“Oradour-s. D’un village à l’autre”, photographies de Charles Borrett

"Oradour-s. D'un village à l'autre", photographies de Charles BorrettLe photographe Charles Borrett s’est immergé à Oradour-sur-Glane pour y réaliser des sténopés. Ce mot désigne à la fois un appareil et un procédé photographique qualifié de pauvre : une boîte percée d’un trou et une pellicule suffisent pour réaliser des images atmosphériques et mystérieuses qui révèlent souvent bien plus que ce qu’imagine l’opérateur une fois qu’il a déclenché.

« Le très grand angle fait qu’on ne sait pas exactement ce qu’on va voir », explique Charles Borrett. Comme si un sens caché apparaissait au tirage.

Cela tient à la technique même de ce moyen abordable par tous. Le temps de pause, parfois long, ne donne pas la possibilité de figer la vie, mais de rendre leur âme aux objets inanimés.

Cette photographie lente, à l’opposé du mitraillage offert par le numérique, est parfaitement en adéquation avec le but poursuivi par Charles Borrett.

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“Le Désordre azerty”, d’Éric Chevillard. Autoportrait de l’écrivain devant son clavier

"Le Désordre azerty", d'Éric ChevillardOn ne sait si, à l’instar de Christian Gailly,  Éric Chevillard utilise la bonne vieille machine à écrire mais, comme l’écrivain récemment disparu, les lettres lui apparaissent sur un clavier dans ce désordre qui est peut-être l’ordre véritable des choses.

Et l’autoportrait qu’il propose dans ce Désordre azerty est sans doute la meilleure manière pour lui de se présenter.

À l’article Photographie, il explique sa réticence à paraître. Cette réticence, on l’apprend dès les premières pages, qui portent sur le mot ASPE ou ASPLE, dont il ne donne pas la définition (on la trouvera dans n’importe quel dictionnaire) mais aurait pu porter sur l’adjectif asocial, « incapable de s’adapter aux normes sociales ». Ce qui est sans doute excessif, mais fondé.

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« Ceux qui ne dormaient pas. Journal 1944-1946 », de Jacqueline Mesnil-Amar

"Ceux qui ne dormaient pas", de Jacqueline Mesnil-AmarPublié pour la première fois en 1957 aux Éditions de Minuit et passé alors inaperçu parce qu’il était plutôt question, en France, de tourner la page, le journal de Jacqueline Mesnil-Amar (1909-1987) est réédité chez Stock en 2009, puis au Livre de poche en 2010.

Et on se rend compte que la perspective a complètement changé sur ce texte, qui mêle étroitement l’intime et l’Histoire, et que le moment est bien plus propice aujourd’hui à sa lecture. Sans doute parce qu’un travail considérable a été réalisé depuis lors sur la Shoah.

Jacqueline décrit au jour le jour les affres qu’elle connaît à partir du soir où son mari, André Amar, ne rentre pas à la maison. Arrêté le 18 juillet 1944 avec d’autres combattants de l’ombre, il va être envoyé à Fresnes, puis à Drancy, d’où il partira le 24 août dans le dernier convoi pour Auschwitz. Son évasion tient du miracle.

Sans nouvelles comme toutes les femmes de résistants et follement inquiète, Jacqueline écrit pour tromper l’attente, l’angoisse, pour essayer de comprendre pourquoi et comment sa vie vient d’être saccagée.

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«Giacomo Foscari », de Mari Yamazaki, un manga historique entre Japon et Occident

Mari Yamazaki, "Giacomo Foscari" © Rue de SèvresLa bande dessinée japonaise, le ou la manga, est un genre protéiforme qui s’adresse à tous types de publics.

Dans les années 1980-1990, le manga s’est heurté à de nombreux préjugés, forgés par la diffusion de certains dessins animés dans les programmes destinés à la jeunesse.

On leur reproche d’être trop violents, de ne mettre en scène que des personnages caricaturaux véhiculant des idées simplistes et d’être servis par un dessin minimaliste.

