Le yin et le gang : “A Most Violent Year”, de J.C. Chandor

"A most violent year", de J.-C. ChandorA Most Violent Year (2014) est un thriller feutré, accessoirement un film en costumes d’une certaine manière – avec des moments de concentré de violence qui constituent la grande réussite de son scénario : il s’agit de scander la marche des personnages vers leur accomplissement de moments ou d’instants qui les révèlent pour ce qu’ils sont vraiment.

Ainsi Abel (allusion biblique, et on notera que l’étymologie de ce nom en appelle aux notions de « souffle » ou d’« existence précaire » –  l’ironie n’étant jamais totalement absente du propos de J.C. Chandor, fût-ce au milieu d’une tragédie), ainsi Abel s’adapte-t-il lui aussi aux circonstances, en dépit de son discours… Il est comme tout le monde, à commencer par le procureur, dont on pressent qu’il est plus corrompu encore peut-être que tous les autres – car insidieusement, politique oblige.

En fait, ce qui frappe dans A Most Violent Year, c’est l’absence de liberté dans un pays qui se proclame le chantre de la libre entreprise. Chandor propose une vision très pessimiste du libéralisme : la lutte de tous contre tous. Ce n’est pas nécessairement une mafia extérieure qui gangrène le système. Les voleurs agissent isolés, de tout-petits commerçants, ou petits artisans du crime si vous préférez (trois morts violentes « seulement » dans le film, par accident et par suicide). Mais on trouve immanquablement à qui revendre la marchandise.

Tous coupables (souvenir du Cercle rouge de Melville), au moins potentiellement puisque nous ne connaîtrons pas les coupables – pour une raison assez simple, mais je ne peux vous en dire plus.

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“Rêves d’or” (“La Jaula de Oro”), de Diego Quemada-Diez, prix Jean-Renoir des lycéens 2014

"Rêves d'or" ("La Jaula de Oro"), de Diego Quemada-DiezLa Jaula de Oro (littéralement la « cage dorée », titre français Rêves d’or) de Diego Quemada-Diez a remporté le prix Jean-Renoir des lycéens 2014. Il avait été présenté au Festival de Cannes 2013, dans le cadre de la section Un Certain Regard et avait suscité une émotion unique.

C’est une œuvre à la fois engagée et personnelle sur la dure vie des migrants, prêts à tout pour tenter de rejoindre les États-Unis. Deux jeunes garçons, Juan et Samuel, et une fille, Sara, tous trois âgés de quinze ans, fuient le Guatemala pour tenter de réaliser le rêve américain.

Au cours de leur traversée du Mexique, ils rencontrent Chauk, un Indien tzotzil ne parlant pas espagnol et voyageant sans papiers. Pris dans une rafle, ils sont renvoyés tous trois au Guatemala.

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« The Homesman », de Tommy Lee Jones

"The Homesman", de Tomy Lee JonesNeuf ans après son premier film en tant que réalisateur, Les Trois enterrements de Melchiades Estrada (2005), le grand acteur Tommy Lee Jones revient derrière la caméra avec un nouveau western qui confirme son amour de Texan pour les grands espaces de l’Ouest.

Ce film est, comme le précédent, un road movie. Adapté du Chariot des damnés de Glendon Swarthout, le scénario suit, vers 1850, trois femmes jugées folles par leurs maris et chassées d’une ville du Nebraska.

Elles sont confiées à Mary Bee Cuddy, une jeune pionnière forte et énergique, magistralement interprétée par Hillary Swank, qui s’est proposée pour les ramener seule du côté de chez elles.

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« 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi », d’Alexandre Arcady

"24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi", d'Alexandre ArcadyIl y a des films dont on ne peut parler qu’avec crainte et tremblement. Comme les films sur la Shoah par exemple. Le film d’Alexandre Arcady est de ceux-là. C’est un thriller haletant, mais il relate surtout avec la plus grande fidélité un fait divers si révélateur de l’état moral de notre société qu’il en devient un signal d’alerte emblématique.

