“Azur et Asmar”, de Michel Ocelot, ou l’actualité brûlante d’un conte sur pellicule

"Azur et Asmar", de Michel OcelotLa une du Parisien du jeudi 15 janvier 2015 établissait comme attendu que la ligne de fracture de l’unité et de l’unanimité nationale s’exprime en tout premier lieu à l’école : le terme « école » devant être compris ici dans son sens large. Il devient ainsi impératif de poursuivre l’action civique en ne jetant pas de l’huile sur le feu sans pour autant céder à l’étouffement de la pensée critique.

C’est à cette fin que nous proposons quelques activités à partir du film de Michel Ocelot, Azur et Asmar (2006). Nous avons interrogé le réalisateur lui-même pour connaître les motivations qui ont présidé à la création de ce film remarquable.

Michel Ocelot est un réalisateur exigeant attaché aux belles images, aux beaux messages et aux belles histoires. On lui doit le célèbre Kirikou, esprit précoce et libre s’il en est ! Que ce soit dans Princes et Princesses ou dans Azur et Asmar – film à partir duquel nous proposons une activité pédagogique à destination des élèves de cycle 3 /sixième –, nous retrouvons la même volonté de combattre les préjugés et de nourrir l’esprit critique des « petits » et des « grands ».

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Denis Kambouchner, “Descartes n’a pas dit”, ou comment lire Descartes en cartésien…

Denis Kambouchner, "Descartes n'a pas dit. Un répertoire des fausses idées sur l'auteur du "Discours de la méthode", avec les éléments utiles et une esquisse d'apologie"Être cartésien… Apanage des ingénieurs et des anticléricaux, des amoureux de l’ordre et des angles bien tracés… « Je suis cartésien ! », prétendent tous ceux qui n’entendent pas abandonner leur clairvoyance aux mains des séduisantes croyances et du marasme des passions.

Mais Descartes était-il lui-même cartésien en ce sens ? Retrouve-t-on dans ses textes l’hégémonie d’une raison imperméable aux sensations et aux émotions, indifférente aux réalités surnaturelles qui dépassent sa compréhension ?

C’est étrange mais, lorsque nous le lisons pour de bon, c’est plutôt l’inverse que nous rencontrons : philosophie du corps et de l’expérience, philosophie de la croyance, philosophie des passions ; la philosophie de Descartes, c’est aussi tout cela, bien loin de l’idée que nous nous en faisons. Autant dire que la doctrine de celui qui a un jour écrit « je pense donc je suis » est recouverte de nombreux lieux communs auxquels il fallait qu’un authentique cartésien s’occupât de tordre le cou.

Voilà alors ce que fait Denis Kambouchner dans son élégant Descartes n’a pas dit qui vient de paraître aux Belles Llettres.

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Édouard Louis, “En finir avec Eddy Bellegueule”

Édouard Louis, "En finir avec Eddy Bellegueule"Fuir

Le sentiment de honte est peut-être ce qui distingue et honore les humains. Qui l’éprouve a conscience d’être et d’avoir une place. Ce mot apparaît, à des titres bien différents, chez Primo Levi, Annie Ernaux, Tiphaine Samoyault , et désormais Édouard Louis.

Ce très jeune écrivain publie son premier roman, En finir avec Eddy Bellegueule. Le texte est impressionnant, dès sa scène inaugurale. Un jeune collégien se fait cracher dessus par deux garçons dans un couloir. Il se fait insulter et on lui demande brutalement si c’est lui le « pédé ».

Dès lors, il est l’autre, dans un univers clos qui, telle une poupée russe, enferme un autre univers clos, etc. La Picardie, le village, le collège, voici ce qui constituera le cadre dans lequel se débattra Eddy avant de fuir. Ce verbe à l’infinitif que se répète le jeune garçon comme une injonction fera l’objet de la seconde partie du roman.

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