Brassaï, homme de lettres

Exposition "Brassaï, pour l'amour de Paris"Ce titre, appliqué à l’un des plus grands photographes du XXe siècle, peut surprendre. Pourtant l’œuvre de Gyula Halasz, dit Brassaï, à qui l’Hôtel de ville de Paris consacre une rétrospective jusqu’au 8 mars 2014, montre combien le cheminement photographique de cet amoureux de Paris est indissociable de son œuvre écrite et de sa passion pour la littérature.

La bibliographie de Brassaï est forte d’une vingtaine de livres. Des ouvrages purement photographiques, certes, mais aussi des livres comme Henry Miller grandeur nature, Conversations avec Picasso, Histoire de Marie, Paroles en l’Air ou Marcel Proust sous l’emprise de la photographie. Une œuvre d’écrivain.

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Des mots arabes voyageurs

Des mots arabes voyageurs : concours d'écriture poétique et d'expression artistiqueLe concours d’écriture poétique et d’expression artistique Dix mots arabes semés au loin, inspiré du concours Dis-moi dix mots semés au loin lancé en 2012-2013 par le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de la Culture,  a rencontré un grand succès dont on peut mesurer l’ampleur sur ce site.

Une nouvelle version de ce concours a été proposée pour l’année 2013-2014 par le lycée Lyautey (AEFE Maroc), en partenariat avec l’AREF, le Musée de la fondation Slaoui et l’Institut français de Casablanca : Des mots arabes voyageurs : quand la poésie sort des murs des lycées pour s’écrire sur ceux des musées.

Réservée aux élèves des établissements secondaires du Maroc, elle peut toutefois être une source d’inspiration pour tous.

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Man Ray, Paul Eluard : la liberté dans le livre

paul-eluard-man-ray-les-mains-libres« Elle [la poésie] est l’acte pur – l’acte de suprême libération – le seul par lequel un homme, en tant que poète, puisse se donner profondément à lui-même le sentiment d’exister en toute liberté. » Pierre Reverdy, La Fonction poétique, 1950.

Si la langue latine distingue les deux mots « liber » en fonction de la voyelle i, longue ou courte, l’homographie invite à réunir ce qui relève de l’absence de soumission à une autorité humaine ou dogmatique et ce qui désigne la pellicule se trouvant entre l’écorce et le bois, sur laquelle on écrivait.

Envisager le livre comme lieu de liberté, c’est aussi le concevoir comme un véritable moyen de création. C’est du moins ainsi que semblent l’entendre Paul Eluard et Man Ray, dont l’esthétique respective trouve un écho dans le croisement de la photographie ou du dessin et du poème, et dans la relation entre ces deux mediums visuels et verbaux. Cette relation, qui est de l’ordre d’un regard qui circule entre l’artiste et le poète, donnant  à voir et à lire, et le lecteur spectateur, fait à son tour du livre un medium apte à susciter la liberté interprétative.

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« Loulou, l’incroyable secret », de Grégoire Solotareff : où le loup est l’agneau

"Loulou, l'incroyable secret", de Grégoire Solotareff réalisé par Éric OmondNe pas connaître l’origine des personnages fait souvent le charme des grands albums de la littérature de jeunesse contemporaine, pensons par exemple à deux d’entre eux récemment adaptés au cinéma, Les Trois Brigands de Tomi Ungerer, et Loulou de Grégoire Solotareff.

Si le lecteur « enfant » à l’imagination décuplée s’en délecte c’est d’ailleurs sans doute, pour une bonne part, parce qu’il s’agit d’œuvres délibérément « ouvertes », pour reprendre l’expression d’Umberto Eco.

Authentiques territoires imaginaires, ces albums-là, comme encore Max et les Maximonstres de Maurice Sendak, cultivent un mystère qui a la vertu de ne jamais lasser le questionnement.

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“Les Aventures de Pinocchio”, de Carlo Collodi, ou les métamorphoses d’un pantin

Dante, "La Divine Comédie", "Classiques abrégés"Carlo Collodi", "Les Aventures de Pinocchio", "Classiques abrégés"L’Italie possède deux monuments littéraires : La Divine Comédie de Dante et Les Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi. Ces deux œuvres, universellement connues et dont la renommée aurait tendance à éclipser toutes les autres, présentent entre elles de sérieuses différences, d’époque et de nature.

Cinq siècles les séparent, l’une est un imposant poème à portée historique et métaphysique, alors que l’autre n’est qu’une simple bambinata (le mot est de Collodi), une gaminerie en prose de moins de deux cents pages et destinée, du moins en apparence, à amuser les enfants.

Pourtant, en y regardant de plus près, on remarquerait quelques curieux points de convergence.

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“Mon prochain” de Gaëlle Obiégly

Gaëlle Obiégly, "Mon prochain"Certains romans ou livres sont sans surprise. Ce sont des sortes d’autoroutes dont on devine tous les paysages. On sait aussi quelles émotions attendre d’un auteur qui connaît souvent son métier. Parfois c’est agréable, souvent c’est sécurisant ; il arrive que ce soit très ennuyeux. On ne donnera pas d’exemple.

Qui se lance dans la lecture de Mon prochain ne risque pas ce type de trajet. L’auteur ne connaît pas la ligne droite et, de même qu’on imaginait mal quel plan suivrait celui qu’on voyait dans les meilleurs films de Godard, vers 1963, on ne peut prévoir le paragraphe qui suit celui qu’on vient de lire dans ce livre.

Ce qu’elle écrit de l’économie pourrait s’appliquer à une certaine littérature : « Si je savais tout de l’économie, que me resterait-il comme inconnu de monde ? Les gestes magiques, les errances alors seraient au rebut. Or, c’est cela qui me le procure, le monde. »

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À la rencontre d’Yvan Pommaux

couv.1_4L’École des lettres consacre un numéro et un dossier en ligne – une somme de dix-huit articles – à Yvan Pommaux, l’auteur-illustrateur de Corbelle et Corbillo, Angelot du Lac, L’Île du monstril, Tout est calme !, John Chatterton détective, Avant la télé, Véro en Mai…, le narrateur inspiré des albums mythologiques Thésée, comment naissent les légendes, Orphée et la morsure du serpent, Œdipe, l’enfant trouvé, Ulysse aux mille ruses, Troie la guerre toujours recommencée…, mais aussi le “metteur en scène” et passeur de La Double Inconstance, dans Rue Marivaux… Continuer la lecture

« L’Écume des jours », de Michel Gondry, d’après Boris Vian

l-ecume-des-joursMichel Gondry a une imagination qui lui permet de visualiser immédiatement ce qu’il lit. S’il a relevé le défi d’adapter L’Écume des jours de Boris Vian, roman culte inadaptable entre tous, c’est qu’à la première lecture, il avait eu la vision d’une intrigue qui commencerait en couleurs et finirait en noir et blanc. Un tel défi correspond bien à son univers romantique et à son style personnel.

Dès les premières images du film, qui forme désormais une trilogie amoureuse avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) et La Science des rêves (2006), le cinéaste nous emporte dans un véritable tourbillon de sons et d’images.. Continuer la lecture