« Le Fils de Saül », de László Nemes. Immersion dans l’enfer concentrationnaire

Géza Röhrig dans "Le Fils de Saul", de László Nemes

Géza Röhrig dans “Le Fils de Saul”, de László Nemes

La fiction a toujours posé problème pour la représentation de la Shoah. Les historiens s’en méfient. Claude Lanzmann la condamne. Mais le film du Hongrois László Nemes, qui a obtenu à Cannes le Grand Prix, a démontré brillamment qu’à condition d’être d’une rigueur absolue et sans complaisance aucune, elle est un choix judicieux pour créer chez un public cette empathie qui arrache à l’indifférence.

En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saül Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs chargé de la manutention dans les crématoires. Nous connaissons cette extermination industrielle par les témoignages des Sonderkommandos cachés sous terre à Auschwitz en 1944 et réunis par le Mémorial de la Shoah.

Il en a été tiré un livre, Des voix sous la cendre (Le livre de poche, 2006). Ce document de première main qui fait partager au lecteur leur quotidien été la première source d’inspiration du cinéaste. « C’était, dit-il, comme être là, dans leurs vies, à l’intérieur. » Il avait aussi des raisons personnelles de faire ce film car des membres de sa famille avaient été exterminés à Auschwitz.

Continuer la lecture

« Mr Turner », de Mike Leigh, biopic ou œuvre picturale ?

Mr Turner

 

Mr Turner du grand cinéaste britannique Mike Leigh est un biopic. Ce genre d’abord télévisuel, mais qui existe depuis plus de trente ans au cinéma, a connu une nouvelle déferlante au début des années 2000 avec La Môme, The Queen, Hitchcock, Lincoln, Edgar, sans doute parce qu’il est un moyen de mettre en avant de grandes figures et de redorer ainsi l’image d’une civilisation occidentale décadente et en mal de reconnaissance à l’heure de la mondialisation.

C’est une valeur sûre au box office des directeurs de salles de cinéma. Genre à succès, aux limites floues, le biopic emprunte à tous les autres genres, du western à l’opérette. Oscillant entre les approximations historiques et le récit d’aventures romanesques, il obéit cependant à des contraintes narratives spécifiques.

Continuer la lecture

« Winter Sleep », de Nuri Bilge Ceylan

"Winter Sleep", de Nuri Bilge CeylanCe septième long métrage de Nuri Bilge Ceyla, déjà primé à Cannes pour Uzak (2002), Les Trois singes (2008) et Il était une fois en Anatolie  (2011), a remporté cette année la Palme d’or.

Dans Climats (2006), le cinéaste turc avait montré que toute vie humaine, toute histoire d’amour a ses saisons. Winter Sleep met en scène l’hiver d’un comédien vieillissant reconverti en hôtelier, Aydin, entouré de sa sœur récemment divorcée et de sa jeune épouse Nihal.

Aydin a depuis longtemps enterré ses émotions sous une carapace de mépris et de cynisme. Son mariage est entré dans une phase critique. La différence d’âge en est-elle la seule raison ? Le froid rigoureux de la Cappadoce y est-il pour quelque chose ? Ou cet incident malencontreux qui révèle toute la perversité dont l’arrogant Aydin est capable à l’égard de ses fermiers ?

Continuer la lecture

« Mr Turner » de Mike Leigh – aujourd’hui dans les salles – et « Grace de Monaco » d’Olivier Dahan, deux biopics présentés à Cannes

."Grace de Monaco", d'Olivier DahanCurieusement, le festival de Cannes s’est ouvert cette année sur deux « biopics » (biographical motion true picture), Grace de Monaco, d’Olivier Dahan, et Mr Turner, du grand cinéaste britannique Mike Leigh. Avec Saint Laurent, de Bertrand Bonnello, cela en fait trois.

Ce genre d’abord télévisuel, mais qui existe depuis plus de 30 ans au cinéma, a connu une nouvelle déferlante au début des années 2000 avec La Môme, The Queen, Hitchcock, Lincoln, Edgar.

Sans doute parce qu’il est un moyen de mettre en avant nos grandes figures et de redorer ainsi l’image d’une civilisation occidentale décadente et en mal de reconnaissance à l’heure de la mondialisation.

Continuer la lecture

“Cosmopolis”, de David Cronenberg

Don DeLillo, l’un des plus importants romanciers américains d’aujourd’hui, est un sculpteur de mots qui a la spécialité d’extraire de la gangue du langage un style précis, détaché, anatomique.

Ses intrigues fragmentées, complexes et épurées à la fois, dévoilent au fil des pages leur singularité. Et il se complaît dans les situations apocalyptiques, qu’il fait revivre à ses lecteurs comme le 11 septembre dans L’Homme qui tombe (2008), ou qu’il prophétise comme dans Cosmopolis.

On trouve en effet dans ce petit roman de 2003 adapté au cinéma par David Cronenberg une saisissante chronique de la crise des subprimes de 2010. Continuer la lecture

“Sur la route”, de Walter Salles

La route est pure. La route rattache l’homme des villes aux grandes forces de la nature […]. Sur la route, dans les restaurants qui la bordent, les postes à essence, les faubourgs des villes qu’elle traverse, les amitiés et les amours de passage se nouent. La route, c’est la vie.”

Dans le roman quasi autobiographique de Jack Kerouac, qui invente le road movie, le trio mythique que forment Sal Paradise (Kerouac), jeune écrivain new yorkais qui se cherche, Dean Moriarty, voyou au charme ravageur (Neal Cassady) et sa femme de seize ans, Marylou, incarnation de la séduction, demeure inscrit dans toutes les mémoires. Continuer la lecture

“The day he arrives” (“Matins calmes à Séoul”), de Hong Sang-soo

Hong Sang-soo figure cette année au Festival de Cannes à la fois en compétition officielle avec In another country et dans la sélection Un certain regard avec le film qui sort cette semaine sur les écrans parisiens, The day he arrives (Matins calmes à Séoul).

Ce réalisateur est d’une telle importance pour le nouveau cinéma coréen que la Cinémathèque lui a rendu hommage en 2011 par une rétrospective de ses films. Il n’a pourtant que 52 ans.

Mais le tableau qu’il brosse de la jeunesse coréenne est à la fois si réaliste et si intemporel qu’il rejoint le roman français du XIXe siècle et le cinéma classique de Murnau et de Bresson.

Continuer la lecture

“Moonrise kingdom”, de Wes Anderson

Pendant l’été 1965, sur une île de Nouvelle-Angleterre, un jeune scout, Sam, et une  adolescente, Suzy, font une fugue pour vivre une idylle à l’écart du monde.

Inquiets, les adultes de l’île partent à leur recherche, mettant l’île sens dessus-dessous. Au même moment, une violente tempête menace le littoral.

Un événement qui va venir bouleverser encore plus le quotidien de cette petite communauté sans histoire. Continuer la lecture