“Je ne retrouve personne”, d’Arnaud Cathrine

Faire la solitude

Il y a cinquante ans, à Villerville, un homme venait retrouver une petite fille. Mais il rencontrait aussi un restaurateur bourru avec qui il faisait une fête mémorable dans le village. C’était pour le compte d’un film, Un singe en hiver, d’Henri Verneuil, et nul n’a oublié la corrida improvisée par Belmondo, ou la saoulerie avec Gabin.

Aurélien Delamare a le souvenir de ces faits, mais plus rien de tel ne se déroulera dans son village natal. Il est venu là sur l’injonction de Cyrille, son frère aîné, le « régent » comme il l’appelle, et il vient vendre la maison familiale ; leurs parents vivent désormais à Nice et nul ne vit plus dans la maison au bord de la mer.

Aurélien est romancier, il a publié un livre qu’il n’aime guère et dont il devrait pourtant assurer la promotion. Il a prévu de ne rester qu’une nuit. Il y passera l’automne et l’hiver, « faisant la solitude » plutôt que la trouvant, selon la formule de Marguerite Duras dans Écrire. Et de la solitude à l’isolement, il n’est qu’un pas qu’il franchira dans cette saison qui s’achève avec le retour provisoire de toute la famille, pour vider la maison pendant les fêtes de fin d’année. Continuer la lecture

« La Grande Bellezza », de Paolo Sorrentino

paolo-sorrentino-la-grande-bellezzaOn ne visite pas Rome l’été. La ville est vide de ses habitants et irrespirable. Les touristes se pressent pourtant sur le Janicule : un Japonais s’effondre, foudroyé par la chaleur ou par la beauté ?

C’est dans cette Rome estivale improbable que l’acteur Toni Servillo incarne Jep Gambardella, journaliste de soixante-cinq ans, d’une élégance raffinée, d’un charme irrésistible. Très mondain, il fréquente la haute société romaine, toutes les soirées, toutes les fêtes ; son esprit caustique impressionne et sa compagnie est recherchée par les femmes. Il a écrit dans sa jeunesse un unique roman L’Appareil humain, qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain ; en réalité, il cache son désarroi derrière un cynisme amer et pose sur le monde un regard d’une impitoyable lucidité.

Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes fascinantes, sensuelles et exténuantes, qui évoquent les grandes orgies impériales.

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