De quoi la « théorie des genres » est-elle le nom ?

"Résurrection de la censure", par Gavarni (1832)

“Résurrection de la censure”, par Gavarni (1832)

Enseignant les Gender Studies et les Cultural Studies dans les universités françaises et américaines depuis une quinzaine d’années, un collaborateur de l’École des lettres, Martial Poirson, analyse en février 2014 les sous-bassements idéologiques d’une polémique dont l’école est le terrain de manœuvre, la société civile le champ d’expansion, et le pouvoir politique le coupable désigné.

Des associations extrémistes n’hésitent pas à appeler au boycott de l’école obligatoire de la République, et une partie de l’opposition nourrit de façon opportuniste un sentiment puritain et homophobe, au prix d’amalgames douteux et de raccourcis contestables

Le désarroi des enseignant est compréhensible face à la violence de telles accusations et à l’indécision apparente de ses tutelles. Le propos de cet article est ainsi de donner quelques points de repère pour mieux appréhender les enjeux du débat et ses possibles dérives.

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Contre l’obscurantisme et la censure : “Lire est le propre de l’homme. De l’enfant lecteur au libre électeur”

Dessin d'Alan Mets

Dessin d’Alan Mets © l’école des loisirs

L’école des loisirs a publié voici quelque temps un recueil de témoignages et réflexions de cinquante auteurs et illustrateurs pour l’enfance et la jeunesse auquel les polémiques actuelles sur le livre et l’éducation redonnent une très vive actualité.

Ce manifeste de 192 pages, disponible gratuitement, très largement diffusé, se propose de rappeler l’importance du livre dans le développement de l’enfant et de l’adolescent, ainsi que le lien vital qui existe entre lecture, éducation, liberté et, donc, démocratie.

Comme le souligne Marie-Aude Murail, “ce n’est pas la lecture qui est en danger, ce sont les illettrés”.

Certains pseudo-lecteurs de livres pour la jeunesse – mais vrais agitateurs – souhaitent régulièrement tirer parti de l’ignorance et des peurs pour tenter de disqualifier, auprès des parents et d’une opinion qu’ils espèrent perméables, auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, et, bien sûr, personnels de l’Éducation publique. La ficelle est classique et finit pas s’user. L’objectif récurrent ? Mettre en évidence un “complot” contre la structure familiale traditionnelle avec la complicité d’un État déliquescent.

Les créateurs, les éditeurs, les professeurs et les enfants rêveurs n’ont qu’à bien se tenir.

Car l’enjeu est bien là : c’est l’éducation du sens critique qui donne aux lecteurs la possibilité de choisir et leur assure d’être des femmes et des hommes libres demain. Ces temps-ci, il semblerait que cela ne soit pas du goût de tous…

l’École des lettres

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De l’avenir faisons tablette rase ?

tablettesLes chiffres ont plu à la fin de l’année dernière, aux deux acceptions de ce participe passé malicieux.

Divers instituts de sondage et cabinets d’études les ont fait pleuvoir, tout d’abord :

Dès octobre 2013, un sondage Digital Book World – Play Collective indiquait qu’aux États-Unis 46 % des parents envisageaient d’offrir pour Noël une tablette à leur enfant de 2 à 13 ans. Selon le cabinet NPD Group Inc – un des leaders mondiaux des études de marché –, la tablette éducative était en passe de devenir le jouet le plus vendu en France en 2013.

La même étude indiquait qu’en moins d’un an, les ventes de tablettes préscolaires avaient plus que doublé : au 1er décembre, près de 440 000 avaient déjà quitté les rayons. Sous le sapin, la tablette occupait la première place du top des ventes. Son taux de pénétration augmente, comme ils disent, d’un air plus ou moins pénétré, d’ailleurs.

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“Comment j’ai détesté les maths”, d’Olivier Peyon

"Comment j'ai détesté les maths", d'Olivier PeyonSi au lieu de laisser les enfants donner librement des coups de pieds dans un ballon, on leur faisait faire l’exercice de lever la jambe en cadence, ils n’aimeraient pas le football. Pour les maths c’est pareil. On assomme les enfants de théorèmes abstraits au lieu de les laisser jouer avec les chiffres.

Tel est le constat des mathématiciens de pointe et des pédagogues dont fait état le film d’Olivier Peyon, montage-promenade d’interviews sur l’enseignement des mathématiques.

Ni pamphlet, ni démonstration, ni étude sociologique le film nous mène aux quatre coins du monde et laisse la parole aux mathématiciens, tantôt devant leur tableau noir, tantôt dans leurs séminaires, proposant des visages, des personnalités, des paysages et offrant de véritables moments d’émotion.

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Prévenir l’illettrisme

Le ministère de l’Éducation nationale publie une circulaire signée de Georges Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la Réussite éducative, sur les moyens à mettre en œuvre pour prévenir plus efficacement l’illettrisme.

Vous trouverez  ci-dessous le détail des dispositions envisagées ainsi que le texte du manifeste publié en 2012 par l’école des loisirs, téléchargeable, Lire est le propre de l’homme. De l’enfant lecteur au libre électeur, conçu par cinquante auteurs et illustrateurs de livres pour la jeunesse qui livrent leurs réflexions sur la relation de l’enfant au livre et le rôle primordial que joue celui-ci dans la construction de la personne.

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“Ilo Ilo”, d’Anthony Chen

Anthony Chen, "Ilo ilo"Au dernier Festival de Cannes, le jury de la Caméra d’or et sa présidente, Agnès Varda, ont récompensé à l’unanimité ce premier film d’Anthony Chen, venu de Singapour, qui les a particulièrement touchés par son intimisme de “musique de chambre”.

Cette chronique familiale parvient à traiter en toute simplicité, mais avec délicatesse et intelligence, des thèmes essentiels qui nous concernent tous : l’enfance, l’immigration, les rapports de classe, la crise.

L’intrigue est située à la fin des années 90, dans une période qui ressemble à celle que nous vivons. Singapour y apparaît comme une démocratie autoritaire, dont la réussite  économique connaît un léger déclin et a pour revers une liberté individuelle très limitée.

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La librairie introuvable : chronique de campagne

« Savez-vous où je pourrais trouver du pain ?

― À vingt mètres, après le tournant, il y a une boulangerie.

― Des fleurs ?

― Le fleuriste est sur la place.

― Et des livres ?

― Des livres ? ! »

Le boucher chez qui je suis entrée se gratte le crâne.

« Là je ne vois pas… Essayez peut-être le Point Presse. ».

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“La Part des anges”, de Ken Loach

Il y a beaucoup d’anges dans le cinéma de Ken Loach, qui en vieillissant, ressemble de plus en plus à Frank Capra. N’a-t-il pas introduit Éric Cantona comme ange gardien (de but bien entendu) auprès d’un postier de Manchester en détresse dans Looking for Eric (2009)?

Le mot est pris à la fois au sens propre et métaphorique dans La Part des anges : on appelle ainsi la partie du volume d’un alcool qui s’évapore pendant son vieillissement en fût. C’est généralement dans les chais d’armagnac ou de cognac qu’on emploie cette expression, mais Ken Loach l’applique au whisky, invention irlandaise ou écossaise, dont le nom – celtique ou gaélique – signifie « eau de vie ».

Jamais ce sens n’a trouvé de plus juste application que dans ce film, où un éducateur au grand cœur – véritable ange gardien – sauve littéralement un groupe de délinquants condamnés à une peine de travaux d’intérêt  général en les initiant secrètement pendant son temps libre à l’art du whisky ! Continuer la lecture