L’école au front : accompagner les élèves et leur rencontre avec la guerre…

Statue de la République, à Paris, le 15 novembre 2015 © CR

Place de la République, à Paris, le 15 novembre 2015 © CR

Les attentats qui viennent encore une fois, à dix mois d’intervalle, frapper et ensanglanter la capitale, rappellent le rôle essentiel que l’école joue dans le processus de compréhension et de repérage collectif des événements.

Ils placent les enseignants face aux questions, légitimes, de leurs élèves, qui ont dû, pour la majorité d’entre eux, prendre connaissance de l’horreur par le biais des heures d’informations et d’images en continu déversées par les médias audiovisuels depuis le 13 novembre au soir.

Au mieux, certains ont pu exprimer leurs sentiments et questions auprès de parents attentifs à expliquer et rendre compréhensible la situation à de jeunes enfants et adolescents.

Pourtant, c’est bien encore en classe que les élèves-individus se retrouveront ensemble, avec le maître, pour mettre des mots ensemble, compris par tous, qui soient capables tout à la fois d’exprimer l’émotion suscitée, de la circonscrire et de faire passer chacun dans la compréhension de ce qui s’est passé et qui pourra, peut-être et malheureusement, encore se passer.

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Titeuf en héros tragique – des vertus pédagogiques du buzz

Mi petit, mi grand... © Zep / Le Monde, 8 septembre 2015

Mi petit, mi grand… © Zep / Le Monde, 8 septembre 2015

Le dessinateur Zep avait déjà démontré dans sa bande dessinée, Une histoire d’hommes, publiée aux éditions Rue de Sèvres en 2013, qu’il savait être aussi un auteur sérieux, loin du côté potache du héros qui a fait son immense succès, Titeuf.

Aussi, quand est publiée sa planche dans le quotidien Le Monde en date du 11 septembre 2015 – date symbolique s’il en est –, ses lecteurs adultes les plus assidus trouvent la confirmation que, si l’humour est le propre de l’homme, il n’est en rien synonyme, pour le lauréat du Grand Prix d’Angoulême 2004, d’une abstraction de la réalité tragique ultra-contemporaine.

Zep, pris de vertige et d’effroi en voyant défiler en boucle les migrations forcées de réfugiés, a donc publié, sur son blog, une planche de bande dessinée qui ne ressemble à nulle autre afin de lutter, selon ses propres mots, contre « notre incroyable capacité au cynisme ».

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“Les Événements”, de Jean Rolin – le monde en concentré, la guerre civile en France

"Les Événements", de Jean RolinUne voiture fonce à contresens sur un boulevard de Sébastopol jonché de débris divers. Puis elle emprunte la route qui mène vers Orléans, à travers des paysages de fin d’hiver parfois déserts, parfois occupés par des hommes en arme. Que se passe-t-il au juste ? Et surtout pourquoi ? On l’ignore et on ne le saura jamais, même quand le narrateur sera arrivé dans la région de Marseille.

Le récit du narrateur est d’ailleurs doublé par celui d’un autre narrateur, ou de l’auteur, commentant ce qu’on vient de lire, le mettant à distance, en un présent qui ressemble à celui du théâtre, quand le metteur en scène donne des indications scéniques ou commente le travail des acteurs. Les Événements sont une fiction, et cela vaut mieux.

Le roman raconte une guerre civile en France, de nos jours. Mais comme l’auteur se nomme Jean Rolin, qu’il a écrit L’Enlèvement de Britney Spears, Ormuz et quelques autres romans plutôt drôles, on sait ou se doute que le ton en sera moins grave qu’on ne pourrait le craindre.

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“Que reste-t-il de l’Occident ?”, de Régis Debray et Renaud Girard

Régis Debray et Renaud Girard, "Que reste-t-il de l'Occident ?"Il y a de fortes chances que ce livre de petit format et de peu de pages, précédé d’un titre interrogatif et austère, affecté d’une double signature, ce qui brouille le message, passe inaperçu et se perde dans les limbes brumeux d’une rentrée éditoriale pauvre en essais novateurs.

Ce serait dommage, car les questions abordées, les analyses proposées et la présentation formelle – la double voix – méritent mieux qu’un détour poli.

