« 12 Years A Slave », de Steve McQueen

"12 Years a Slave", de Steve McQueenLe réalisateur britannique Steve McQueen a fait une percée remarquable dans le cinéma contemporain en 2008 avec Hunger, qui retraçait sans aucune concession l’incarcération, la grève de la faim et l’agonie de l’activiste irlandais Bobby Sands.

Dans 12 Years A Slave, il adapte le livre de Solomon Northup, charpentier et musicien afro-américain, homme libre et considéré de Saratoga dans l’État de New York, l’un des quelques États abolitionnistes d’Amérique au XIXe siècle.

Kidnappé et vendu en 1841 par deux escrocs, il a passé douze ans de captivité dans des plantations de Louisiane et a été miraculeusement sauvé en 1853. Il a dès lors consacré le reste de sa vie à raconter le calvaire vécu pendant ces années où il a partagé l’atroce condition des esclaves.

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« Wake Up America, 1940-1960 », John Lewis et la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Récit d’un destin hors du commun

"Wake Up America", de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell, Rue de SèvresWake Up America, paru le 8 janvier 2014 aux éditions Rue de Sèvres, est un récit en bandes dessinées qui retrace vingt ans de l’histoire américaine contemporaine : 1940-1960.

Vingt ans qui ont fait passer les États-Unis d’une époque où la société, figée, reposait sur la ségrégation raciale, au réveil que rappelle le titre en forme de slogan, Wake Up America, un réveil obtenu grâce à la lutte des Noirs pour l’égalité.

Ce titre résonne comme un rappel des conditions de vie d’une époque injuste, fait écho au fameux discours de Martin Luther King, I have a dream, et invite à rester vigilants en matière de droits de l’homme. Comme le souligne l’historien américain Howard Zinn dans Une histoire populaire de l’Empire américain, récit graphique édité par Vertige Graphic, « une longue histoire de meurtres et d’intimidations maintint les Noirs dans la soumission. Entre 1890 et 1920, des foules de Blancs lynchèrent 4 000 Noirs ».

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« Philomena », de Stephen Frears

"Philomena", de Stephen FrearsOn se souvient du terrible film de Peter Mullan, The Magdalene sisters (2001), inspiré de l’histoire des couvents de la Madeleine, établissements créés en Irlande au XIXe siècle, où les filles considérées comme perdues par leurs familles pour avoir été violées, filles-mères, ou simplement orphelines, étaient placées pour expier et racheter leurs péchés.

Stephen Frears nous ramène en Irlande, avec Philomena, dans un établissement de ce genre, le couvent de Roscrea où Philomena Lee, enceinte à seize ans et rejetée par sa famille, est placée en 1952.

Elle paie les soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance en travaillant à la  blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Après avoir essayé pendant longtemps de le retrouver, Philomena y parvient grâce au journaliste Martin Sixmith, rencontré cinquante ans plus tard, qui a tiré un livre de cette extraordinaire aventure, The Lost Child of Philomena Lee (2009).

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« Blue Jasmine », de Woody Allen

woody-allen-blue-jasminePour les cinéphiles superficiels, Woody Allen serait un cinéaste mineur spécialisé dans la comédie, pimentée parfois d’un fantastique souriant.

Les connaisseurs, eux, savent que ce jugement mérite d’être amendé comme l’attestent certains titres de l’abondante filmographie du réalisateur de Manhattan qui n’hésite pas à aborder des sujets sérieux sinon graves.

Et comme le prouve son dernier opus, le très subtil et très sombre Blue Jasmine qui parvient, avec une virtuosité étourdissante, à mêler une question de société brûlante et un complexe portrait de femme tourmentée, en perte de repères.

