La Traversée du Louvre

Si les auteurs des bandes dessinées précédentes consacrées au Louvre avaient inventé des intrigues et créé des musées imaginaires, David Prudhomme,  lui, se met en scène en train de traverser le musée et de regarder les œuvres et surtout les visiteurs qui découvrent celles-ci : cette mise en abyme est métaphoriquement une lecture d’une bande dessinée géante où les tableaux constituent autant de cases.

On pourrait s’amuser à comptabiliser le nombre d’occurrences des appareils photos et des téléphones portables à travers lesquels les touristes et amateurs regardent les œuvres : aujourd’hui, on ne regarde plus, on photographie, on filme… Le musée est le lieu où se manifeste le plus évidemment le nouveau régime de l’image dans lequel nous vivons depuis  le développement du numérique.

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Jean Clair, « Hubris. La fabrique du monstre dans l’art moderne »

Le mot « hubris » (encore écrit « hybris »), qui sert de titre au dernier livre de Jean Clair, évoque pour nous la mythologie grecque et l’idée de démesure dans les comportements, celle qui sera fatale, par exemple, à Œdipe et à sa fille Antigone.

Le terme a bien ici le sens de démesure sous la plume de l’académicien spécialiste d’art, mais plutôt que de s’appliquer aux êtres, il concerne les formes.

Il ne s’agit plus de nommer ainsi les pulsions – ce que l’Âge classique appelait les «  transports » –, mais les débordements esthétiques liés à la modernité et que nous qualifions de « monstrueux ». Continuer la lecture

Un regard d’écrivain : quatre conférences de Claude Simon

Un jour, invité par l’Union des écrivains de la presque défunte URSS, Claude Simon dut répondre à une sorte d’interrogatoire. On lui demandait quels étaient les principaux problèmes qui le préoccupaient. On devine quelle réponse était attendue, et la stupeur des interlocuteurs quand le romancier expliqua : un, commencer une phrase; deux, la continuer; trois, la terminer.

L’anecdote situe cet écrivain qui n’a pourtant pas été absent de son temps, s’engageant assez jeune dans le camp des Républicains espagnols. Mais sa réponse traduit surtout une façon d’envisager son métier, lequel consiste à « fabriquer (à produire) des objets qui n’existent pas dans le monde dit réel, qui sont cependant en rapport avec celui-ci, mais qui au sein de la langue se trouvent en même temps en rapport avec d’autres objets qui, dans le temps et l’espace mesurables, peuvent s’en trouver infiniment éloignés ». Continuer la lecture

Xavier Darcos, « Dictionnaire amoureux de la Rome antique »

Le préambule rappelle un passage de la leçon inaugurale de Paul Veyne au Collège de France en 1976 : « Il y a une poésie de l’éloignement. Rien n’est plus loin de nous que cette antique civilisation. […] Entre les Romains et nous, un abîme a été creusé par le christianisme, par la philosophie allemande, par les révolutions technologique, scientifique et économique, par tout ce qui constitue notre civilisation. »

Cet abîme, pas si vertigineux que le laissait entendre l’éminent historien, peut en partie espérer être comblé par ce précieux Dictionnaire amoureux de la Rome antique. Continuer la lecture

Les mille vies de Pompéi

Pompéi, l’un des emblèmes patrimoniaux les plus connus au monde, se prête bien à des séquences d’histoire des arts confrontant réalités archéologiques et imaginaires, littérature et peinture, fiction et documentaire.

L’abondance de publications ou d’émissions à l’occasion d’une exposition très médiatisée au musée Maillol, à Paris, ouvre de nombreuses pistes de recherche. Continuer la lecture

Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde

Oscar Wilde par Napoleon Sarony, 1882

Le musée d’Orsay présente jusqu’en janvier 2012 une exposition sur l’Aesthetic Movement qui s’est développé en Angleterre des années 1860 à la fin du XIXe siècle. Celui-ci se donnait pour vocation d’échapper au matérialisme de l’époque par une nouvelle idéalisation de l’art et de la beauté.

Peintres, poètes, décorateurs et créateurs définissent alors un art libéré des codes désuets et de la moralité victorienne. Ce courant est étudié à partir des œuvres emblématiques de Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones et William Morris, James McNeill Whistler, Oscar Wilde et Aubrey Beardsley. Tous sont réunis dans une même quête associant la création artistique à l’art de vivre ;  la photographie, les arts décoratifs et du vêtement, mais aussi la littérature, recherchent l’avènement d’un art qui n’ait d’autre vocation que la beauté.

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Rudyard Kipling, Lois Lowry, Yvan Pommaux, la bande dessinée et l’histoire des arts au sommaire de “l’École des lettres”

l_Ecole_des_lettres_1_2011_2012Le numéro de rentrée de l’École des lettres est en ligne.

Il offre un important dossier sur l’œuvre de la romancière américaine Lois Lowry et sur la plaquette biographique que lui a consacrée sa traductrice, Agnès Desarthe, dans la collection “Mon écrivain préféré”.

Roman de formation et recueil de contes, Le Livre de la jungle, de Rudyard Kipling, qui se présente comme une succession de récits indépendants, permet d’aborder de multiples genres et notions littéraires en sixième, cinquième et quatrième. Continuer la lecture

L’histoire des arts à l’école, au collège et au lycée

L’histoire des arts est, à première vue, orpheline et indésirable à l’école comme au collège. Orpheline parce que les professeurs des écoles ne reçoivent pas (ou si peu) de formation en la matière et parce qu’il n’existe pas de Capes ou d’agrégation d’histoire de l’art.

Pourtant, l’histoire des arts peut être une occasion à saisir pour dynamiser l’enseignement primaire et secondaire, à condition de réfléchir à des objectifs et à une mise en œuvre qui en fassent un levier pédagogique et non un supplément d’âme optionnel. Ce numéro de l’École des lettres fait le point sur la question, décrypte les textes officiels et propose de multiples pistes pédagogiques pluridisciplinaires pour tous les niveaux.

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