“Pas pleurer”, de Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 : un été de jeunesse totale

"Pas pleurer", de Lydie SalvayreDeux voix se croisent : celle de Montsé, une « mauvaise pauvre », mère de la narratrice, et celle de George Bernanos, installé à Palma de Majorque en cet été 1936.

Pour l’une, ce sera l’été du plus grand bonheur, pour l’autre, celui du désespoir le plus profond.

Lidia, la narratrice, recueille le récit de sa mère et met en parallèle ce que l’écrivain français voit, ressent, et écrit. Pas pleurer sonne comme un hommage à l’auteur des Grands Cimetières sous la lune et l’évocation d’un moment unique, jamais retrouvé par Montsé.

Continuer la lecture

“Suzanne”, de Katel Quillévéré

"Suzanne", de Katell QuillévéréSuzanne. La chanson de Leonard Cohen, que l’on attend sans y penser vraiment, s’immisce pourtant puis s’impose sur les dernières images du film, dans une version interprétée en public à Rome par Nina Simone en 1969,  interprétation complètement décalée, et comme “déplacée”, “à côté”.

À vrai dire, les mots de Cohen – on pense au très célèbre « And you know that she’s half crazy / But that’s why you want to be there » – s’appliquent bien mal à l’héroïne de ce film qui vous prend au cœur sans en avoir l’air et ne vous quitte plus vraiment ensuite, comme s’il était devenu, avec son heure et demie censée couvrir un quart de siècle, une partie de votre propre vie, une suite de souvenirs qui seraient vôtres.

C’est malgré tout le choix pour finir de cette mélodie du Canadien errant qui achève de tisser en nous ce lien avec l’incompréhensible, avec ce qui nous échappe – d’un être, d’une situation, d’une vie.

Continuer la lecture