“Spartacus & Cassandra”, de Ioanis Nuguet

"Spartacus & Cassandra", de Ioanis NuguetSpartacus et Cassandra sont frère et sœur. Ils sont scolarisés dans une école, vraisemblablement de Seine-Saint-Denis.

Leurs parents viennent de Roumanie, mais eux sont nés en France. Ils sont encore attachés à leurs parents, mais ceux-ci ne peuvent pas s’occuper d’eux : la mère mendie et est irresponsable, le père fait certainement des petits trafics, il est malin, n’est pas coupé d’une communauté Rom qui s’est installée comme elle peut en France.

Il culpabilise sans cesse ses enfants et leur dit qu’il ne peut concevoir vivre sans eux, même s’il ne peut pas s’occuper d’eux matériellement. Ils ont rencontré Camille, une jeune femme qui travaille dans un cirque, qui s’est attachée à eux et s’en occupe au quotidien.

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Modiano, émule de Proust ou de Balzac ?

Plan du métro parisien en 1950Le dernier roman de Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, commence comme un roman policier et se transforme insensiblement en investigation sur le passé du narrateur, qui ressemble à l’auteur comme un frère.

Jean Daragane en a les habitudes, les craintes, les manies. Romancier, il est en train d’écrire un roman sans titre, feint d’écrire une monographie sur Saint-Leu-la-Forêt et se consacre surtout à fouiller dans sa mémoire pour y retrouver des souvenirs presque complètement oubliés que lui rappellent les deux étranges visiteurs venus lui rendre son carnet d’adresses.

Autobiographie déguisée ou autodérision ? Mise en abyme, mise en boîte, mise en demeure. Un nom disparu de sa mémoire va le mener de proche en proche à une série d’autres noms de gens qui ont tous tenu un rôle dans sa vie. Jouant sur ces noms – calembours, anagrammes, emprunts à l’histoire (Führer) ou à la littérature –, comme sur ceux des lieux évoqués, il écrit un nouveau paragraphe de son « pedigree », dessine la cartographie d’une existence fantomatique qui a été la sienne dans les années 1950, 1960, 1980 et 2000.

 

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« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

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Migrer d’une langue à l’autre ? Journée d’étude du 26 novembre 2014 au Musée de l’histoire de l’immigration

Migrer d'une langue à l'autreLa Délégation générale à la langue française et aux langues de France, la Direction régionale des affaires culturelles d’île de France, en collaboration avec le Musée de l’histoire de l’immigration, organisent une journée d’étude le 26 novembre prochain: “Migrer d’une langue à l’autre ?”

Cette journée d’étude propose de dresser un état des lieux de la question des langues de l’immigration en apportant des éclairages sur les pratiques et les représentations liées à ces langues.

Elle poursuit une triple ambition : poser les termes du débat, affirmer une vision positive des langues de l’immigration, réfléchir aux moyens de les valoriser.

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Ce que les enfants nous disent de l’école

Adolescents en France : le grand malaise. Enquête Unicef France 2014La grande consultation nationale des 6-18 ans réalisée par Unicef France a livré ses résultats. Ils justifient le titre du rapport : Adolescents en France : le grand malaise.

En révélant en particulier les mécanismes de la spirale du malheur, c’est-à-dire le caractère cumulatif des difficultés, le rapport apporte la preuve que privation et exclusion sociale se conjuguent et renforcent  les inégalités.

L’étude est sur ce point sans appel : elle établit  la corrélation entre quatre types d’intégrations sociales, solidairement réussies ou  problématiques : – intégration dans sa famille, – intégration dans son quartier, intégration dans son école, – et intégration dans  la collectivité.

Ces quatre points sont liés:  si cela se passe bien c’est le cas partout, mais si des problèmes sont repérés ils sont aussi partout. Rien d’étonnant  dès lors à ce que le  rapport entende alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de protéger les enfants et les adolescents, conformément à la convention internationale des droits de l’enfant, établie il y a vingt-cinq ans.
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Le rapport de l’Unicef France 2014 fait ressortir le cumul des inégalités vécu par les enfants en situation de privation et le malaise grandissant entre l’enfance et l’adolescence

Unicef 2014Pour la deuxième année consécutive, l’Unicef France a mené une étude d’une ampleur exceptionnelle auprès des 6-18 ans, « Écoutons ce que les enfants ont à nous dire ».

Deux principaux enseignements s’en dégagent, jetant une lumière crue sur la situation des enfants et des adolescents vivant en France : les enfants en situation de privation cumulent les difficultés en matière d’intégration sociale ; par ailleurs, plus du tiers des participants est en situation de souffrance psychologique, et cette proportion augmente avec l’âge, atteignant 43 % chez les plus de 15 ans.

La prévalence des idées suicidaires, de la tentative de suicide et des conduites addictives chez les adolescents est elle aussi d’une ampleur inquiétante.

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« Boyhood », de Richard Linklater, un hymne à la vie

"Boyhood", de Richard LinklaterComment traduire Boyhood ?

Le film retrace sur douze ans l’enfance d’un garçon depuis l’âge de six ans jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

Pour réaliser un long métrage de fiction sur l’enfance dans sa globalité, avec ses étapes et ses expériences décisives, le réalisateur Richard Linklater a choisi un procédé déjà employé par le documentaire et par les premières séries américaines du soap opera, et a décidé de filmer l’enfant et sa famille quelques jours par an pendant une longue période de temps.

Au lieu de se focaliser sur un âge précis comme François Truffaut dans Les quatre cents coups par exemple, il a voulu montrer tous les âges de l’enfance chronologiquement et en temps réel. Truffaut a suivi Antoine Doinel toute sa vie et lui a consacré plusieurs films dans lesquels on voit Jean-Pierre Léaud se transformer. Linklater a voulu concentrer en un seul cette évolution.

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De quoi la « théorie des genres » est-elle le nom ?

"Résurrection de la censure", par Gavarni (1832)

“Résurrection de la censure”, par Gavarni (1832)

Enseignant les Gender Studies et les Cultural Studies dans les universités françaises et américaines depuis une quinzaine d’années, un collaborateur de l’École des lettres, Martial Poirson, analyse en février 2014 les sous-bassements idéologiques d’une polémique dont l’école est le terrain de manœuvre, la société civile le champ d’expansion, et le pouvoir politique le coupable désigné.

Des associations extrémistes n’hésitent pas à appeler au boycott de l’école obligatoire de la République, et une partie de l’opposition nourrit de façon opportuniste un sentiment puritain et homophobe, au prix d’amalgames douteux et de raccourcis contestables

Le désarroi des enseignant est compréhensible face à la violence de telles accusations et à l’indécision apparente de ses tutelles. Le propos de cet article est ainsi de donner quelques points de repère pour mieux appréhender les enjeux du débat et ses possibles dérives.

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