Amin Maalouf. Heurs et malheurs de la filiation

Amin Maalouf

Amin Maalouf

Né à Beyrouth en 1949, Amin Maalouf quitte le Liban en 1976 pour s’installer à Paris où il devient rédacteur en chef de Jeune Afrique.

Après le succès de son premier livre, Les Croisades vues par les Arabes, il renonce au journalisme. Son œuvre se partage entre des romans (Léon l’Africain, Samarcande, Les Jardins de lumière, Le Premier Siècle après Béatrice, Le Rocher de Tanios, roman pour lequel il a reçu le Prix Goncourt, Les Échelles du Levant, Le Périple de Baldassare, Les Désorientés et des essais : Les Croisades vues par les Arabes, Les Identités meurtrières, Le Dérèglement du monde.

Entre les deux, il y a une œuvre centrale, Origines, qui raconte l’histoire de la famille de l’auteur. Amin Maalouf est-il un chasseur des mauvais augures ou un diseur de bonne aventure ? Habité par les douleurs du monde qui blessent sans répit l’espèce humaine fragile depuis la « nuit-aube » des temps, son œuvre romanesque fait cheminer le lecteur des routes lumineuses de la Soie aux champs minés des obscurantismes, de l’« Orient désert » au soleil cou coupé de l’Occident.

Confrontant les identités salutaires aux « identités meurtrières », elle interroge les consciences sans jamais leur faire la leçon, déroulant son fil d’Ariane du point d’origine au point de fuite… “Je ne changerai pas de route à cause de mon nom, je ne changerai pas de nom à cause de ma route” (Samarcande).

Continuer la lecture

« Remonter la Marne », de Jean-Paul Kauffmann

jean-paul-kauffmann-remonter-la-marneEn remontant la Marne
avec Jean-Paul Kauffmann

Avec lui, oui, car la première vertu de ce livre, c’est de s’ouvrir au cheminement commun, au parcours en compagnie que peut instaurer la lecture.

Jean-Paul Kauffmann reste maître de son livre sur toute la durée, mais à aucun moment il ne prend le pas sur le lecteur ; même lorsqu’il évalue paysage et habitants, juge, remet en question la modernité, il parvient à épargner le lecteur, le laisser libre de se faire son opinion tout en l’accompagnant.

Continuer la lecture

« À nous de jouer ! », de Stéphane Hessel

stephane-hessel-a-nous-de-jouerAu moment même où, à plus de quatre-vingt-quinze ans, le très jeune Stéphane Hessel décidait de prendre congé de la vie, les éditions Autrement faisaient paraître un opuscule, qu’on déclarera posthume, dans lequel l’auteur du fameux Indignez-vous ! donnait quelques pistes pour passer à l’action et affronter la crise économique et financière qui bouleverse le monde.

L’ouvrage, assez disparate et traduit de l’allemand, est composé de quatre parties précédées d’une courte préface à l’édition française. D’abord, une présentation générale due à Roland Merk, écrivain et journaliste se partageant entre Bâle et Paris ; puis la retranscription du discours prononcé à Zurich le 27 octobre 2011, sous le titre « Appel aux indignés de cette terre » ; suit la discussion avec le public dirigée par le journaliste André Marty ; enfin, un dialogue assez consistant avec Roland Merk intitulé : « Ayez de la compassion ! Au seuil de la société mondiale. »

Continuer la lecture

« Modernes catacombes », de Régis Debray

regis-debray-modernes-catacombesC’est toujours un extrême plaisir de retrouver la prose alerte et élégante de Régis Debray, l’un des plus talentueux de nos essayistes, avec, peut-être, Marc Fumaroli, auquel il rend hommage par la reprise d’une allocution prononcée au château de Combourg le 23 octobre 2004, à l’occasion du prix de la ville attribué à l’académicien français pour son ouvrage, Chateaubriand, poésie et terreur.

C’est d’ailleurs sous l’égide de Chateaubriand que sont placés ces textes publiés par Debray au cours des quinze dernières années et dispersés en des lieux pas toujours accessibles : une gravure de la tombe du Grand Bé reproduite en frontispice, un texte en épigraphe et son style parodié dans le titre Modernes catacombes.

Continuer la lecture

« À propos des chefs-d’œuvre », de Charles Dantzig

Mise en page 1Ce pourrait être un bon sujet de dissertation pour classe de première : « Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? » Sauf que Charles Dantzig, qui a tout lu, qui entretient un rapport fusionnel avec les livres et qui déteste les professeurs de littérature, souhaite élargir le débat en choisissant comme titre « À propos des chefs-d’œuvre ».

L’auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005), puis de l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (2009), et, plus récemment, de Pourquoi lire ? (2010) peut ainsi, comme il aime à le faire, laisser libre cours à sa fantaisie, à son inspiration vagabonde lui permettant de dévoiler ses haines (il y en a assez peu ici : le sujet s’y prête mal) et surtout ses préférences (tous les essais de Dantzig se rejoignent pour construire un « musée imaginaire » personnel – littéraire, s’entend).

Continuer la lecture

« Aragon, la confusion des genres », de Daniel Bougnoux

Aragon, la confusion des genresTrente ans après sa disparition, Aragon respire encore, Dieu merci.

Ce n’est pas le cas de tous les écrivains du XXe siècle, même parmi les plus importants.

Une fois oubliées les outrances datées des années surréalistes, une fois dépassés, les soubresauts de l’Histoire aidant, l’absurde fidélité à l’Union soviétique et aux errements du communisme, une fois pardonnées les coquetteries du dandy vieillissant, il nous reste la figure d’un acteur majeur de la vie intellectuelle et la réalité d’un immense créateur, vaguement graphomane, qui donna naissance à quelques-uns des plus beaux poèmes de notre langue, à d’éblouissants textes théoriques – pas toujours limpides toutefois – et à une œuvre romanesque suffisamment abondante pour remplir cinq volumes de la « Pléiade ». Continuer la lecture

Pascal Bruckner, « Le Fanatisme de l’Apocalypse. Sauver la Terre, punir l’Homme »

La critique, majoritairement négative, s’est montrée souvent injuste à l’égard du dernier essai de Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l’Apocalypse. La réaction, en fait, fut assez conforme aux travers que dénonce le livre : un sectarisme étroit de la part des zélateurs de l’écologie ; une préférence marquée de nos contemporains pour les Cassandres, accompagnée d’une méfiance, sinon d’un mépris condescendant pour les égarés à qui viendrait l’idée de remettre en cause la vulgate officielle.

Quelle vulgate ? La suivante : nous sommes tous coupables de la dégradation de la planète et le châtiment (mérité) est pour demain.. Continuer la lecture

Olivier Rolin, romancier et bricoleur

Bric et broc rassemble des essais et des lectures du romancier OIivier Rolin. Ce recueil n’a sans doute pas eu l’audience qu’il méritait, comme si la modestie de son auteur, sa façon d’avancer à tâtons ses idées sur le roman devaient s’appliquer au livre.

Heureusement, les textes vivent, et on peut en parler des mois ou des années après. Continuer la lecture