La jeune fille au cinéma. Entretien avec Zeynep Jouvenaux, programmatrice au Forum des images

Zeynep Jouvenaux, Forum des images

Zeynep Jouvenaux

Le Forum des images, à Paris, consacre une partie de son été à programmer des films autour du thème de la jeune fille. Il ne s’agit pas de montrer l’intérêt narratif d’un personnage, mais surtout de questionner la place donnée à la jeune fille dans la société et de discuter la façon dont le cinéma s’en empare.

L’éventail est large, du film d’horreur au film naturaliste, du film d’auteur au film hollywoodien. Malgré ces différences, des questions récurrentes s’imposent, qui touchent à l’ordre social que la jeune fille assume ou remet en question, à l’identité féminine dont le cinéma montre comment elle peut être induite par les représentations sociales et révéler la fabrication des stéréotypes.

L’âge de la jeune fille renvoie alors à des questions d’affirmation, de reconnaissance du féminin et de transmission. Entre secret et sauvagerie, conscience et apprentissage, revendication et passage de relais, la figure de jeune fille est une figure de transformation et de création.

Zeynep Jouvenaux, la programmatrice de ce cycle, nous parle de ce qui l’a guidé dans ses choix et des questions auxquelles sa programmation ouvre.

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« Winter Sleep », de Nuri Bilge Ceylan

"Winter Sleep", de Nuri Bilge CeylanCe septième long métrage de Nuri Bilge Ceyla, déjà primé à Cannes pour Uzak (2002), Les Trois singes (2008) et Il était une fois en Anatolie  (2011), a remporté cette année la Palme d’or.

Dans Climats (2006), le cinéaste turc avait montré que toute vie humaine, toute histoire d’amour a ses saisons. Winter Sleep met en scène l’hiver d’un comédien vieillissant reconverti en hôtelier, Aydin, entouré de sa sœur récemment divorcée et de sa jeune épouse Nihal.

Aydin a depuis longtemps enterré ses émotions sous une carapace de mépris et de cynisme. Son mariage est entré dans une phase critique. La différence d’âge en est-elle la seule raison ? Le froid rigoureux de la Cappadoce y est-il pour quelque chose ? Ou cet incident malencontreux qui révèle toute la perversité dont l’arrogant Aydin est capable à l’égard de ses fermiers ?

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“Cette part de rêve que chacun porte en soi” : entretien avec Pierre Pachet

Entretien avec Pierre Pachet : "Le rêve que chacun porte en soi"

Jean-François Marquet et Pierre Pachet

Nous avons demandé à Pierre Pachet de nous éclairer sur quelques-uns des aspects liés à la thématique du rêve, au sens propre ou dans son acception de projection dans le futur, puisque l’intitulé du thème de BTS, La part du rêve que chacun porte en soi, nous invite à cette double interrogation.

Pierre Pachet a consacré deux ouvrages de référence à cette question, Nuits étroitement surveillées (1980) et La Force de dormir (1988), et il a fait de l’intime la sphère privilégiée de son œuvre sans pour autant sacrifier à la mode de l’autofiction. Il a également accordé récemment un entretien sur ce sujet à la revue Critique.

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“Une histoire d’hommes”, de Zep, entre histoire du rock et confession intime

zep-une-histoire-d-hommesZep, le créateur de Titeuf, le gamin à la mèche le plus célèbre des cours d’école, signe avec Une histoire d’hommes, publié à la rentrée par la toute nouvelle maison d’édition Rue de Sèvres, filiale de l’école des loisirs, sa première bande dessinée adulte.

Cette Histoire d’hommes, c’est celle d’un groupe de rock, ou plutôt d’une bande de copains rockeurs qui naviguent encore entre amateurisme et profession-nalisation. Une histoire que l’on imagine très personnelle car on connaît le goût de Philippe Chappuis, dont le pseudonyme de Zep est un hommage au groupe Led Zeppelin, pour le rock à décibels.

Une histoire d’hommes est d’ailleurs dédié à ses différents groupes : Cap Lib, Titi & The Raw Minets, Zep’n’Greg, Bluk Bluk, Alice in Kernerland…

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« Psychologie et Philosophie. Conférences Zofingia (1896-1899) », de C. G. Jung

jung-philosophie-et-psychologieCarl Gustav Jung est avant tout connu pour sa dissidence à l’égard du mouvement freudien. Ses théories relatives à l’inconscient collectif sont généralement considérées, dans le monde universitaire français, avec une certaine condescendance et sa contribution aux études littéraires est purement et simplement ignorée.

C’est à peine si l’on songe à mentionner la dette que de grandes figures des lettres françaises comme Bachelard ou Gilbert Durand ont contractée envers son œuvre. On gagnerait par ailleurs à découvrir ou relire ses réflexions littéraires sur l’Ulysse de Joyce, qui font preuve d’une magnifique compréhension de la modernité.

Les éditions Albin Michel poursuivent avec une belle constance, et sous la direction de Michel Cazenave, la traduction des œuvres de Jung. Le dernier opus, Psychologie et Philosophie. Conférences Zofingia (1896-1899) n’est certes pas la plus déterminante des œuvres de Jung, mais il éclaire d’un jour nouveau l’édifice théorique à venir et confirme, si besoin en était, que la dissension avec Freud était, somme toute, inéluctable. Continuer la lecture

« Effets secondaires », de Steven Soderbergh

Steven-Soderbergh-Effets-secondairesSteven Soderbergh s’est fait une spécialité des films qui prennent la défense des consommateurs contre les grands groupes industriels.

Erin Brockovich (2000) oppose une mère de famille modeste à la Pacific Gas and Electric Company (PG&E), responsable d’une grave pollution de l’eau potable ; The Informant ! (2009) imagine un brillant cadre supérieur du géant agroalimentaire Archer Daniels Midland (ADM) dénonçant les pratiques de sa firme.

Plus largement, le cinéaste aime à dénoncer les mensonges exigés par la société pour le profit des nantis. Sexe, mensonges et vidéo, palme d’or à Cannes en 1989, en était une première illustration. Mais, depuis Contagion (2011), avec son complice Scott Z. Burns (qui a écrit aussi The Informant !), il pointe plus particulièrement les abus des laboratoires pharmaceutiques.

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« The Master », de Paul Thomas Anderson

paull-thomas-anderson-the-masterThe Master décrit une emprise, la manipulation sans scrupules d’un individu sans défense. Cet homme est Freddie Quell, un marin broyé par la guerre, qui se retrouve en 1945 en Californie avec une dépression nerveuse aggravée par l’usage immodéré d’un cocktail explosif qu’il prépare lui-même avec tout ce qui lui tombe sous la main.

Dès la première apparition de Joaquin Phoenix, on est saisi par son aspect physique et sa composition. Maigre, la démarche hésitante, il a le visage émacié et buriné d’un ermite, s’exprime d’une voix basse, bredouillante et à peine intelligible.

Performance époustouflante et nouvel avatar d’un comédien de génie, que les films de James Gray ont consacré. Un Oscar serait amplement mérité. Continuer la lecture

“Compliance”, de Craig Zobel

Compliance signifie soumission, docilité. Mais le mot résonne comme complicité.

Il fait allusion à la célèbre expérience de Stanley Milgram, où il est demandé à certains sujets d’appliquer de fortes décharges électriques à des tiers pour de simples « raisons d’apprentissage », afin de mesurer la capacité d’obéissance à un ordre, même contraire à la morale des exécutants.

L’expérience aboutit à la conclusion qu’une majorité de personnes assume sans remords la fonction de « tortionnaire légitime ».

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