“Madame Bovary”, de Gustave Flaubert. Dictionnaire du domaine d’étude : lire, écrire, publier

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert, et particulièrement Madame Bovary, semblent tout indiqués pour traiter de la question Lire, écrire, publier.

D’abord pour ce qui concerne l’édition au XIXe siècle. Ce livre absolu qui contient toute la vie de Flaubert offre par son existence même, son écriture, sa publication une réflexion sur ce qui fait la littérature et, au-delà, la culture littéraire d’une époque.

Flaubert se livre sur ses désarrois d’écrivain à sa maîtresse qui archive soigneusement ses lettres, offrant par là un témoignage de première importance sur la gestation du roman. Ses manuscrits ont en outre été soigneusement conservés et leur amplitude ainsi que la variété des ratures et repentirs suffiraient à justifier l’existence de la génétique du texte. Un procès a accompagné sa publication engageant la question de la censure, de la parution.

Depuis, le livre est réédité sur tous les modes et avec toutes sortes de présentations, préfaces, avant-propos, paratextes qui permettent de maintenir le débat autour de la statue géante de Flaubert et il ne se passe guère d’années sans que quelqu’un, critique, historien, sociologue ne tente une redécouverte de cette œuvre et de la vie de son auteur.

Mais Lire, écrire, publier c’est aussi le lot des personnages. Emma lit, écrit, Charles est un mauvais lecteur, Homais s’institue journaliste critique, publicateur scientifique, la plupart des acteurs est concerné par cette invasion de l’écriture ou d’une culture dévoyée, selon Flaubert lui-même.

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Coups de cœur d’une rentrée littéraire

librairieCette année, dès la mi-août, on aura trouvé les romans qui n’arrivaient sur les tables des libraires qu’au début septembre. On aura même pu lire des articles sur ces livres dans les grands quotidiens.

Des critiques ont désigné les romans à lire, et ceux à éviter : les rumeurs sur de possibles Goncourt vont déjà bon train.

Commençons par rappeler ce que tout le monde sait : une rentrée littéraire est d’abord un enjeu économique.

La littérature contemporaine, sauf pour quelques têtes de gondole, ne dispose pas d’un immense public. Créer un événement comme celui-ci, le pérenniser, permet de mettre sous les projecteurs des œuvres de création (souvent) et quelques produits (hélas). Plus de 600 romans paraissent en moins de deux mois. Beaucoup disparaîtront des tables, certains n’auront droit à aucun article, pas même à une brève dans un quotidien gratuit.

Ces textes éphémères sont des paris, à la fois littéraires et économiques. Il suffit d’une surprise, d’un roman qui rencontre son public, pour qu’une rentrée d’éditeur soit réussie. À tous égards. Ce n’est toutefois pas le lot commun. C’est d’ailleurs pourquoi le nombre des premiers romans publiés en août septembre diminue, et que les « noms » sont édités, parfois en grand nombre.

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Paul Desalmand : “Éditez-moi ou je vous tue !”

"Éditez-moi ou je vous tue!", de Paul DesalmandCe petit recueil, plein de drôlerie, et parfois de profondeur, porte sur un domaine que son auteur, Paul Desalmand, connaît bien pour avoir écrit et publié plus de cinquante livres, pour avoir dirigé des collections et lu des dizaines de manuscrits, celui de l’écriture et de l’édition.

Le titre, gentiment provocateur (une autre qualité de l’irrévérencieux Paul Desalmand), est emprunté, comme l’explique le premier article, à Georges Darien, l’auteur du Voleur, qui soumit un jour son éditeur, Stock, à la menace d’une exécution en cas de refus de publication. Le ton est donné.

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Willi Glasauer, auteur, illustrateur, photographe et lithographe

Willi Glasauer, "Grüsse aus der Fremde", DuMont,1987

Willi Glasauer, autoportrait,
“Grüsse aus der Fremde”, 1987

Accède-t-on de plein droit à l’Olympe des illustrateurs en entrant dans un dictionnaire comme celui de Jacques Sternberg (Dictionnaire des idées revues, édité par Denoël en 1985) ?

La notice consacrée par Sternberg à Willi Glasauer le laisse croire :

«Quand, entre 1945 et 1950, je rédigeais fiévreusement des manuscrits qui, refusés par tout le monde, faisaient l’aller-retour entre ma table de travail et les comités de lecture, je me gorgeais de dessins d’humour, de terreur et de fantastique. Cette passion a fini par s’éteindre et il y a des années que je n’avais pas reçu un choc semblable à celui que j’encaissai de plein fouet en découvrant par hasard chez Gallimard un carton de dessins d’un certain Glasauer. D’hallucinantes compositions donnaient à voir un monde d’épouvante, sorte de compromis entre les collages de Max Ernst et Jérôme Bosch, avec des personnages de cauchemar qui révélaient autant de virtuosité technique, de morbidité que d’imagination…»

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Ressources et démarches pour le théâtre à l’école

Le théâtre, une chance pour l’enseignement du français

Le mercredi 9 octobre 2013, de 13h 30 à 16h 30, le CRDP de Paris organise une après-midi consacrée  aux ressources et démarches pour le théâtre à l’école.

Cette manifestation, qui s’adresse aux enseignants du premier et du second degrés, dressera un panorama des ressources pour l’éducation au théâtre et s’interrogera sur la publication et la diffusion des œuvres théâtrales aujourd’hui. Des démarches pédagogiques seront proposées pour l’école, le collège et le lycée.

Parmi les intervenants : François Berreur, metteur en scène, Jean-Claude Lallias, responsable de collections théâtre au Scéren-CNDP, Françoise Gomez, IA-IPR de lettres chargée de l’enseignement du théâtre, Catherine Zambon, auteur de théâtre jeunesse, Brigitte Smadja, fondatrice de la collection “Théâtre” à l’école des loisirs.

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Patrick Kéchichian, « Paulhan et son contraire »

Parler de Paulhan est chose nécessaire mais, en même temps, peu aisée.

Nécessaire parce que l’homme est attachant, que son œuvre, bien que remarquablement écrite, assez copieuse et d’une belle teneur, est souvent négligée, parce qu’il a joué un rôle capital dans la vie culturelle du XXe siècle, plus spécialement en dirigeant, pendant près de trente ans, la prestigieuse NRF.

Pas aisé pourtant de parler de lui, car il est un être multiple, et que sa pudeur naturelle le conduit souvent à avancer masqué.

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