Rétrospective Tomi Ungerer au Drawing Center de New York

"Eat", affiche de Tomi Ungerer contre l'intervention américaine au Viêt-nam (1967)

“Eat”, affiche de Tomi Ungerer contre l’intervention américaine au Viêt-nam (1967)

Du 16 janvier au 22 mars, le Drawing Center de New York consacre une grande rétrospective, “All In One”, à l’ensemble des dessins satiriques de Tomi Ungerer, qui vécut aux États-Unis de 1957 à 1971 et en fit une critique sociale et politique sans concessions.

L’exposition révèle la très grand diversité des talents du dessinateur alsacien, des dessins d’enfance réunis plus tard dans le recueil À la guerre comme à la guerre (l’école des loisirs, 2002), aux collaborations avec la presse la plus prestigieuse (Esquire, Life, The New York Times…) et aux premiers albums pour enfants (Les Mellops font de l’avion, Les Trois Brigands), des campagnes publicitaires à la critique virulente de la société américaine (The Party) et de son engagement contre la guerre du Viêt-nam, jusqu’aux dessins érotiques à dominante humoristique.

On trouvera ci-dessous une sélection très suggestive des articles de presse suscités par cet événement majeur.

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“Madame Bovary”, de Gustave Flaubert. Dictionnaire du domaine d’étude : lire, écrire, publier

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert, et particulièrement Madame Bovary, semblent tout indiqués pour traiter de la question Lire, écrire, publier.

D’abord pour ce qui concerne l’édition au XIXe siècle. Ce livre absolu qui contient toute la vie de Flaubert offre par son existence même, son écriture, sa publication une réflexion sur ce qui fait la littérature et, au-delà, la culture littéraire d’une époque.

Flaubert se livre sur ses désarrois d’écrivain à sa maîtresse qui archive soigneusement ses lettres, offrant par là un témoignage de première importance sur la gestation du roman. Ses manuscrits ont en outre été soigneusement conservés et leur amplitude ainsi que la variété des ratures et repentirs suffiraient à justifier l’existence de la génétique du texte. Un procès a accompagné sa publication engageant la question de la censure, de la parution.

Depuis, le livre est réédité sur tous les modes et avec toutes sortes de présentations, préfaces, avant-propos, paratextes qui permettent de maintenir le débat autour de la statue géante de Flaubert et il ne se passe guère d’années sans que quelqu’un, critique, historien, sociologue ne tente une redécouverte de cette œuvre et de la vie de son auteur.

Mais Lire, écrire, publier c’est aussi le lot des personnages. Emma lit, écrit, Charles est un mauvais lecteur, Homais s’institue journaliste critique, publicateur scientifique, la plupart des acteurs est concerné par cette invasion de l’écriture ou d’une culture dévoyée, selon Flaubert lui-même.

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La liberté de la presse plus que jamais à défendre

100 dessins de "Cartooning for peace" pour la liberté de la pressePrise d’otages, assassinats, censure des armées ou des pouvoirs politiques, mises sur écoutes, chasse aux diffuseurs d’infos sensibles, mises en examen de médias ou de journalistes… La vie des journalistes dans le monde contemporain est de moins en moins facile. La liberté de la presse est en danger, et avec elle celle des citoyens.

La publication de 100 dessins de “Cartooning for peace” pour la liberté de la presse, permet d’apporter un soutien à l’ONG Reporters sans frontières, mais aussi de disposer d’une sélection de dessins français et étrangers sur ce thème que l’on pourra analyser en classe.

Ces “grains de sable qui font dérailler notre regard” ont une vertu éducative à ne pas négliger. Ils nous informent avec les armes de l’humour sous toutes ses formes et de la caricature sur l’état du monde.

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Serviteur ! Hommage à Maurice Nadeau

maurice-nadeauServiteur !

C’était le titre d’un de ses livres, un recueil d’articles sur des écrivains qui avaient compté pour lui. C’était aussi le mot qui définissait au mieux le groupe constitué par Maurice Nadeau, à la Quinzaine littéraire. J’ai l’honneur d’être de ce groupe, d’en partager les valeurs et d’espérer qu’elles continueront d’être vécues à la Quinzaine.

Servir donc, pour commencer. Pas un maître, pas une idole, pas une mode ou des idées. Servir les mots, les livres, ceux qui patiemment les conçoivent et les écrivent. Servir la langue, telle qu’elle s’écrit, se parle, se vit. Servir sans oublier qui l’on est, d’où l’on vient. Maurice était pupille de la Nation. Son père était mort « au champ d’honneur », sa mère, illettrée, travaillait comme servante à Reims puis à Paris.

