L’enseignement de la colonisation et de la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations à l’école

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Cet article a été écrit avant les attentats du 13 novembre dernier, pour l’université populaire organisée par la Maison des potes sur la question de la lutte contre le racisme. Les attentats ont bien entendu bouleversé la donne.

Depuis, beaucoup de prises de position, de tentatives d’explication, de décisions ont été adoptées. Il convient effectivement de répondre à certaines causes urgentes mais aussi de continuer à réfléchir sur d’autres facteurs profonds, directs et indirects.

Tahar Ben Jelloun, dans un article intitulé « Le terrorisme expliqué aux enfants », publié dans Le Monde daté du 28 novembre, insistait en conclusion sur la nécessité de lutter contre le racisme à l’école :

« La sécurité garantie à cent pour cent n’existe pas. Il y a le travail immédiat que fait la police, qui est nécessaire et très important, et puis il y a l’éducation sur le long terme. L’école doit intégrer dans ses programmes la lutte contre le racisme qui est souvent à la base de l’intolérance et du fanatisme qui se traduisent, dans la réalité, par l’exercice du mal absolu. »

Cet article voudrait essayer de donner quelques pistes pour aller dans ce sens. Elles sont bien entendu non exhaustives : il existe beaucoup d’autres manières pour lutter contre ce fléau. Je n’ai fait qu’évoquer celles que je connais le mieux.

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Racisme et terrorisme. Points de repères et données historiques

Hommage à "Charlie Hebdo", Paris, 12 janvier 2015L’attentat contre Charlie Hebdo suscite à juste titre un électrochoc dans la société française qui ne manquera pas d’avoir de nombreuses répercussions dans les classes, plongeant parfois les enseignants dans l’embarras pour ne pas dire davantage. Faut-il pour autant tenter d’éviter le problème ? Évidemment non, au contraire.

Quand j’ai commencé ma carrière d’enseignant en septembre 2001 dans un collège de « banlieue », à Chanteloup-les-Vignes, où des adolescents de plus de quarante nationalités se côtoyaient, la situation oscillait entre un soutien latent de quelques-uns à Oussama ben Laden et la crainte d’autres jeunes que l’un des nombreux avions qui passaient au-dessus de leur ville ne vienne s’écraser sur leur tour. Si je me permets de raconter cette anecdote personnelle, c’est pour montrer que, souvent, les plus touchés et les plus fragilisés ne sont pas ceux que l’on croit.

La précarité économique va évidemment de pair avec la fragilité sociale… et politique. L’acte barbare qui vient de se dérouler ne manquera pas – une fois encore – de stigmatiser celles et ceux qui se trouvent déjà dans une situation difficile. La stigmatisation, l’ostracisme, facilitent évidemment le repli sur soi communautariste, que recherchent précisément ceux qui ont commis cet attentat.

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Jacques Delarue, résistant, commissaire de police et historien

Jacques Delarue, "Histoire de la Gestapo"

Entré dans la police comme gardien de la paix, c’est en tant que commissaire divisionnaire honoraire que Jacques Delarue prend sa retraite en 1978.

Sa carrière, commencée dans la Résistance, se poursuit après-guerre à la Direction centrale de la police judiciaire avec la traque de collaborateurs puis par celle de membres de l’OAS.

Parallèlement à son activité policière il publie près d’une dizaine de livres dont certains, comme son Histoire de la Gestapo, demeurent inégalés.

Jacques Delarue, vient de décéder le 14 septembre, à l’âge de 95 ans, dans une indifférence médiatique générale.

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18 septembre. Rencontre avec Valérie Zenatti au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

"Jacob, Jacob", de Valérie ZenattiUne rencontre avec Valérie Zenatti est organisée jeudi 18 septembre à 19h 30 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, à Paris, à l’occasion de la parution de son roman Jacob, Jacob (L’Olivier, 2014).

« Je n’avais jamais mis les pieds en Algérie jusqu’à ce que l’écriture m’y mène. Ce pays était pour moi un pays englouti. Parmi tous les visages en noir et blanc qui me fixaient dans l’album de famille, celui de Jacob se détachait.