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« Gatsby le magnifique », de Baz Luhrmann, d’après Francis Scott Fitzgerald

gatsby-le-magnifique-baz-luhrmannÀ quarante ans, le cinéaste australien Baz Luhrmann a une belle carrière à son actif. Il a déjà fait jouer Leonardo DiCaprio dans Roméo et Juliette en 1996 et s’attaque, cette fois, à un véritable monument littéraire, l’œuvre la plus célèbre du romancier américain Francis Scott Fitzgerald, The Great Gatsby (1925), fable métaphorique sur le pouvoir et l’opulence de la jeunesse nantie, juste avant le krach boursier de 1929.

Elle évoque, dans l’effervescence des années 1920 sur la côte est des États-Unis, la figure romantique et tragique de Jay Gatsby, vu par les yeux de son ami Nick Carraway. Amoureux de Daisy, la belle cousine de Nick, Gatsby ne se console pas d’apprendre qu’elle a épousé le riche Tom Buchanan. Il s’est donc fait construire une fabuleuse demeure à West Egg, de l’autre côté de la baie de Long Island, juste en face de East Egg, où se dresse la maison raffinée des Buchanan.

Par l’intermédiaire de Nick, il parvient à revoir Daisy et à devenir son amant, réalisant ainsi son rêve sentimental et le « rêve américain » incarné par la beauté patricienne de Daisy.

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« Lincoln », de Steven Spielberg

steven-spielberg-lincolnAbraham Lincoln (février 1809 – avril 1865) est le seizième président des États-Unis et le premier président républicain, élu pour deux mandats de quatre ans, en 1860 et 1864 (il n’a pu terminer le second, ayant été victime d’un attentat). C’est vu de dos et de trois-quarts que le comédien britannique Daniel Day-Lewis lui ressemble le plus. Grand nez, menton en galoche accentué par la barbe, visage osseux.

La silhouette filmique de ce grand homme – qui mesurait 1 m 93 – évoque les personnages de Dickens et s’inscrit dans les mémoires par son aspect caricatural. Puis on voit les yeux et on est conquis par ce regard bleu que l’acteur offre à son personnage. Il nous fait oublier les rides, savamment accentuées par toute une équipe de maquilleurs. Et quand ce regard s’empreint de malice pour raconter l’une de ces anecdotes historiques ou bibliques dont Lincoln avait le secret, ou pour faire l’un de ses discours de prédicateur inspiré que les gens apprenaient par cœur, on est définitivement conquis. Comme Jésus, le Président parle par paraboles.

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« Django Unchained », de Quentin Tarantino

quentin-tarentino-django-unchainedMort ou vif, tel est le refrain qui scande Django Unchained.

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le docteur King Schultz (Christoph Waltz), dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, achète Django (Jamie Foxx), un esclave capable de l’aider à reconnaître les frères Brittle, meurtriers qu’il recherche. Il lui promet de lui rendre sa liberté lorsqu’il les aura capturés – morts ou vifs.

Pendant la traque, Django parle à Schultz de Broomhilda, sa femme, vendue comme lui mais à un autre maître. Pour la retrouver, Schultz élabore un plan : il s’agit de s’introduire dans l’immense plantation de Calvin Candie, le plus puissant planteur du Mississipi, et de prétendre vouloir acheter des lutteurs noirs. Continuer la lecture

« The Master », de Paul Thomas Anderson

paull-thomas-anderson-the-masterThe Master décrit une emprise, la manipulation sans scrupules d’un individu sans défense. Cet homme est Freddie Quell, un marin broyé par la guerre, qui se retrouve en 1945 en Californie avec une dépression nerveuse aggravée par l’usage immodéré d’un cocktail explosif qu’il prépare lui-même avec tout ce qui lui tombe sous la main.

Dès la première apparition de Joaquin Phoenix, on est saisi par son aspect physique et sa composition. Maigre, la démarche hésitante, il a le visage émacié et buriné d’un ermite, s’exprime d’une voix basse, bredouillante et à peine intelligible.

Performance époustouflante et nouvel avatar d’un comédien de génie, que les films de James Gray ont consacré. Un Oscar serait amplement mérité. Continuer la lecture