Debray et Girard, anciens « petits camarades » de la rue d’Ulm, ont suivi des parcours suffisamment différents – l’un philosophe parfois engagé, écrivain et homme de culture, l’autre journaliste international, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à Sciences-Po – pour offrir des visions éloignées voire divergentes des grands problèmes de notre temps fédérés autour de la question qu’on aurait tort de croire anachronique (en renvoyant au brûlot de Spengler de 1922, Le Déclin de l’Occident) :  « Que reste-t-il de l’Occident ? ».

À l’aide d’une argumentation serrée encadrée de cordiaux échanges épistolaires, les deux auteurs suggèrent, chacun à sa manière et dans son style propre, quelques éléments de réponse qui invitent à la réflexion.

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“Les Combattants”, de Thomas Caillez : le premier amour est un exercice de survie

"Les Combattants", de Thomas CaillezAvec Madeleine et Arnaud, ce ne sera pas « l’amour à la plage » comme le chantait le tube d’un été, fût-ce dans les Landes, sur les berges du lac de Contis où ces deux adolescents entament leur première « lutte ».

« La fille » (jouée par la comédienne, Adèle Haenel, celle-là même qui tenait la dragée haute à Sara Forestier dans Suzanne, 2013) s’est en effet convaincue d’adopter désormais le “mode survie » des soldats de commandos.

« Le garçon » (Kevin Azaïs) a moins de certitudes qu’elle quant à l’avenir apocalyptique du monde et à la nécessité de s’y préparer. De la mort, il n’a en tête, dès l’entame du film, que celle de son père « menuisier » auquel, avec son frère, il aurait tant voulu dédier un cercueil fabriqué dans du vrai bois de pin…

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RFI à la rencontre des enfants réfugiés centrafricains

À la rencontre des enfants réfugiés centrafricains © RFI, Sébastien Bonijol

À la rencontre des enfants réfugiés centrafricains © RFI, Sébastien Bonijol

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés (20 juin), une équipe de Radio France Internationale s’est rendue en République démocratique du Congo dans la province de l’Équateur, à Zongo, non loin de Bangui, pour inaugurer le premier club RFI dans un camp de réfugiés centrafricains.

Les témoignages et portraits d’enfants recueillis par Sébastien Bonijol ont été rassemblés dans un remarquable diaporama sonore.

Les clubs RFI créés à partir de 1995 à la demande des auditeurs eux-mêmes, rassemblent aujourd’hui plus de quatre-vingt dix mille adhérents – écoliers, lycéens, étudiants, enseignants. Ils conduisent des actions de sensibilisation à la santé et à l’environnement  mais organisent aussi des concours de poésie, d’orthographe, d’écriture, de théâtre et créent des blogs pour mieux appréhender la langue française et contribuer au soutien scolaire.

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“Une promesse”, de Patrice Leconte

"Une promesse", de Patrice LeconteLa réhabilitation d’un cinéaste complet

En découvrant Une promesse (2013), on se demande comment le réalisateur d’un film aussi profond et délicat a pu se « divertir » ces dernières années dans des productions que l’on peut oublier…  Et pourtant, le spectateur fidèle à Patrice Leconte depuis son mémorable Tandem (1987), a tout lieu de se réjouir de ce renouveau que son opus précédent, Le Magasin des suicides (2011), adapté du roman de Jean Teulet, avait déjà laissé espérer.

Alors que l’on pourrait croire que tout oppose l’esthétique de ses deux derniers films – un film d’animation et un autre en costumes –, il apparaît, à y regarder de plus près, que Patrice Leconte tente d’y combattre le même mal, la noirceur de vivre.

Sans doute est-il loin de remettre en cause l’aphorisme de Camus, « Il n’y a qu’un problème sérieux, c’est le suicide », mais en adoptant une fin « heureuse », il refuse de céder au pessimisme crépusculaire de la nouvelle de Stephen Zweig, « Le Voyage dans le passé », dont il s’est inspiré.

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“Le Tort du soldat”, de Erri de Luca

Erri De Luca, "Le Tort du soldat"Deux formes d’entêtement

C’est un court et dense récit dans lequel deux histoires s’enchâssent.

Il y a d’abord celle de l’auteur narrateur, qui passe ses journées dans la montagne à pratiquer l’escalade, et qui, le soir, traduit du yiddish. À côté de lui, dans la salle du restaurant, un vieil homme raide et une femme plus jeune, sa fille.

Elle sera la narratrice du second récit, après la fuite du vieil homme et sa mort, dans un accident de voiture, en montagne.

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