“Ormuz”, de Jean Rolin

"Ormuz", de Jean RolinSérieux et fantaisiste

Le narrateur du Ravissement de Britney Spears traversait Los Angeles à pied ou en transports en commun, à la poursuite d’une ex-star roulant en 4×4.

Le héros de Ormuz, Wax, a l’intention de traverser le détroit à la nage. Certes, la distance n’est pas énorme – une quarantaine de kilomètres, mais les contraintes sont nombreuses, les obstacles plus encore.

Le narrateur de ce roman (le terme générique ne figure pas en couverture) est chargé de tenir la chronique de cette épreuve, de visiter les lieux, et d’établir les contacts nécessaires. Il faut donc discuter avec les Iraniens, leurs voisins arabes de l’autre côté du détroit, etc. Le plus difficile reste de circuler dans ce bras de mer. Environ trente pour cent de la production de gaz et de pétrole y transite, les navires de guerre, américains et autres, y stationnent en nombre, les militaires sont nerveux.

Les Iraniens mènent une guerre « asymétrique » et lancent des hors-bords chargés de pasdarans ou de gardiens de la révolution dans les eaux du détroit, eaux que de nombreuses épaves ou navires atteints par des missiles remplissent. Quant à cette eau qui devrait être d’un bleu azur, elle est remplie d’hydrocarbure et Wax ne peut franchir le rivage sans se coller les pieds dans les galets noirs et gluants.

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“Mon prochain” de Gaëlle Obiégly

Gaëlle Obiégly, "Mon prochain"Certains romans ou livres sont sans surprise. Ce sont des sortes d’autoroutes dont on devine tous les paysages. On sait aussi quelles émotions attendre d’un auteur qui connaît souvent son métier. Parfois c’est agréable, souvent c’est sécurisant ; il arrive que ce soit très ennuyeux. On ne donnera pas d’exemple.

Qui se lance dans la lecture de Mon prochain ne risque pas ce type de trajet. L’auteur ne connaît pas la ligne droite et, de même qu’on imaginait mal quel plan suivrait celui qu’on voyait dans les meilleurs films de Godard, vers 1963, on ne peut prévoir le paragraphe qui suit celui qu’on vient de lire dans ce livre.

Ce qu’elle écrit de l’économie pourrait s’appliquer à une certaine littérature : « Si je savais tout de l’économie, que me resterait-il comme inconnu de monde ? Les gestes magiques, les errances alors seraient au rebut. Or, c’est cela qui me le procure, le monde. »

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