« La Grande Bellezza », de Paolo Sorrentino

paolo-sorrentino-la-grande-bellezzaOn ne visite pas Rome l’été. La ville est vide de ses habitants et irrespirable. Les touristes se pressent pourtant sur le Janicule : un Japonais s’effondre, foudroyé par la chaleur ou par la beauté ?

C’est dans cette Rome estivale improbable que l’acteur Toni Servillo incarne Jep Gambardella, journaliste de soixante-cinq ans, d’une élégance raffinée, d’un charme irrésistible. Très mondain, il fréquente la haute société romaine, toutes les soirées, toutes les fêtes ; son esprit caustique impressionne et sa compagnie est recherchée par les femmes. Il a écrit dans sa jeunesse un unique roman L’Appareil humain, qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain ; en réalité, il cache son désarroi derrière un cynisme amer et pose sur le monde un regard d’une impitoyable lucidité.

Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes fascinantes, sensuelles et exténuantes, qui évoquent les grandes orgies impériales.

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“To Rome with love”, de Woody Allen

Après Londres et Paris, c’est à Rome que Woody Allen a décidé de poursuivre sa tournée des capitales européennes avec un titre en forme de dédicace qui reprend celui d’une série télévisée à succès de 1969. Mais son hommage à la ville éternelle, s’il témoigne d’une admiration fervente, ne se prend pas au sérieux pour autant.

Le premier guide choisi est un agent de la circulation qui arbore des poses de statue gréco-romaine au centre d’une place-carrefour où les vespas sont un clin d’œil à Vacances romaines de William Wyler (1953) et à Journal intime de Nanni Moretti (1993). Observatoire privilégié qui lui donne une vue imprenable sur la vie quotidienne des Romains et des touristes ou résidents américains qu’il nous révèle. Continuer la lecture

Xavier Darcos, « Dictionnaire amoureux de la Rome antique »

Le préambule rappelle un passage de la leçon inaugurale de Paul Veyne au Collège de France en 1976 : « Il y a une poésie de l’éloignement. Rien n’est plus loin de nous que cette antique civilisation. […] Entre les Romains et nous, un abîme a été creusé par le christianisme, par la philosophie allemande, par les révolutions technologique, scientifique et économique, par tout ce qui constitue notre civilisation. »

Cet abîme, pas si vertigineux que le laissait entendre l’éminent historien, peut en partie espérer être comblé par ce précieux Dictionnaire amoureux de la Rome antique. Continuer la lecture