“Rome sans pape”, de Guido Morselli (1966)

Il n’y a plus de pape à Rome.guido-morcelli-rome-sans-ape C’est l’information du mois, mais c’est aussi le titre d’un roman, Roma senza papa. Cronache romane di fine secolo ventesimo, écrit en 1966 par Guido Morselli (1912-1973), publié après la mort de l’auteur en 1974.

Traduit en français en 1979, ce roman sera présenté comme “d’anticipation” par son éditeur parisien.

Ne courons cependant pas trop vite au parallèle ; dans ce livre le pape, Jean XXIV, que l’auteur imagine irlandais (et deuxième pape non italien) n’est que retiré. Il vit désormais à Zagallo, obscure bourgade sise à trente kilomètres au sud de Rome, dans un complexe de bâtiments à la limite du motel (crépi rose et blanc) et reçoit en audience debout, sans tiare et sans apparat, parfois sur des chaises de jardin ; voilà pourquoi Rome est sans pape (ce qui est déjà beaucoup pour un écrivain italien).…. Continuer la lecture

« Encore et jamais », de Camille Laurens

camille-laurens-encore-et-jamaisCamille Laurens a plusieurs fois remis l’écriture de ce livre. Un livre sur la répétition, sur ce qui revient, se ressasse suscite quelque peu le rejet ou l’attente. Encore une fois, se dit-on, et l’on s’interroge, comme elle le fait en ouverture de ce livre : « Répétons-nous pour notre malheur ou notre plaisir ? Répéter, est-ce vivre à grandes guides ou mourir à petit feu ? Se hâter vers un idéal, se blottir dans le bien connu ou radoter sa propre impuissance ? »

Encore et jamais répond à ces questions, et à d’autres, s’appuyant sur les lectures, les chansons, les arts vivants, pour décliner ce verbe répéter qui, comme le mot encore, dont le « e » reste toutefois muet, s’appuie sur une syllabe qui semble peser. Camille Laurens écrit des variations sur ce thème et ses courts chapitres sont autant de voies ouvertes, de lumières jetées sur le mot et ses effets, ses résonances.….

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La littérature de jeunesse du cycle 3 à la troisième, sélections du ministère de l’Éducation nationale

l-ecole-des-lettres-4-2012-2013Le numéro 4 de l’École des lettres présente  les titres de l’école des loisirs recommandés par le ministère de l’Éducation nationale :

–  pour le cycle 3 : albums, bandes dessinées, contes et fables, romans et récits, théâtre ;

– pour le collège : tous les ouvrages ajoutés à la rentrée 2013 par le ministère de l’Éducation nationale à la liste « Lectures pour les collégiens ». La sélection de juin 2012 figure dans le numéro 2 de l’École des lettres 2012-2013.

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« L’autre vie d’Orwell », de Jean-Pierre Martin

jean-pierre-martin-l-autre-vie-d-orwellL’île de Jura, Hébrides intérieures, nord-ouest de l’Écosse : c’est dans ce lieu, hors du monde et du temps, qu’Eric Blair (alias George Orwell) choisit de se retirer pour écrire 1984. De 1984, il est d’ailleurs très peu question dans L’autre vie d’Orwell,de Jean-Pierre Martin. Comme s’il s’agissait d’une évidence.

Et il s’agit bien d’une évidence. La collection « L’un et l’autre », fondée par le regretté J.-B. Pontalis, a pour présupposé ce genre d’évidence.

Le militantisme assagi de Jean-Pierre Martin ne pouvait que rencontrer cette étape ultime et décisive dans la vie du plus pertinent des romanciers politiques suscités par le XXe siècle.…. Continuer la lecture

Une histoire d’amours : « La tristesse durera toujours », d’Yves Charnet

yves-charnet-la-tistesse-durera-toujoursC’est un livre en morceaux, le livre d’un homme qui a beaucoup perdu et, d’abord, une vieille dame qui fut comme sa grand-mère, à La Charité-sur-Loire, nom composé pour lui puisqu’il y est à la fois question du fleuve près duquel il aime rêver et d’une attitude ou d’un état qu’il connaît.

La tristesse durera toujours est une phrase qu’aurait prononcée Van Gogh. Maurice Pialat la reprend dans À nos amours et Yves Charnet semble vivre avec, dans une mélancolie qui nous atteint ; le propre des textes autobiographiques qui nous touchent est de brasser l’universel. Et Charnet, comme tous ses maîtres, est notre proche ou prochain. Continuer la lecture

Des moments, dans Paris : “En ville”, de Christian Oster

christian-oster-en-villeUn an après avoir publié Rouler chez L’Olivier, Christian Oster propose En ville. Dans le premier roman cité, un homme quittait Paris sans qu’on sache pourquoi. Il prenait la route et c’était, pour le romancier que l’on connaît pour Mon grand appartement ou Une femme de ménage, comme un nouveau début. Le roman avait quelque chose de dépouillé, d’aride, au sens où l’on ne trouvait aucune explication à cette traversée de la France qui menait le héros à Marseille.

En ville est, comme son titre l’indique, un roman qui ne quitte pas le cadre urbain, qui, par certains côtés, le célèbre. Il faut attendre la dernière page  pour que les protagonistes quittent Paris..

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Écrire sur un vivant : “Le Vieux Roi en son exil”, d’Arno Geiger

Au moment où ce récit a paru, le père d’Arno Geiger vivait toujours. L’auteur-narrateur tenait à ce qu’August Geiger soit encore là, parce que « comme tout homme, [il] mérite que son destin reste ouvert ».

Pourtant, quand on lit ce récit sur un vieil homme atteint d’Alzheimer, on se doute que son destin est loin de l’être. Le nom de cette maladie ne doit pas pourtant pas effrayer le lecteur ou déterminer la façon dont il lit ce livre. Le ton presque égal de l’auteur, la douceur avec laquelle il traite de ce thème en font un livre plein de beauté, de sérénité et de justesse.

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Laconique et dense : “14 ” , de Jean Echenoz

14. Le titre est laconique. Ce qu’il raconte, pour partie, l’a moins été.

Le roman d’Echenoz prend fin quand les soldats remontent au front l’esprit à la mutinerie, après quatre ans de souffrances. Entretemps, Anthime, Charles et Blanche, les trois principaux personnages, tout a changé.

Nul n’ignore ce qu’a été la guerre de 14. Les témoins, comme Dorgelès, Jünger ou Remarque, ont décrit cette expérience, que les films, documentaires ou fictions ont montrée. Et comme l’écrit le narrateur pour résumer les offensives de printemps, « on connaît la suite ». Echenoz ne raconte pas la guerre de 14 ; il la traverse, usant de l’ellipse, accélérant ou ralentissant, c’est selon : l’essentiel est là, en 128 pages et 15 chapitres, quand cela ferait la matière de plusieurs volumes ou d’une épopée immense. Continuer la lecture