De la vertu pédagogique des commémorations de la Première Guerre mondiale

"La guerre documentée", 1919Le rideau est tombé sur la première année du cycle de commémorations de la Première Guerre mondiale à Notre-Dame-de-Lorette, ce 11 novembre 2014. L’action pédagogique nationale menée à cette occasion s’est appuyé sur les initiatives locales portées par les équipes pédagogiques. Elle s’est inscrite dans une volonté clairement affichée d’un « travail de mémoire » et de réflexion appliquée à l’« objet » Première Guerre mondiale portant sur la pluridisciplinarité et la pédagogie par projet.

Il ne s’agissait point d’abandonner l’apprentissage des savoirs disciplinaires. Mais de se souvenir que leur organisation dans le cadre scolaire est un héritage pédagogique du XIXe siècle… Chaque discipline ou matière construit un vocabulaire et des outils techniques propres. Mais que sont-ils sans les compétences intellectuelles transversales qui les soutiennent?

Le Centenaire, posé dans ce cadre, a été pensé comme un laboratoire pédagogique. Il peut, nous le croyons, servir à imaginer différemment l’enseignement dispensé aux élèves et la formation des maîtres qui lui est liée, en s’appuyant sur les pratiques mises en œuvre au plus près des classes.

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Le Salon de Montreuil : le temple des livres de jeunesse

Salon du livre et de la presse jeunesse 2014Il n’y a pas eu de coups de canon le 26 novembre 2014 pour l’inauguration de la trentième année du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ). Ici, dès le départ, il va de soi en effet que ce ne sont que les mots de l’imaginaire qui tonnent et font office de sésame laissant en son seuil les maux réels et les déflagrations de l’actualité.

Depuis sa création, le succès du « Salon » est allé grandissant, validant l’idée maintenant largement partagée que l’édition « jeunesse » demeure très certainement l’avenir de l’édition en général, qu’il s’agisse du livre ou de la presse.

On comprend dès lors combien ce rendez-vous annuel constitue un lieu de rencontre inter-catégoriel incontournable où chacun – éditeur, auteur, professeur, documentaliste, bibliothécaire, libraire et lecteur – pourra partager avec chacun de ses partenaires son goût pour la « transmission ».

 

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« L’Oubli », de Frederika Amalia Finkelstein : mémoire mécanique

Frederika Amalia Finkelstein, "L'Oubli"C’est un roman qui dérange, qui trouble. Ce qui est une bonne chose. Il est le fait d’une jeune femme qui ne peut savoir du XXe siècle et de son horreur profonde que ce que les ultimes survivants peuvent en raconter.

C’est donc le roman d’une transition vers l’absence de témoins, vers l’oubli, l’enfouissement ou la négation. La parole tend à disparaître, ou à n’exister plus que dans les témoignages filmés ou enregistrés. C’est avec cette réalité, contre elle aussi, que Frederika Amalia Finkelstein écrit son premier roman.

La narratrice a entre vingt et vingt cinq ans, un nom proche de celui de l’auteur qui a aussi cet âge. Alma traverse Paris pendant une nuit, et cherche à oublier, en marchant : « Je le dis sans honte : je veux oublier, anéantir cette infâme Shoah dans ma mémoire et l’extraire comme une tumeur de mon cerveau. » Il suffit pourtant qu’elle annonce ce programme dans l’incipit pour que tout s’enclenche et que chacune de ses pensées s’associe à cet événement.

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La Grande Guerre dans tous ses états. Ateliers d’écriture et de pratique artistique du collège au lycée

Fabian Grégoire, "Lulu et la Grande Guerre" © l'école des loisirs, "Archimède", 2005

Fabian Grégoire, “Lulu et la Grande Guerre” © l’école des loisirs, “Archimède”, 2005

Cette mallette littéraire et pédagogique commémore le centenaire de la Grande Guerre. Elle propose des chemins sensibles à travers des documents et des activités qui nous ont semblé porteurs de valeurs et riches en possibilité d’exploitations pédagogiques.

