trois jours dans une bourgade du Val de Loire. Vers onze heures, j’étais descendu, jusqu’au fleuve, seul, m’étais assis sur le sable d’une grève. C’était la paix d’une tiède nuit d’été. Par intervalles, le glissement d’un poisson à fleur d’eau éveillait un chuchotis fluide dont s’amplifiait encore le silence de l’immensité. Et dans ce silence…

Il me parut soudain qu’un bourdonnement puissant battait là-bas sous l’horizon. Appuyé d’une paume sur le sable, j’écoutais. Étais-ce mon sang que je sentais battre ainsi, ou ces pulsations de l’espace qui sourdement ébranlaient le monde, un autre monde, déjà et de nouveau le mien ?

Car je ne pouvais plus douter. J’étais rejoint et traversé par les ondes d’un bombardement monstrueux. La distance n’y faisait rien. Cela dépassait toute mémoire. J’étais là-bas, sous ce bombardement lointain où mes sens, bien avant moi, reconnaissaient l’aboi des obusiers, les salves galopantes des canons de campagne, la scansion lourde des pièces sur la voie ferrée, l’enfoncement des entrailles du sol et aussitôt la croulante éruption des énormes obus de rupture. Mes camarades, mes camarades ! […] Il faut avoir senti, à la poussée d’un parapet contre l’épaule, la brutalité effrayante d’un percutant qui éclate ; avoir entendu pendant des heures, du fond de l’ombre, en reconnaissant toutes leurs voix, monter les gémissements des blessés ; avoir tenu contre soi un garçon de vingt ans, la minute d’avant sain et fort, qu’une balle à la pointe du cœur n’a pas tué tout à fait sur le coup, et qui meurt, conscient, sans une plainte, les yeux ouverts et le visage paisible, mais de lentes larmes roulant sur ses joues.

Vous étiez là, mes camarades. C’est pour vous, pour vous tous que je parle. Vous êtes là comme au premier jour. Et vous voyez : votre pays se souvient de vous. Il sait qu’il faut vous respecter, vous entourer, vous remercie – et vous croire. L’Histoire de France a besoin de vous. »

Discours à la butte Chalmont. 18 juillet 1968, dans Maurice Genevoix, La Ferveur du souvenir, La Table ronde 2013, pp. 151-155.

 

Les questions possibles

Présentation complète du document.

Dans quel contexte ce discours est-il prononcé ?

Que retient l’histoire du 18 juillet 1918 ? Pourquoi Maurice Genevoix utilise-t-il des guillemets lorsqu’il évoque l’événement?

Rappeler ce qu’est la première bataille de la Marne.

Qu’oppose Maurice Genevoix dans le texte au récit historique ?

« L’Histoire de France a besoin de vous » : que veut signifier Maurice Genevoix sur le registre de la mémoire et de l’histoire ?

 

[1] Enseigner 14-18. Les mémoires de la Grande Guerre, éditions Canopé, 2015, p. 13.

[2] Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-2009), Odile Jacob, 2009 et 14-18 aujourd’hui: la Grande Guerre dans la France contemporaine, Odile Jacob, 2010.

[3] Maurice Genevoix, Paul Dupuy, Correspondance, 28 août 1914-avril 1915, préface de Michel Bernard, La Table Ronde, coll. « Vermillon », 2013.

[4] Sous Verdun (1916 – largement censuré), Nuits de guerre (1917), Au Seuil des Guitounes (1918), La Boue (1921) et Les Éparges (1923).

[5] Jean Norton Cru, Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, Les Étincelles, 1929, 727 p. [2e édition en fac-similé, Presses universitaires de Nancy, 1993 ; 3e édition chez ce même éditeur, 2006, avec une préface de Frédéric Rousseau].

[6] https://ceuxde14.wordpress.com/2013/05/02/maurice-genevoix-par-jean-norton-cru/

[7] Maurice Genevoix, La Ferveur du souvenir, La Table ronde, 2013, p. 137.

[8] Maurice Genevoix, La Mort de près, Plon, 1972 et La Table Ronde, « La Petite Vermillon », 2011.

[9] Maurice Genevoix, La Ferveur du souvenir, op.cit., pp. 151-155.

[10] http://verdun-meuse.fr/index.php?qs=fr/ressources/discours-du-mois—mai-2011—discours-de-mau

[11] Ensemble des éléments sur le site : http://cavesdumajestic.canalblog.com/archives/2015/11/08/32899009.html

• L’espace pédagogique du Mémorial de Verdun.

Voir également sur ce site

Dossier : 14-18. Écrire la guerre.

Quelques réflexions pédagogiques sur la Première Guerre mondiale dans le programme de première générale, par Alexandre Lafon.

1918-2018. Un travail de mémoire interdisciplinaire à partir des témoins de la Grande Guerre. Les « Carnets » de Louis Barthas, par Alexandre Lafon.

L’enseignement de la Grande Guerre de 1914 à nos jours. Entretien avec Benoit Falaize, par Alexandre Lafon.

« À l’Est la guerre sans fin, 1918-1923 ». Aux racines du siècle présent, par Norbert Czarny.

Lire et étudier « Ceux de 14 ». Hommage à Maurice Genevoix, cent ans après, par Alexandre Lafon.

Commémorations du 11-Novembre : questions-réponses à l’usage des enseignants.

Pourquoi commémorer la Grande Guerre.

1918-1919 : de l’armistice à la paix.

Qu’est-ce qu’un monument aux morts. Projets pédagogiques et culturels.

« Au revoir là-haut », d’après Pierre Lemaitre. Mises en mots et en images de la Grande Guerre : du roman à son adaptation en bande dessinée et au cinéma, par Alexandre Lafon.

« Au revoir là-haut », de Pierre Lemaitre et Christian De Metter. Une leçon graphique, par Marie-Hélène Giannoni.

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