“Spartacus & Cassandra”, de Ioanis Nuguet

"Spartacus & Cassandra", de Ioanis NuguetSpartacus et Cassandra sont frère et sœur. Ils sont scolarisés dans une école, vraisemblablement de Seine-Saint-Denis.

Leurs parents viennent de Roumanie, mais eux sont nés en France. Ils sont encore attachés à leurs parents, mais ceux-ci ne peuvent pas s’occuper d’eux : la mère mendie et est irresponsable, le père fait certainement des petits trafics, il est malin, n’est pas coupé d’une communauté Rom qui s’est installée comme elle peut en France.

Il culpabilise sans cesse ses enfants et leur dit qu’il ne peut concevoir vivre sans eux, même s’il ne peut pas s’occuper d’eux matériellement. Ils ont rencontré Camille, une jeune femme qui travaille dans un cirque, qui s’est attachée à eux et s’en occupe au quotidien.

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« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 », d’Alysia Abbott, aux Éditions Globe

« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 » d’Alysia Abbott, aux Éditions GlobeDans Fairyland, Alysia Abbott relate ses vingt premières années auprès de son père, le poète militant homosexuel Steve Abbott, mort du sida en 1993. Son livre, marqué par le deuil, s’ouvre sur celui de sa mère alors qu’elle est une petite enfant.

Fairyland est un témoignage sensible habité par l’amour, mais sans aucun pathos. C’est aussi une chronique des premières années du sida à San Francisco. Une « féerie » rose et noire.

Comment définir Fairyland ? Ce livre est à la croisée de tellement de chemins qu’on est immanquablement condamné à faire fausse route en le catégorisant. Certes il s’agit bien de la biographie du poète et journaliste homosexuel Steve Abbott par sa fille Alysia Abbott. Dis comme ça, c’est un peu sec. On peut tout aussi bien l’aborder comme la chronique documentée du San Francisco gay de l’après « summer of love » jusqu’aux ravages du sida. C’est insuffisant.

C’est surtout le récit, parfaitement traduit par Nicolas Richard, d’un amour profond entre un père et sa fille. Qualifier cet amour de filial est bien réducteur. Ne pas le nommer, ne pas le définir, ne pas le restreindre permet à Alysia de le garder bien vivant. Ce livre est vivant.

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“Party Girl”, de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis

"Party Girl", de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel TheisCe film a réussi à faire parler de lui lors du dernier festival de Cannes, où il a fait l’ouverture de la section Un certain regard.

Ses promesses ont d’ailleurs éveillé les attentes avant même l’ouverture du festival, puisque les trois grandes sections cannoises en-dehors de la compétition officielle se sont battues pour pouvoir le programmer.

Il faut croire que l’excitation était justifiée : Party Girl a remporté la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film. Les journalistes ont beaucoup glosé sur la constitution inédite du groupe de réalisateurs : ils sont trois, sans constituer une fratrie, il y a une femme, son amie et un copain d’enfance ; certains ont fait la Femis, ce qui les place parmi les « espoirs » du cinéma français. L’actrice principale est la propre mère de Samuel Theis. Enfin, ils ne filment pas Paris et sa jeunesse mais surtout une vieille entraîneuse mosellane, chez elle, à Forbach.

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« Mère et fils », de Calin Peter Netzer

"Mère fils", de Calin Peter NetzerIl y a une nouvelle vague du cinéma roumain de plus en plus reconnue à l’étranger mais dont les réalisateurs souffrent, dans leur pays, d’un manque sévère de moyens.

Son essor s’est traduit ces dernières années par les œuvres très remarquées de plusieurs réalisateurs comme Cristu Piu, Corneliu Porumboiu et Cristian Nemescu.

À Cannes, la Palme d’Or attribuée à Cristian Mungiu en 2007 pour Quatre mois, trois semaines et deux jours en a marqué la consécration. Et en 2012, le dernier film de Cristian Mungiu, Au-delà des collines a remporté le Prix du meilleur scénario et les prix d’interprétation féminine sur la Croisette.

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“Suzanne”, de Katel Quillévéré

"Suzanne", de Katell QuillévéréSuzanne. La chanson de Leonard Cohen, que l’on attend sans y penser vraiment, s’immisce pourtant puis s’impose sur les dernières images du film, dans une version interprétée en public à Rome par Nina Simone en 1969,  interprétation complètement décalée, et comme “déplacée”, “à côté”.

À vrai dire, les mots de Cohen – on pense au très célèbre « And you know that she’s half crazy / But that’s why you want to be there » – s’appliquent bien mal à l’héroïne de ce film qui vous prend au cœur sans en avoir l’air et ne vous quitte plus vraiment ensuite, comme s’il était devenu, avec son heure et demie censée couvrir un quart de siècle, une partie de votre propre vie, une suite de souvenirs qui seraient vôtres.

C’est malgré tout le choix pour finir de cette mélodie du Canadien errant qui achève de tisser en nous ce lien avec l’incompréhensible, avec ce qui nous échappe – d’un être, d’une situation, d’une vie.

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