Ces documents, souvent découverts en chemin, au détour de lectures, dans la masse foisonnante des publications et des expositions que génère toujours un anniversaire, nous les avons choisis parce qu’ils nous touchaient, nous interrogeaient, disaient quelque chose de nous-mêmes que nous ne savions pas toujours être en nous-mêmes.

Ce travail poursuit essentiellement deux objectifs. D’abord offrir aux professeurs des entrées nouvelles pour exploiter un thème que les Instructions officielles nous encouragent à aborder. Permettre ensuite aux élèves de lire la guerre autrement pour la dire, la jouer, la représenter et tenter ainsi de dépasser un lourd héritage.

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Toutes les dédicaces des auteurs de l’école des loisirs et de Rue de Sèvres au Salon du livre et de la presse jeunesse, du 26 novembre au 1er décembre 2014

“Frères de terroirs”, par Jacques Ferrandez et Yves Camdeborde

Jacques Ferrandez, Yves Camdeborde, "Frères de terroirs", Rue de Sèvres, 2014Du producteur au lecteur

« Moi tout seul, je ne suis rien », dit Yves Camdeborde au début de Frères de terroirs.

Pour cette bande dessinée, accompagné du dessinateur Jacques Ferrandez, le célèbre chef est allé rendre visite à ses fournisseurs, des vignerons, éleveurs, artisans, pêcheurs qu’il connaît depuis toujours.

« Nous avions envie de faire un album ensemble, Yves et moi, explique Jacques Ferrandez. Il s’agissait de témoigner de la manière dont Yves travaille avec les producteurs qu’il va voir un peu partout en France. Ce qui m’intéressait c’est cette histoire humaine, cette histoire d’amitié et de fraternité. »

Ce n’est pas le premier ouvrage d’Yves Camdeborde, cinquante ans, dont trente-six passés derrière les fourneaux. Mais c’est la première fois que ce chef médiatique devient, à l’instar d’Astérix, héros d’une bande dessinée. Si l’on considère son combat, le parallèle avec le célèbre petit Gaulois n’est pas anodin. Et loin d’être perdu.

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Libération de Paris, la mémoire longue

Paris libéré, Musée CarnavaletLe 25 août 1944, après une semaine de combats, la population parisienne, soutenue par les troupes du général Leclerc, met fin à quatre ans d’occupation allemande dans la capitale.

Quelques mois plus tard, le 11 novembre 1944, le Musée Carnavalet présente « La Libération de Paris ». Ce panégyrique à la gloire des libérateurs, élaboré à chaud, tel un reportage, avec de nombreuses photos prises sur le vif, comporte quelques zones d’ombres.

Avec « Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé », le même musée Carnavalet, à soixante-dix ans de distance, revisite cette première exposition et s’interroge sur la manière dont on écrit l’histoire.

Le 14 juin 1940 la Wehrmacht entre dans Paris. Quatre ans après, le 25 août 1944, le général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire allemand du Grand Paris, signe l’acte de reddition de l’armée d’occupation à la Préfecture de police. Ce jour-là le général de Gaulle prononce l’un de ses plus célèbres discours :

« Nous sommes ici chez nous dans Paris levé, debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non, nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes, nous le sentons tous, qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.»

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“Pas pleurer”, de Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 : un été de jeunesse totale

"Pas pleurer", de Lydie SalvayreDeux voix se croisent : celle de Montsé, une « mauvaise pauvre », mère de la narratrice, et celle de George Bernanos, installé à Palma de Majorque en cet été 1936.

Pour l’une, ce sera l’été du plus grand bonheur, pour l’autre, celui du désespoir le plus profond.

Lidia, la narratrice, recueille le récit de sa mère et met en parallèle ce que l’écrivain français voit, ressent, et écrit. Pas pleurer sonne comme un hommage à l’auteur des Grands Cimetières sous la lune et l’évocation d’un moment unique, jamais retrouvé par Montsé.

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