« Le Chemin des forçats », d’Alexandre Soljénitsyne

« Le Chemin des forçats », d'Alexandre SoljénitsyneEntre 1948 et 1952, Alexandre Soljénitsyne, suspecté de jugements séditieux contre Staline, est interné dans un camp de Sibérie. Pour aider à sa survie, pour rendre compte aussi, il décide d’écrire des poèmes qui, à mesure qu’il les compose, sont appris par cœur puis détruits.

Le résultat est un long texte poétique qui prend pour nom Vladimirka, parce que le convoi des bagnards passait par la ville de Vladimir, ou encore Dorojenka, qui en russe signifie « Le Chemin ».

C’est ce nom qui donne son titre au livre, Le Chemin des forçats, traduit de façon élégante par Hélène Henry pour les éditions Fayard qui le publient aujourd’hui.

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Une utopie : “Nous étions l’avenir”, de Yaël Neeman

"Nous étions l’avenir", de Yaël Neeman« Le kibboutz n’est pas un village au paysage pastoral, avec ses habitants pittoresques, ses poules et ses arbres de Judée. C’est une œuvre politique, et rares sont les gens de par le monde qui ont vécu, par choix et de leur libre volonté, une telle expérience, la plus ambitieuse qui fut jamais tentée. Qui pourrait dire non à une tentative de fonder un monde meilleur, un monde d’égalité et de justice ? Nous n’avons pas dit non. Nous avons déserté. »

Une fois n’est pas coutume, nous sommes partis de la quatrième de couverture pour présenter le récit de Yaël Neeman, écrivain israélienne dont paraît Nous étions l’avenir, un titre qui sonne à la fois nostalgique et utopique.

Les deux adjectifs ne sauraient mieux caractériser ce livre, encore que pour le premier, on apportera quelques nuances. Le second en revanche, rappelle des temps désormais très lointain.

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“Pas pleurer”, de Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 : un été de jeunesse totale

"Pas pleurer", de Lydie SalvayreDeux voix se croisent : celle de Montsé, une « mauvaise pauvre », mère de la narratrice, et celle de George Bernanos, installé à Palma de Majorque en cet été 1936.

Pour l’une, ce sera l’été du plus grand bonheur, pour l’autre, celui du désespoir le plus profond.

Lidia, la narratrice, recueille le récit de sa mère et met en parallèle ce que l’écrivain français voit, ressent, et écrit. Pas pleurer sonne comme un hommage à l’auteur des Grands Cimetières sous la lune et l’évocation d’un moment unique, jamais retrouvé par Montsé.

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“Le Météorologue”, d’Olivier Rolin : la violente espérance de l’époque

"Le Météorologue", d'Olivier RolinTout a commencé avec un livre n’existant qu’en un exemplaire, illustré de dessins faits à la main pour une petite fille.

Celui qui a réalisé ces images se nomme Vangengheim. Il a été météorologue, et représentait l’URSS à la « commission internationale sur les nuages ». En 1930, il avait crée le « Bureau du temps ». Il vivait à Moscou avec son épouse et leur fille quand, en janvier 1934, il s’est trouvé happé dans l’engrenage mortel.

Interrogé au siège de la Loubianka par les agents de la Guépéou, il est forcé d’avouer un obscur complot. On le condamne et l’envoie aux îles Solovki, non loin du cercle polaire : « C’est une terre striée, rabotée par l’érosion glaciaire, criblée de lacs, couvertes de forêts. C’est une terre gorgée de sang, ensemencée de morts […]. »

En 1934, pas encore. Les morts adviendront avec la Grande Terreur de 1937, lors de laquelle Iéjov, âme damnée du tyran, établit des quotas : 750 000 personnes seront exécutées en seize mois, soit « la moitié des morts militaires français de la Première Guerre mondiale, en moins de la moitié du temps ».

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“Ma guerre d’Espagne. Brigades internationales : la fin d’un mythe”, de Sygmunt Stein

En 1956, on sait tout des crimes de Staline. Certains mythes pourtant ont la peau dure, et celui des Brigades Internationales est de ceux-là.

Sygmunt Stein, qui vit à Paris depuis l’après-guerre, écrit son histoire en yiddish. Militant communiste né en Galicie, il s’est engagé très tôt contre les fascistes, en Espagne. Et très vite il a compris ce qu’il en était.

Écrire ce livre en 1956 dans une Europe coupée en deux, avec un Parti communiste français tout-puissant, ne va pas de soi. Et, à lire Stein, on comprend pourquoi tant d’années se sont écoulées.. Continuer la lecture

Myriam Anissimov, “Vassili Grossman. Un écrivain de combat”

Vie et destin, le roman le plus célèbre et le plus important de Vassili Grossman, celui qui lui valut aussi le plus de souci avec la censure soviétique, comptait, dans l’édition française parue en 1983 chez L’Âge d’homme et Julliard réunis, 820 pages. Il fallait que la biographie consacrée à l’auteur en totalise un nombre au moins équivalent. Celle que propose Myriam Anissimov atteint 875 pages, dont plus de 80 consacrées aux notes et plus de 100 à diverses annexes.

Si le format du livre en impose, le contenu, lui, force l’admiration. La biographe s’est livrée à un travail d’enquête exceptionnel et nous donne ici l’ouvrage qui est appelé à faire référence sur celui qu’elle nomme, paraphrasant Hans Jonas parlant d’Hannah Arendt, le « passager sombre du XXe siècle ».

En racontant par le détail la vie de l’écrivain, elle nous fournit en outre un regard panoramique sur le siècle passé et une plongée dans la vie de l’ancienne Russie et de l’Union soviétique qui lui a succédé. Le sous-titre qu’elle a choisi, Un écrivain de combat, s’applique particulièrement bien à Grossman qui aura passé sa courte vie (59 ans, de 1905 à 1964) à se battre.. Continuer la lecture