Il était enfant de l’école républicaine, et de son parcours exceptionnel je retiens le jeune instituteur qu’il avait été. Il aurait pu devenir professeur de lycée, puisque, normalien, il aurait eu les titres. Mais il avait fait ce choix des plus jeunes, et déjà le choix de la transmission. Il m’est difficile de ne pas trouver là un modèle : sans l’école de la République, le fils d’un émigré polonais qui avait fait ses classes dans la nuit et le brouillard silésiens ne serait jamais devenu ce qu’il est.

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« Accuser et séduire. Essais sur Jean-Jacques Rousseau », et « Diderot. Un diable de ramage », de Jean Starobinski

Diderot par Van Loo (1767)

Diderot par Van Loo (1767)

Le samedi 26 janvier 2013, pour son émission Répliques sur France Culture, Alain Finkielkraut recevait Jean Starobinski, et les admirateurs du critique suisse auront été charmés de retrouver la voix sûre et la pensée ferme de ce vieil homme de plus de quatre-vingt-dix ans qui a prodigué un enseignement qu’aucun de ses élèves ne peut oublier, et nous a laissé des livresque tout homme cultivé se doit d’avoir dans sa bibliothèque.

Les ouvrages qui paraissent aujourd’hui, pour lesquels Starobinski recevait chez lui, à Genève, une radio française, reviennent sur des écrivains auxquels il a consacré de nombreux travaux, deux auteurs presque jumeaux (l’un né en 1712, l’autre l’année suivante), deux auteurs qui se sont connus et appréciés, puis brouillés, deux auteurs proches et lointains à la fois, Rousseau et Diderot.

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Émile Zola, « Mes Haines »

Émile Zola par André Gill (1878)

Notre époque de consensus mou ou de dérision paresseuse aurait bien besoin d’une voix forte qui sache exprimer son rejet des fausses valeurs en de tels termes : « Je hais les railleurs malsains, les petits jeunes gens qui ricanent, ne pouvant imiter la pesante gravité de leurs papas. »

À tous ceux qui se lamentent sur la prétendue médiocrité des créations contemporaines, on devrait faire entendre la même voix vengeresse : « Je hais les sots qui font les dédaigneux, les impuissants qui croient que notre art et notre littérature se meurent de leur belle mort. Ce sont les cerveaux les plus vides, les  cœurs les plus secs, ces gens enterrés dans le passé… »

Enfin, les « chiens de garde » modernes et les adeptes du prêt à penser devraient ouvrir leurs oreilles à de salutaires imprécations : « Je hais les cuistres qui nous régentent, les pédants et les ennuyeux qui refusent la vie. Je suis pour les libres manifestations du génie humain. […] Les sots qui n’osent regarder en avant regardent en arrière. »

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Patrick Kéchichian, « Paulhan et son contraire »

Parler de Paulhan est chose nécessaire mais, en même temps, peu aisée.

Nécessaire parce que l’homme est attachant, que son œuvre, bien que remarquablement écrite, assez copieuse et d’une belle teneur, est souvent négligée, parce qu’il a joué un rôle capital dans la vie culturelle du XXe siècle, plus spécialement en dirigeant, pendant près de trente ans, la prestigieuse NRF.

Pas aisé pourtant de parler de lui, car il est un être multiple, et que sa pudeur naturelle le conduit souvent à avancer masqué.

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“Comment parler des livres que l’on n’a pas lus?”, de Pierre Bayard

pierre-bayard-comment-parler-des-livresPublié dans la collection « Paradoxe » des Éditions de Minuit, l’essai de Pierre Bayard y trouve bien sa place. Professeur de littérature à l’Université, l’auteur y montre que l’on peut aisément parler d’un livre que l’on n’a pas lu, à des gens qui ne l’ont pas lu non plus, et que le résultat n’est pas pire que si les deux personnes connaissaient très bien l’ouvrage en question.

Lire, comme le montre Pierre Bayard, ce peut être parcourir, entendre parler de, voire oublier. Ne pas lire, on le sait, suscite des sentiments mêlés : la honte souvent l’emporte, la peur d’une infériorité face à quelqu’un qui sait et qui peut user de ce savoir. C’est le cas dans des situations mondaines ou intimes, c’est surtout le cas dans le cadre scolaire et universitaire.

Comment s’en sortir ? Quels sont les enjeux de la lecture et de la non-lecture, ces questions, nous avons voulu les poser à Pierre Bayard, dont l’essai amuse et dérange, quand il ne remet pas en cause tout ce qu’un lecteur quasi boulimique, professeur de lettres de surcroît, pourrait penser.

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