“En France”, de Florence Aubenas

"En France", de Florence AubenasAvec pas mal d’humour – élégance du désespoir –, Florence Aubenas, dans son avant-propos suggère que son métier de journaliste-reporter ne consiste pas à « faire les chiens écrasés » mais à traquer les « humains écrasés ».

Elle nous en avait donné un aperçu en 2010 avec Le Quai de Ouistreham, récit d’une plongée dans le quotidien des travailleurs sans qualification.

Avec En France, elle prolonge l’expérience en proposant une série de courts textes centrés sur les laissés pour compte de la réussite, les obscurs représentants de la « France d’en bas » dont les portraits « finissent par dessiner, en pointillé, un territoire, ou plutôt un pays ».

Ce pays, le sien, le nôtre, est censé être connu alors que « c’est dans ce paysage familier que commence le mystère ».

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« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

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Enquête sur les « Connaissances artistiques des Français »

Lodo du ministère de la Culture et de la CommunicationComment parvient-on à évaluer le niveau culturel d’un pays ?

Le ministère de la Culture et de la Communication a tenté de répondre à cette question en commandant une enquête sur les « Pratiques culturelles des Français ».

L’objet fut d’abord de chercher à apprécier les connaissances de nos concitoyens dans le domaine de l’art. Pour cela, un échantillonnage de cent personnes de 15 ans et plus se sont vu proposer une liste de trente noms de personnalités du monde de l’art et du spectacle à propos desquels ils devaient déclarer les connaître, « ne serait-ce que de nom », ou les « connaître vraiment ». Dans ce dernier cas, il leur fallait choisir entre trois propositions : « J’aime/Je n’aime pas/Je ne me prononce pas ».

Le même questionnaire avait été utilisé en 1988, ce qui permettait d’établir une comparaison à vingt ans de distance.

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“La bande dessinée : tous lecteurs ?”, une journée d’étude au Centre Pompidou

Le Centre Pompidou © c.r.Le Laboratoire des Sciences de l’information et de la communication de Paris 13, les Espaces humains et interactions culturelles et le Groupe de recherche et d’études sociologiques du Centre Ouest de l’université de Limoges, la Bibliothèque publique d’information et la Cité organisent le 3 décembre 2013 une journée d’étude sur le thème « La Bande dessinée : tous lecteurs ?”

Chercheurs et spécialistes du 9e art présenteront les résultats de la vaste enquête nationale sur le lectorat de la bande dessinée en France réalisée en 2011 par la BPI et le DEPS (Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture et de la Communication).

 

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“L’Esthétisation du monde. Vivre à l’âge du capitalisme artiste”, de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy

gilles-lipovetsky-jean-serroy-l-esthetisation-du-mondeEntre les mots capitalisme et artiste, il ne semble pas y avoir une grande affinité sémantique. Le premier renvoie à des pratiques de thésaurisation, d’exploitation économiques, de rentabilité. Le second évoque une bohème nonchalante, une créativité désintéressée, un culte idéaliste du beau.

Dans ce solide ouvrage paru chez Gallimard, les sociologues de la vie contemporaine Gilles Lipovetsky et Jean Serroy ont associé ces termes apparemment éloignés pour dessiner les contours d’une étrange planète nommée hypermoderne dans laquelle valeur économique et valeur esthétique se mêlent, voire se confondent.

Or, cette improbable planète où la sensibilité se mesure en dollars, où l’émotion devient un marché, cette planète qu’on croirait imaginaire, est la nôtre, celle du XXIe siècle, âge d’or d’une consommation délirante qui habille les produits des parures clinquantes de l’art.

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