Cette vision réductrice a fait long feu. On a découvert depuis les films d’animation de Miyazaki, comme Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoké, ou encore Le Tombeau des lucioles, d’Isao Takahata, qui fait définitivement rentrer les « manganimés » dans le domaine adulte.

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Concours national de la Résistance et de la déportation 2013-2014 : « La libération du territoire et le retour à la République »

concours-national-de-la-resistance-et-de-ladeportationLes modalités de participation au Concours national de la Résistance et de la déportation créé en 1961 par Lucien Paye, ministre de l’Éducation nationale, à la suite d’initiatives d’associations et particulièrement de la Confédération nationale des combattants volontaires de la Résistance (CNCVR), sont précisés dans le BOÉN n° 22 du 30 mai 2013.

Ce concours a pour objectif de “perpétuer chez les jeunes Français la mémoire de la Résistance et de la déportation afin de leur permettre de s’en inspirer et d’en tirer des leçons civiques dans leur vie d’aujourd’hui”.

Pour l’année 2013-2014, le thème suivant a été arrêté : « La libération du territoire et le retour à la République ».

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Exposition Paul Éluard, “Poésie, amour et liberté”

exposition_Paul_EluardLe Palais Lumière de la ville d’Évian accueille jusqu’au 26 mai 2013 une exposition consacrée à l’œuvre et aux collections d’art de Paul Éluard : “Poésie, amour et liberté”.

Hans Arp, Salvador Dali, Pablo Picasso, Max Ernst, Man Ray, André Beaudin, Jean Cocteau, Apel.les Fenosa, Hans Bellmer ou Alberto Giacometti ponctuent ainsi ce parcours.

Huit chapitres permettent d’approcher l’homme et l’écrivain, à travers des objets personnels, la reconstitution de son bureau avec sa bibliothèque, ses manuscrits, ses ouvrages, les témoignages de ses amis.

L’histoire de France se déroule en arrière-plan de cette exposition, des Premiers poèmes, signés Eugène Grindel, aux poésies de la Résistance avec les manuscrits de Liberté. La collection du musée d’art et d’histoire de Saint-Denis – ville natale du poète – est enrichie pour l’occasion de prêts d’institutions publiques et privées, de collectionneurs et de marchands.

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« Aurais-je été résistant ou bourreau ? », de Pierre Bayard

pierre-bayardPierre Bayard, professeur de littérature à l’université Paris VIII et psychanalyste, aime les sujets décoiffants, présentés en des titres accrocheurs, de préférence interrogatifs : Qui a tué Roger Ackroyd ? (1998), Comment améliorer les œuvres ratées ? (2000), Et si les œuvres changeaient d’auteurs ? (2010) et, le plus connu du genre, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? (2007).

Dans la plupart des cas, le contenu de ces ouvrages ne tient pas vraiment la promesse de leurs titres et s’adresse moins au grand public, impatient de découvrir la réponse à une question inattendue, qu’à des spécialistes, de littérature essentiellement, prêts à se lancer, par des voies détournées, dans une étude plus sérieuse que ne l’annonce l’emballage.

La couverture austère des Éditions de Minuit, et le prestigieux catalogue de la maison, sont d’ailleurs là pour dissiper toute velléité de lecture légère ou divertissante.…. Continuer la lecture

Adieu à l’Indigné

stephane_hesselStéphane Hessel a décidé de prendre congé, discrètement, par une froide journée de février. Nous aurions pu le croire éternel, tant sa force de conviction et l’intensité de ses engagements le rendaient jeune, indifférent à l’état-civil qui lui avait donné quatre-vingt quinze ans en novembre dernier, puisque le hasard l’avait fait naître au moment même où la vieille Russie entamait sa révolution.

Nous l’aurions voulu éternel, pour qu’il puisse encore longtemps nous apporter sa ferveur contagieuse, son enthousiasme juvénile, son pouvoir de séduction et d’indignation, ce thème, développé il y a environ trois ans dans un livre d’à peine un peu plus de dix pages, lui ayant apporté une tardive notoriété. Continuer la lecture