Son regard vibrant semblait vouloir raconter son histoire, celle d’un jeune Juif de Constantine, enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignoraient tout. Des gens pauvres, parfois démunis face à la vie, qui attendaient avec impatience le retour de celui qui était leur fierté, un valeureux.

En l’inventant, j’ai pu traverser la Méditerranée dans les deux sens, éprouver la tension qui existe entre la singularité d’une vie et son insignifiance au regard de l’Histoire, qui infléchit tant les destins, les brise parfois, mais auxquels la fiction peut donner écho. » Valérie Zenatti.
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“Algérie. Les pieds-rouges”, de Catherine Simon

Catherine Simon, "Algérie. Les années pieds-rouges"Catherine Simon, journaliste au quotidien Le Monde, connaît bien l’Algérie pour y avoir été la dernière correspondante au début de la « décennie noire » des années 1990.

Afin de mieux expliquer l’évolution de la situation algérienne depuis son indépendance, elle a décidé de changer légèrement l’angle d’analyse, en s’intéressant non pas aux années de la guerre d’indépendance mais à l’immédiate après-guerre.

L’auteure se livre ainsi à une minutieuse description de la construction du pays nouvellement indépendant, avec ses espoirs, ses carences et ses dysfonctionnements déjà en germe.

Pour ce faire, elle n’a pas élaboré une grande fresque de l’Algérie indépendante, mais elle s’est focalisée sur une catégorie particulière de personnes, à savoir les Européens qui se sont installés en Algérie après l’indépendance, plus familièrement appelés les « pieds-rouges ».

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“Jacob, Jacob”, de Valérie Zenatti, prix du livre Inter 2015. Le chant de l’ortolan

"Jacob, Jacocb", e Valérie ZenattiDans les dernières phrases de son roman, longues comme des volutes de fumée qui s’envolent légères, la romancière signe Jacob, Jacob.

Elle a voyagé jusqu’à Constantine, a cherché la tombe de Jacob, ce beau jeune homme que l’on voit sans doute sur la photo de couverture, et qui aurait pu ou dû être son oncle.

Si une balle allemande ne l’avait pas atteint, alors que la Première Armée française menée par De Lattre de Tassigny libérait Thann et l’Alsace, à l’automne 1944.

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« Camus brûlant », de Benjamin Stora et Jean-Baptiste Péretié

"Camus brûlant", de Benjamin Stora et Jean-Baptiste PéretiéRevenons quelques instants sur Camus pour évoquer ce petit livre, paru il y a déjà quelques mois, mais qu’il serait dommage de laisser dans l’ombre.

Il se propose un double objectif : expliquer les circonstances qui ont amené l’annulation de l’exposition sur Camus prévue à Aix-en-Provence en relation avec les manifestations de « Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture » ; puis, en liaison avec cet échec programmé par certains élus ou décideurs, analyser les « tentatives de captation idéologiques » dont Camus est l’enjeu.

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«L’Étrange solitude de Manfred Richter», de Gisèle Bienne

gisele-bienne-l-etrange-solitude-de-manfred-richterOn connaît la célèbre formule de Nizan, posée au seuil d’Aden Arabie : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Hélène Courtois, l’héroïne du dernier roman de Gisèle Bienne, pourrait la faire sienne. Elle aime les livres et vit dans une maison qui s’y apparente : « Une maison c’est un livre dont on n’épuise jamais la lecture… », déclare-t-elle. Elle répète à plusieurs reprises qu’elle est vieille à cet âge.

Ce à quoi Richter, le prisonnier de guerre pris au piège de l’Histoire et empêché par elle d’avoir pu développer la sienne, rétorque : « Tu ne seras jamais aussi vieille qu’à vingt ans, et ça durera jusqu’à tes vingt-trois ans. Tu te sentiras vieille, très vieille ces quelques années-là, alors profites-en, c’est une chance, se sentir vieux quand on est jeune, ce n’est pas donné à tout le monde. » Richter sait de quoi il parle : « nazillon fils d’un nazi, et pas n’importe lequel… ». Continuer la lecture