“Suite française”, de Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky. De la réalité romancée à la reconstitution filmée

"Suite française", de Saul Dibb, d’après Irène NémirovskyLe destin du roman d’Irène Némirovsky, Suite française, est aussi extraordinaire que celui de son auteur, juive russe née à Kiev en février 1903, immigrée en France en 1919, devenue romancière à succès et égérie littéraire de Tristan Bernard ou d’Henri de Régnier.

Mariée au banquier Michel Epstein, elle est baptisée en 1939, mais l’État lui refuse la naturalisation. Victime des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, le couple ne peut plus travailler.

On peut se demander pourquoi Irène écrit dans les hebdomadaires de droite comme Candide ou Gringoire. De façon assez troublante, l’image qu’elle donne des juifs est plutôt défavorable. Faut-il l’attribuer à la haine de soi, analysée par Lessing, ou, comme le soutient Myriam Anissimov, dans son introduction à l’édition Denoël de Suite française, à une absence de choix devant la situation faite aux juifs en France ?

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« Exodus : Gods and Kings », de Ridley Scott

« Exodus : Gods and Kings », de Ridley ScottRidley Scott s’est imposé comme l’un des plus grands réalisateurs en revisitant systématiquement tous les genres : il a renouvelé la science-fiction avec Alien (1979) et Blade runner (1982) par une réflexion philosophique et un travail très sophistiqué de l’image ; le polar avec Traquée (1987) et Black rain (1989); le road movie avec Thelma et Louise (1991), l’équipée de deux pétroleuses pathétiques ; le film historique avec Christophe Colomb (1992) et l’épopée marine avec Lame de fond (1996).

Son originalité consiste dans l’alliance d’un sens très sûr de l’impact médiatique, d’une parfaite maîtrise technique, d’une solide culture historique et cinématographique et d’une grande exigence esthétique.

Avec Gladiator, il a remis le péplum au goût du jour en 2000. Depuis, ce genre kitsch et mégalomaniaque des années 50 et 60 ne cesse de donner lieu à de nouveaux films très ambitieux, comme le Noé de Darren Aronofsky en 2013. Exodus : Gods and Kings s’inscrit donc dans une veine épique contemporaine, biblique cette fois, en retraçant les péripéties légendaires de l’Exode.

 

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