Trois livres pour lire les jeunes de banlieue

Trois livres pour lire les jeunes de banlieueL’« amalgame », l’un des termes préférés des médias aujourd’hui recouvre une réalité… médiatique elle-même. On ne sait plus très bien où se situent les dealers et les “daechs”. La faute ? Des affirmations rapides qui tendent à définir tout jeune de banlieue en situation de délinquance comme  un djihadiste en puissance.

Droit commun, radicali-sation, Syrie, voici la nouvelle  trilogie de la pensée simpliste.

Or qu’est-ce qu’un jeune de banlieue ? C’est avant tout un jeune, nous disent d’autres jeunes, sociologues de terrain eux, comme Fabien Truong et Paul Pasquali. Ils sont en train de parcourir ce champ de la recherche en renouvelant à la fois approches et écriture.

Trois  livres qui nous donnent à lire nos élèves ou bien encore les élèves des autres car si les élèves sont divers, il faut bien reconnaître que nos situations d’enseignants le sont également.

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Antigone : celle qui choisit de dire non. Parcours de personnage en seconde professionnelle

"Antigone recouvrant le corps de Polynice", de Marie Stillman (1844 –1927)

« Antigone et Ismène enterrant Polynice », de Marie Stillman, 1873

Les enjeux d’Antigone
à travers les siècles
et son actualité dans les programmes

de seconde professionnelle

« Depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ, la sensibilité occidentale a vécu les moments cruciaux de son histoire et de son identité en référence à la légende d’Antigone et à sa prolongation artistique et spéculative. »

Cette affirmation de George Steiner, qui a recensé plus de deux cents versions d’Antigone, marque à quel point le personnage et son mythe structurent en profondeur la pensée occidentale. Devenu depuis le XIXe siècle le « dénominateur commun conceptuel » de notre lecture à la fois de la psychologie collective, de la structure sociale et des codes symboliques, le mythe d’Antigone focalise tout particulièrement notre « économie de l’imaginaire ».

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“En France”, de Florence Aubenas

"En France", de Florence AubenasAvec pas mal d’humour – élégance du désespoir –, Florence Aubenas, dans son avant-propos suggère que son métier de journaliste-reporter ne consiste pas à « faire les chiens écrasés » mais à traquer les « humains écrasés ».

Elle nous en avait donné un aperçu en 2010 avec Le Quai de Ouistreham, récit d’une plongée dans le quotidien des travailleurs sans qualification.

Avec En France, elle prolonge l’expérience en proposant une série de courts textes centrés sur les laissés pour compte de la réussite, les obscurs représentants de la « France d’en bas » dont les portraits « finissent par dessiner, en pointillé, un territoire, ou plutôt un pays ».

Ce pays, le sien, le nôtre, est censé être connu alors que « c’est dans ce paysage familier que commence le mystère ».

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“Boyhood”, de Richard Linklater, le choix de l’ordre du monde

"Boyhood", de Richard Lakleter © IFC Films

“Boyhood”, de Richard Lakleter © IFC Films

Le film de Richard Linklater ne présente pas seulement un réel intérêt esthétique, il offre une vision de l’enfance et de l’adolescence particulièrement originale à laquelle nos élèves seront sensibles, comme nous l’avons été nous-mêmes.

Le film oblige en effet le spectateur à se placer devant les choix des personnages et à s’interroger sur ce qu’il aurait pu faire lui-même, ou même s’il y avait lieu d’agir.

En ce sens, les réactions des adultes et des adolescents font partie du projet du film, au même titre que son absence absolue de jugement par rapport à ses personnages ou son très grand souci d’ouverture.

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« Un jeune mort d’autrefois. Tombeau de Jean-René Huguenin », de Jérôme Michel

jerome-michel-hugueninComme Jérôme Michel, j’ai découvert l’unique roman de Jean-René Huguenin à l’adolescence et, comme lui, j’ai conservé la nostalgie de cette lecture chargée d’embruns, de silences et de sentiments troubles. Avec intérêt j’ai ensuite dévoré les pages incandescentes du Journal publié aux éditions du Seuil, qui révélaient la personnalité tourmentée et intransigeante du jeune romancier, mort trop tôt, à vingt-six ans, en 1962.

Dans les années 1980, la voix de Jean-René Huguenin était déjà une voix d’outre-tombe. Mais elle avait cette intemporalité de la jeunesse éternelle. Olivier Aldrouze, le héros de La Côte sauvage, est une sorte d’écho attardé aux rêveries du René de Chateaubriand : même idéalisme, même passion vaguement incestueuse qui traduit plus une terrible solitude qu’un véritable élan charnel.

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“La Part des anges”, de Ken Loach

Il y a beaucoup d’anges dans le cinéma de Ken Loach, qui en vieillissant, ressemble de plus en plus à Frank Capra. N’a-t-il pas introduit Éric Cantona comme ange gardien (de but bien entendu) auprès d’un postier de Manchester en détresse dans Looking for Eric (2009)?

Le mot est pris à la fois au sens propre et métaphorique dans La Part des anges : on appelle ainsi la partie du volume d’un alcool qui s’évapore pendant son vieillissement en fût. C’est généralement dans les chais d’armagnac ou de cognac qu’on emploie cette expression, mais Ken Loach l’applique au whisky, invention irlandaise ou écossaise, dont le nom – celtique ou gaélique – signifie « eau de vie ».

Jamais ce sens n’a trouvé de plus juste application que dans ce film, où un éducateur au grand cœur – véritable ange gardien – sauve littéralement un groupe de délinquants condamnés à une peine de travaux d’intérêt  général en les initiant secrètement pendant son temps libre à l’art du whisky ! Continuer la lecture

Les couleurs d’une jeunesse : « Deep End », de Jerzy Skolimowski (1970)

Londres, 1970. Mike, quinze ans, est engagé dans un établissement de bains publics. C’est son premier emploi. Très vite, il est attiré par Susan, une jolie rousse qui lui a présenté les lieux et le travail.  Il vivra son premier amour dans cet endroit sinistre.

On n’a pas envie d’en dire plus sur le scénario conçu à partir d’un article de journal par Jerzy Skolimowski. C’était là le premier film qu’il réalisait en Grande-Bretagne, après avoir quitté la Pologne et fait escale à Bruxelles où il avait tourné Le Départ, avec Jean-Pierre Léaud. Continuer la lecture

“La Machine à trier. Comment la France divise sa jeunesse”, de Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylberberg

Le livre ne paie pas de mine, la couverture est plutôt sage, l’écriture austère et sans recherche, préférant la rigueur des chiffres au brio des formules, et pourtant on aurait tort de négliger cette Machine à trier (joli titre), accompagnée d’un sous-titre moins rock’n roll Comment la France divise sa jeunesse.

L’originalité principale du livre, cosigné par quatre auteurs, professeurs (à l’École Polytechnique ou à Paris I) ou directeurs de recherche au CNRS, est que, pour traiter de la difficulté des jeunes Français à entrer dans le monde du travail, il ne se limite pas à la question (attendue et présente ici) de la formation ou de l’orientation, mais choisit de croiser les problématiques.

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