« Fleurs de soleil », de Simon Wiesenthal, du livre à la scène

« Fleurs de soleil », de Simon WiesenthalC’est une gageure que de faire entendre un grand texte, par un large public. Le pari est pourtant réussi avec l’adaptation pour la scène de Fleurs de soleil (les tournesols), de Simon Wiesenthal, grâce à l’interprétation toute en sobriété et gravité de Thierry Lhermite qui, loin de son image médiatique, apporte pudeur et retenue à l’évocation de ce déporté juif à qui un jeune SS mourant, Karl, demande le pardon.

L’action, la narration plus exactement, se situe entre 1942 et 1946, depuis le jour de la confrontation entre Simon Wiesenthal et Karl, jusqu’au jour de la rencontre entre le survivant des camps et la mère du jeune SS : entre ces deux bornes, les tourments d’une conscience, un homme entouré par la mort et pourtant culpabilisé par le silence qu’il avait opposé au soldat allemand, jusqu’à ce demi rachat de sa conscience lors de la visite à la mère, émouvante et noble.

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Cinéma et histoire : « La Liste de Schindler », de Steven Spielberg

Voilà vingt-cinq ans sortait sur les écrans la Liste de Schindler (Schindler’s List) du réalisateur américain Steven Spielberg, auteur de films à succès comme la saga Indiana Jones ou Les Dents de la mer. Après deux incursions comique (Sugarland Express, 1979) et dramatique (L’Empire du soleil, 1987) du côté de la Seconde Guerre mondiale, le cinéaste américain prend à bras le corps la Shoah comme sujet d’un film de fiction.

Son objectif ? Transmettre l’histoire du génocide des juifs d’Europe à travers l’histoire d’un nazi devenu Juste parmi les Nations pour avoir sauvé plus de mille juifs de la mort. Mais peut-on donner à voir l’indicible de l’extermination génocidaire à travers une œuvre de fiction ? Le travail de mémoire de l’artiste, forcément subjectif, suffit-il à dépasser le devoir d’histoire ? Des débats polémiques ont entouré la sortie du film, aujourd’hui considéré comme une incontournable réussite du réalisateur et du cinéma d’histoire.

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« 1917 », de Samuel Mendes, et la guerre continue…

« 1917 », de Samuel MendesÀ peine terminées les commémorations de la Grande Guerre et de son Centenaire, le long métrage de Samuel Mendes, 1917, qui vient de sortir en France, nous rappelle la fascination qu’exerce durablement ce conflit dans les mémoires contemporaines. Le film bat actuellement tous les records de fréquentation aux États-Unis, allant jusqu’à devancer le blockbuster Star Wars IX, l’Ascension de Skylwalker, attendu comme le grand succès de la fin de l’année 2019.

Avec dix nominations aux Oscar, 1917 entre d’ores et déjà dans la catégorie des œuvres incontournables. Pourtant, l’histoire de la Première Guerre mondiale n’occupe pas une place prépondérante dans l’enseignement et l’espace public nord-américain, loin s’en faut, même si le Centenaire a été l’occasion d’une réappropriation de cette période historique à travers l’action des autorités et des chercheurs.

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« Dictionnaire Michel Tournier », dirigé et préfacé par Arlette Bouloumié

« Dictionnaire Michel Tournier »Faire l’objet d’un dictionnaire à son nom, pour un écrivain, c’est un peu comme entrer dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » : la reconnaissance d’un vrai statut littéraire et un appréciable signe de notoriété, aussi populaire qu’universitaire.

Michel Tournier qui a déjà, il y a peu (2017), bénéficié du second honneur avec le volume de Romans suivis de Le Vent Paraclet sous la direction de la meilleure spécialiste, l’infaillible Arlette Bouloumié, reçoit aujourd’hui une autre consécration, celle d’une présentation alphabétique centrée sur sa vie et son œuvre et dirigée, une fois de plus, par la très active professeur émérite de l’université d’Angers que nous remercions pour cette heureuse initiative. Disparu en janvier 2016, Tournier n’aura pu connaître de son vivant ni l’un ni l’autre de ces deux hommages éditoriaux.

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Pourquoi Odysseum, la maison numérique des humanités ?

L’enlèvement d’Europe, fresque ornant la voûte du caldarium de la villa de Poppée à Oplontis (Campanie), env. 50 après J.-C. © Gilles Collognat

Odysseum était déjà en germe dans le rapport Les Humanités au cœur de l’école (chapitre 9). Il est le projet réalisé d’une arche numérique de la culture classique. Ce bateau de papier, dont le nom est tiré de celui d’Ulysse, héros agile et ingénieux, est devenu un vaisseau numérique dans sa première phase d’élaboration. Il doit encore border ses voiles, effectuer quelques réglages et intégrer des services complémentaires, afin d’atteindre dans quelques mois sa vitesse de croisière, naviguant à la fois dans l’espace et dans le temps.

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L’évaluation dans le second degré

Finalités et objectifs du contrôle continu / E3C

L’évaluation scolaire recouvre différents objectifs et procédés : l’évaluation peut être sommative (notée, elle succède à l’apprentissage et doit vérifier les acquis, totaliser à l’issue de la période d’apprentissage l’ensemble des compétences), certificative, diagnostique, formative, formatrice, etc. Néanmoins, sa finalité est unique : contribuer à la réussite de tous les élèves.

En quoi le contrôle continu contribue-t-il à l’évaluation des élèves du second degré ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ? Pourquoi est-il sujet à tant d’émoi, voire de rejet ?

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« Sécurilif© », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

Sécurilif©, de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

« Sécurilif© », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier © Jean-Pierre Estournet

Pierre Meunier délègue. L’acteur-chercheur de formes n’est, cette fois, pas présent sur le plateau. Cependant, le trio d’actrices (Valérie Schwarcz et Suzanne da Cruz) et d’acteur (Bastien Grison), qui a pour mission d’incarner Sécurilif©, le nouveau spectacle signé du duo complice Bordat-Meunier, pétrit la même pâte (à penser) et les mêmes objets (du quotidien), et les interroge cette fois sous l’angle des risques et des dangers qu’ils représentent pour nous.

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Humanités, littérature et philosophie : l’orateur et son public

"L'homme qui rit", de Victor HugoCette première séquence de l’année, dans l’enseignement de spécialité « Humanités, littérature et philosophie », vise, du point de vue de la littérature, un double objectif. Il s’agira, sur le plan culturel, de fixer quelques notions issues de la rhétorique antique et, sur le plan méthodologique, d’initier les élèves à la question dite d’interprétation.

L’ensemble du programme sera abordé en privilégiant l’axe de la chronologie (voir l’esquisse de progression) et certains textes feront l’objet d’une double approche. L’évaluation portera sur le discours de Gwynplaine (Victor Hugo, L’Homme qui rit, 1869) à la Chambre des Lords avec une question d’interprétation en littérature et une question de réflexion en philosophie.

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