“Madame Bovary”, de Gustave Flaubert. Dictionnaire du domaine d’étude : lire, écrire, publier

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert, et particulièrement Madame Bovary, semblent tout indiqués pour traiter de la question Lire, écrire, publier.

D’abord pour ce qui concerne l’édition au XIXe siècle. Ce livre absolu qui contient toute la vie de Flaubert offre par son existence même, son écriture, sa publication une réflexion sur ce qui fait la littérature et, au-delà, la culture littéraire d’une époque.

Flaubert se livre sur ses désarrois d’écrivain à sa maîtresse qui archive soigneusement ses lettres, offrant par là un témoignage de première importance sur la gestation du roman. Ses manuscrits ont en outre été soigneusement conservés et leur amplitude ainsi que la variété des ratures et repentirs suffiraient à justifier l’existence de la génétique du texte. Un procès a accompagné sa publication engageant la question de la censure, de la parution.

Depuis, le livre est réédité sur tous les modes et avec toutes sortes de présentations, préfaces, avant-propos, paratextes qui permettent de maintenir le débat autour de la statue géante de Flaubert et il ne se passe guère d’années sans que quelqu’un, critique, historien, sociologue ne tente une redécouverte de cette œuvre et de la vie de son auteur.

Mais Lire, écrire, publier c’est aussi le lot des personnages. Emma lit, écrit, Charles est un mauvais lecteur, Homais s’institue journaliste critique, publicateur scientifique, la plupart des acteurs est concerné par cette invasion de l’écriture ou d’une culture dévoyée, selon Flaubert lui-même.

Continuer la lecture

Cinéma et littérature : « Briser la ligne du temps ». Entretien avec Éric Vuillard

Éric Vuillard, "Tristesse de la terre"Éric Vuillard vient de publier Tristesse de la terreUne histoire de Buffalo Bill Cody. Ce récit s’éloigne des lieux que la littérature française a l’habitude d’emprunter en se tournant vers l’Amérique, celle des Indiens, du spectacle, celle qui réécrit sa légende et qui s’efforce de la rendre matérielle.

Il s’approprie par la littérature et par l’utilisation de la photographie ce qui était venu jusqu’à nous le plus souvent par les moyens du cinéma. Son film, Mateo Falcone, vient d’être distribué. Bien qu’il puisse se présenter comme une adaptation, il s’agit avant tout d’une expérience singulière de spectateur, où se retrouvent la violence et la contemplation.

Le western est présent ici, comme une façon de s’approcher au plus près de ce récit aux allures de mythe, et d’un regard d’enfant.

Ces questions d’image, d’enfance et de création sont au cœur de cet entretien.

Continuer la lecture