En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

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Kaspar Hauser, enfant de brouillard

"L'Énigme de Kaspar Hauser", de Werner HerzogLa diffusion d’une copie numérique restaurée de L’Énigme de Kaspar Hauser (Jeder für sich und Gott gegen alle), de Werner Herzog, réalisé en 1974, est l’occasion de revenir sur une œuvre majeure qui nous interroge encore.

Un adolescent est trouvé le 26 mai 1828, hagard et épuisé, sur la place de Nuremberg. Une lettre à la main, écrite en gothique par une personne anonyme qui l’aurait élevé, n’indique même pas son nom.

« N’ayant aucune idée de la parole », comme l’écrit Werner Herzog au début de son film, les seuls mots qu’il savait prononcer « cavalier veux comme mon père » enflammèrent les théories sur son origine aussi bien que les suspicions.

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“Dériver” avec Guy Debord, tables rondes avec Andrew Hussey, Will Self et Jean-Marie Durand

Andrew Hussey © CR, l'École des lettres

Andrew Hussey © CR, l’École des lettres

 

Les 25 et 26 septembre 2014, l’écrivain et historien britannique Andrew Hussey présentait son livre, Guy Debord. « La Société du spectacle » et son héritage punk, publié aux éditions Globe, en présence de son compatriote et préfacier, le romancier Will Self.

Ces deux débats publics étaient animés par le journaliste Jean-Marie Durand, rédacteur en chef de la rubrique Idées au magazine Les Inrockuptibles, et traduits par Marguerite Capelle.

Le premier était organisé à la Maison de la Poésie, à Paris, le second au siège de l’école des loisirs. La transcription de ces deux rencontres est donnée dans l’École des lettres.

 

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“Maestro”, de Léa Fazer

"Maestro", de Léa FazerDes études de lettres, de théâtre et enfin de cinéma ont préparé Léa Fazer à la mise en scène et à l’écriture. Son premier long métrage, Bienvenue en Suisse, a été présenté à Cannes en 2004 dans la section Un certain regard.

Maestro résulte d’une collaboration avec Jocelyn Quivrin, interrompue brutalement par la disparition accidentelle du comédien en 2009. Il voulait raconter avec elle l’expérience décisive qu’avait constitué pour lui sa collaboration avec Éric Rohmer sur le tournage des Amours d’Astrée et de Céladon : sa rencontre de jeune homme passionné de séries américaines du type Fast and furious avec un maître du cinéma d’auteur, et surtout sa métamorphose de garçon inculte et à l’humour bas de gamme au contact d’un être suprêmement cultivé et raffiné.

 

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“Que reste-t-il de l’Occident ?”, de Régis Debray et Renaud Girard

Régis Debray et Renaud Girard, "Que reste-t-il de l'Occident ?"Il y a de fortes chances que ce livre de petit format et de peu de pages, précédé d’un titre interrogatif et austère, affecté d’une double signature, ce qui brouille le message, passe inaperçu et se perde dans les limbes brumeux d’une rentrée éditoriale pauvre en essais novateurs.

Ce serait dommage, car les questions abordées, les analyses proposées et la présentation formelle – la double voix – méritent mieux qu’un détour poli.

Debray et Girard, anciens « petits camarades » de la rue d’Ulm, ont suivi des parcours suffisamment différents – l’un philosophe parfois engagé, écrivain et homme de culture, l’autre journaliste international, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à Sciences-Po – pour offrir des visions éloignées voire divergentes des grands problèmes de notre temps fédérés autour de la question qu’on aurait tort de croire anachronique (en renvoyant au brûlot de Spengler de 1922, Le Déclin de l’Occident) :  « Que reste-t-il de l’Occident ? ».

À l’aide d’une argumentation serrée encadrée de cordiaux échanges épistolaires, les deux auteurs suggèrent, chacun à sa manière et dans son style propre, quelques éléments de réponse qui invitent à la réflexion.

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“Guy Debord. La société du spectacle et son héritage punk”, d’Andrew Hussey

Andrew Hussey, "Guy Debord. "La Société du spectacle" et son héritage punk", éditions Globe, 2014Le titre simple, Guy Debord, pointe la méthode d’Andrew Hussey : ne jamais s’écarter de son personnage central, faire en sorte qu’il reste un personnage humain, un homme avec son programme fixe et ses contradictions, mais aussi un label, Debord, dont on pourrait même ignorer le prénom.

Debord est une marque que l’on évoque comme un univers mais aussi une menace, quelque chose comme Fantômas, Fu Manchu, le super méchant d’une société du spectacle qui la fascine et qu’elle utilise tandis qu’il décide de la fuir. Mais c’est aussi un point fixe à partir duquel le regard critique porté sur la société ne cille jamais. Son biographe peut en dérouler le fil, en démêler l’écheveau sans donner l’impression de se heurter à des difficultés insurmontables et la limpidité n’est pas la moindre des qualités de cet ouvrage, initialement paru en anglais sous le titre The Game of War: The Life and Death of Guy Debord. Continuer la lecture

26 septembre 2014, table ronde : L’influence de Guy Debord et de “La Société du spectacle” en Europe et dans le monde anglo-saxon

Andrew Hussey, "Guy Debord. "La Société du spectacle" et son héritage punk", éditions Globe, 2014À l’occasion de la publication de Guy Debord. “La Société du spectacle” et son héritage punk, d’Andrew Hussey, préfacé par Will Self, les éditions Globe (groupe l’école des loisirs) et l’École des lettres vous convient le vendredi 26 septembre 2014, de 14h 30 à 16h 30, à une table ronde avec :

ANDREW HUSSEY : directeur de l’École des hautes études avancées de l’université de Londres à Paris, il est également journaliste, et collabore au Guardian et à la revue littéraire Granta ;

WILL SELF : auteur de nombreux romans et essais, il enseigne l’histoire des idées contemporaines à l’université de Brunel, et notamment la « psychogéographie » de Guy Debord ;

JEAN-MARIE DURAND : rédacteur en chef des pages « Idées » aux Inrockuptibles.

 

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“365 expressions latines expliquées”, par Paul Desalmand et Yves Stalloni

Paul Desalmand et Yves Stalloni, " 365 expressions latines expliquées"À lire ad libitum

A priori, un consensus existe. Qu’on habite intra-muros, qu’on trouve avec les autres un modus vivendi acceptable ou que l’on passe ou pas son temps dans les in-folio, on pratique l’expression latine ou le simple mot comme la langue de Monsieur Jourdain, d’Audiard, ou de Prévert.

Eh oui, notre dictionnaire est rempli de mots venus de Rome intra-muros, parfois apporté manu militari en Gaule, peuplant pour notre plus grand bonheur, les pages d’Astérix. Nul n’a oublié les pauvres pirates régulièrement naufragés par le duo gaulois et dont l’un s’exclame « O tempora ! O mores ! » L’entrée 238 du dictionnaire savant et plein d’humour (les deux vont de pair) de Paul Desalmand et Yves Stalloni apprend aux latinistes de 11 à 99 ans que c’est l’exemple choisi pour illustrer le vocatif, et qu’elle signifie, pour tout le monde, et en français courant « Tout fout l’camp ! »

365 expressions latines expliquées c’est donc une par jour, et cela donne envie de se replonger dans cette belle langue qui a souffert et souffre encore d’une certaine désaffection dans l’institution scolaire. Bien des élèves l’apprécient, et pas seulement les forts en thème (ou en version), mais les Lettres classiques n’ont plus trop de place. Mais trêve de lamentations ad nauseam et revenons à ce petit livre que l’on peut emporter partout et dans le Latium par exemple.

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