« Le Médecin de famille », de Lucía Puenzo

"Le médecin de famille", de Lucia PuenzoLe Médecin de famille est le troisième film de la romancière argentine Lucía Puenzo (L’Enfant poisson, 2004 ; 9 minutes, 2005 ; La Malédiction de Jacinta Pichimahuiada, 2007 ; La Fureur de la langouste, 2010), adapté de son roman Wakolda (2011).

C’est d’ailleurs sous ce titre qu’il a été présenté au dernier festival de Cannes, où il a fait grande impression. Il faut dire que l’intrigue nous fait vivre l’aventure hors du commun d’une famille argentine dont le chemin croise celui du docteur Josef Mengele, ancien médecin du camp d’extermination d’Auschwitz, auteur d’expériences sur des sujets vivants traités comme des cobayes – expériences rendues publiques pour la première fois au procès de Nuremberg (novembre 1945-octobre 1946).

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« Django Unchained », de Quentin Tarantino

quentin-tarentino-django-unchainedMort ou vif, tel est le refrain qui scande Django Unchained.

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le docteur King Schultz (Christoph Waltz), dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, achète Django (Jamie Foxx), un esclave capable de l’aider à reconnaître les frères Brittle, meurtriers qu’il recherche. Il lui promet de lui rendre sa liberté lorsqu’il les aura capturés – morts ou vifs.

Pendant la traque, Django parle à Schultz de Broomhilda, sa femme, vendue comme lui mais à un autre maître. Pour la retrouver, Schultz élabore un plan : il s’agit de s’introduire dans l’immense plantation de Calvin Candie, le plus puissant planteur du Mississipi, et de prétendre vouloir acheter des lutteurs noirs. Continuer la lecture

« Bordeaux-Vintimille », de Jean-Baptiste Harang. Les “tueurs d’âme”

couv harangLe récit s’ouvre sur la description d’un visage. Celui qui figure sur la carte d’identité de Rachid Abdou, jeune Algérien venu en touriste à Bordeaux pour rencontrer la jeune fille avec laquelle il correspond. Au moment de repartir, elle l’avertit : « Faites attention à Marseille, c’est dangereux. »

Il n’arrivera jamais à Marseille. Trois candidats à la Légion étrangère en route pour Aubagne le précipitent du train, non loin de Montauban, après l’avoir brutalisé, puis poignardé.

Ce fait-divers authentique sert de point de départ au roman, ou récit, de Jean-Baptiste Harang qui, en 1986, a suivi le procès des assassins aux assises de Toulouse. Harang a changé les noms, imaginé quelques éléments de dialogue. Pour le reste, tout est vrai, sinistrement vrai. Continuer la lecture

Les lauriers de la honte – Richard Millet

Prenez un écrivain estimable, reconnu de ses pairs, apprécié pour sa belle écriture, publié chez un éditeur célèbre où il occupe, de surcroît, des fonctions importantes attestant une bonne connaissance des choses de la littérature, mais qui, parallèlement, souffre d’une insuffisante «couverture médiatique» et d’une relative ignorance de la part du grand public. Il reste à cet obscur bien que brillant créateur une solution efficace : défendre l’indéfendable, valoriser l’horreur, célébrer l’ignominie et gagner par le scandale ce qui n’a pu être obtenu par le talent.

Voilà sans doute, conscient ou non, le calcul de Richard Millet quand il a fait paraître, le 22 août dernier, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, en appendice à son essai Langue fantôme, un Éloge littéraire d’Anders Breivik. Car on n’ose croire que cet intellectuel respecté, bien qu’un peu mythomane, voire mégalomane, ait pu se lancer de bonne foi et sincèrement dans l’apologie de la barbarie au nom d’une prétendue croisade en faveur de la pureté de la race blanche. Continuer la lecture