« Le Fils de Saül », de László Nemes. Immersion dans l’enfer concentrationnaire

Géza Röhrig dans "Le Fils de Saul", de László Nemes

Géza Röhrig dans “Le Fils de Saul”, de László Nemes

La fiction a toujours posé problème pour la représentation de la Shoah. Les historiens s’en méfient. Claude Lanzmann la condamne. Mais le film du Hongrois László Nemes, qui a obtenu à Cannes le Grand Prix, a démontré brillamment qu’à condition d’être d’une rigueur absolue et sans complaisance aucune, elle est un choix judicieux pour créer chez un public cette empathie qui arrache à l’indifférence.

En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saül Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs chargé de la manutention dans les crématoires. Nous connaissons cette extermination industrielle par les témoignages des Sonderkommandos cachés sous terre à Auschwitz en 1944 et réunis par le Mémorial de la Shoah.

Il en a été tiré un livre, Des voix sous la cendre (Le livre de poche, 2006). Ce document de première main qui fait partager au lecteur leur quotidien été la première source d’inspiration du cinéaste. « C’était, dit-il, comme être là, dans leurs vies, à l’intérieur. » Il avait aussi des raisons personnelles de faire ce film car des membres de sa famille avaient été exterminés à Auschwitz.

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Alain Rey : “Dictionnaire amoureux du diable”

Alain Rey, "Dictionnaire amoureux du Diable"Il faut une bonne dose d’audace, et autant de sens de la provocation pour signer un dictionnaire dit « amoureux » du Diable. Une épithète à vous faire ranger parmi les sataniques, démoniaques, méphisto-phéliques ou encore lucifériens.

Passe encore que l’on use de l’énergie à répertorier le savoir relatif à l’ange du Mal, d’autres l’ont fait : le sombre Ambrose Bierce, le contestable Collin de Plancy, le savant Roland Villeneuve, l’universel Gérald Messadié, le très subtil Robert Muchembled. Mais avouer, dans son titre, une tendre dilection pour le Malin relève d’une faute de goût qui, à certaines époques, vous eût valu le bûcher.

Alain Rey, précédé par sa longue expérience de lexicographe, son immense érudition et son infinie sagesse, n’a pas hésité à relever le défi en déclarant sa flamme au diable. 

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