La France a vécu en janvier et février 2006 l’affaire Ilan Halimi, les 24 jours où s’est scellé le sort terrible de ce jeune homme séduit par une jeune femme servant d’appât pour le compte de kidnappeurs avides. Leur raisonnement simpliste était celui-là même qui avait alimenté toutes les théories du complot : les juifs sont riches et solidaires, ils paieront une grosse rançon.

Pour avoir la somme demandée, ils n’ont pas hésité à menacer et à harceler la famille du jeune homme. Quant à lui, refusant de le nourrir, ils l’ont torturé de toutes les façons possibles par haine et par mépris. Simplement parce qu’il était juif.

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Agir contre le harcèlement à l’école • 0808 80 70 10

Agir contre le harcèlement à l'écoleLe ministère de l’Éducation nationale met en place un service d’aide aux victimes de harcèlement à l’école.

Des conseils peuvent êtres donnés aux élèves, aux parents et aux professionnels de l’éducation dans chaque académie.

Un centre de ressources propose des outils pédagogiques pour animer des séances de prévention dans les classes.

Plusieurs guides pratiques sont téléchargeables  : Prévention de la cyber-violence à l’école, Que faire dans mon école contre harcèlement, Le harcèlement entre élèves : le reconnaître, le prévenir, le traiter, Questions issues de la médiation

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« Arrêtez-moi », de Jean-Paul Lilienfeld

jean-paul-lilienfeld-arretez-moiUlcéré par la violence ordinaire, Jean-Paul Lilienfeld a décidé de s’y attaquer.

Après avoir écrit et joué L’Œil au beur(re) noir, de Serge Meynard, en 1987, film sur le racisme au quotidien, il a réalisé des comédies comme XY, drôle de conception (1996), HS Hors Service (2001), et des films pour la télévision. Mais c’est La Journée de la jupe (2008) qui l’a fait connaître au grand public.  Isabelle Adjani y campait une enseignante dépassée qui, à la suite d’un quiproquo, prend sa classe en otage.

Les statistiques sur les violences domestiques à l’encontre des femmes ont convaincu le cinéaste de renouveler l’expérience du drame en adaptant pour l’écran Les Lois de la gravité, roman de Jean Teulé, sur la maltraitance conjugale.

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« Django Unchained », de Quentin Tarantino

quentin-tarentino-django-unchainedMort ou vif, tel est le refrain qui scande Django Unchained.

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le docteur King Schultz (Christoph Waltz), dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, achète Django (Jamie Foxx), un esclave capable de l’aider à reconnaître les frères Brittle, meurtriers qu’il recherche. Il lui promet de lui rendre sa liberté lorsqu’il les aura capturés – morts ou vifs.

Pendant la traque, Django parle à Schultz de Broomhilda, sa femme, vendue comme lui mais à un autre maître. Pour la retrouver, Schultz élabore un plan : il s’agit de s’introduire dans l’immense plantation de Calvin Candie, le plus puissant planteur du Mississipi, et de prétendre vouloir acheter des lutteurs noirs. Continuer la lecture

Violences scolaires et éducation

Les incivilités et les violences de toutes sortes, qui sont l’ordinaire et parfois l’extraordinaire de la vie scolaire, ne connaissent que deux types de réponses : un traitement pénal, un traitement moral.

Rappeler les sanctions encourues, brandir la menace de poursuites judiciaires, se protéger derrière les assurances et les cellules juridiques, c’est la première réaction que l’on voit adoptée un peu partout  dans l’urgence d’une situation de crise.

Rétablir l’apprentissage de la morale, des valeurs civiques, des règles du vivre ensemble est le second réflexe qui rassemble tous ceux qui ne veulent  pas baisser les bras et rappellent à tue-tête les grands principes de la République.

Ces deux attitudes, renforcées au fil des ans par des textes et des programmes, sont loin pourtant d’avoir produit le moindre recul des conduites violentes. Continuer la lecture