“Elle s’appelait Tomoji”, de Jirô Taniguchi

jiro-taniguchi-tomojiTopographie du pays de Tomoji

Le nouvel album de Jirô Taniguchi est au départ une œuvre de commande : il s’agissait de raconter la vie de Tomoji Uchida, créatrice d’un temple bouddhiste dans la région de Tokyo. Un temple que fréquente assidûment depuis trente ans la femme de Taniguchi, et où l’artiste aussi se rend de temps à autre en personne.

Il s’en est tenu pour finir à l’enfance de cette femme à la vie à la fois étonnante et banale au demeurant : étonnante si l’on s’en tient à cet épisode de la création d’un temple – dont on imagine les difficultés –, banale si l’on se réfère à ce qui nous est raconté, et qui a dû constituer le lot de bien des femmes japonaises au début du siècle dernier.

Elle s’appelait Tomoji nous arrive après les longues marches – oui, parfois les très longues marches de ses héros dans nombre d’albums plus ou moins anciens – du bien nommé Homme qui marche au Promeneur en passant par Le Gourmet solitaire et ses déambulations gastronomiques à la recherche de la soupe au miso idéale (la soupe au miso ou le Graal des jours d’une vie humblement parfaite). Ces héros sont bien souvent des hommes en errance, en mouvement.

À ma connaissance, voici le premier album de Taniguchi qui soit intégralement consacré à un personnage principal féminin – on a certes déjà rencontré dans l’œuvre de Taniguchi nombre de figures féminines merveilleuses, mais jamais avec ce degré de présence au monde. Une présence tranquille et déterminée, dans l’attente comme dans les questions qu’elle pose.

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«Giacomo Foscari », de Mari Yamazaki, un manga historique entre Japon et Occident

Mari Yamazaki, "Giacomo Foscari" © Rue de SèvresLa bande dessinée japonaise, le ou la manga, est un genre protéiforme qui s’adresse à tous types de publics.

Dans les années 1980-1990, le manga s’est heurté à de nombreux préjugés, forgés par la diffusion de certains dessins animés dans les programmes destinés à la jeunesse.

On leur reproche d’être trop violents, de ne mettre en scène que des personnages caricaturaux véhiculant des idées simplistes et d’être servis par un dessin minimaliste.

Cette vision réductrice a fait long feu. On a découvert depuis les films d’animation de Miyazaki, comme Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoké, ou encore Le Tombeau des lucioles, d’Isao Takahata, qui fait définitivement rentrer les « manganimés » dans le domaine adulte.

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