Rétrospective Tomi Ungerer au Drawing Center de New York

"Eat", affiche de Tomi Ungerer contre l'intervention américaine au Viêt-nam (1967)

“Eat”, affiche de Tomi Ungerer contre l’intervention américaine au Viêt-nam (1967)

Du 16 janvier au 22 mars, le Drawing Center de New York consacre une grande rétrospective, “All In One”, à l’ensemble des dessins satiriques de Tomi Ungerer, qui vécut aux États-Unis de 1957 à 1971 et en fit une critique sociale et politique sans concessions.

L’exposition révèle la très grand diversité des talents du dessinateur alsacien, des dessins d’enfance réunis plus tard dans le recueil À la guerre comme à la guerre (l’école des loisirs, 2002), aux collaborations avec la presse la plus prestigieuse (Esquire, Life, The New York Times…) et aux premiers albums pour enfants (Les Mellops font de l’avion, Les Trois Brigands), des campagnes publicitaires à la critique virulente de la société américaine (The Party) et de son engagement contre la guerre du Viêt-nam, jusqu’aux dessins érotiques à dominante humoristique.

On trouvera ci-dessous une sélection très suggestive des articles de presse suscités par cet événement majeur.

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Cogito « Charlie » ergo sum

Montesquieu, "De l'esprit des lois", 1748 © BNF

Montesquieu, “De l’esprit des lois”, 1748 © BNF

La tragédie du « mercredi noir » a fait couler beaucoup d’encre dans les établissements scolaires. Les professeurs interrogés par les journalistes ont notamment fait état de la difficulté de sortir des débats manichéens entre les « Je suis Charlie » et les « Je ne suis pas Charlie ». En somme, ce serait comme si l’on assistait à une réduction identitaire sinon grégaire de la confrontation des « idées-slogans ».

En conséquence, on aura tout lieu de comprendre à première vue le choix d’une suspension du débat à l’intérieur de la classe et son corollaire : le retour au déroulé classique du cours, comme avant l’affaire Charlie. À première vue seulement, comme on s’en doute. Car, dans la réalité quotidienne, chacun continue de parler, les uns en salle des profs, les autres en cour de récréation. Autrement dit, pour ce qui concerne spécifiquement la population adolescente, l’opposition « étiquette » in the mood se déplace spatialement.

Impensable dans la classe du fait des risques qu’il induit potentiellement, il trouve naturellement ses lieux d’extension au travers de tous les espaces et réseaux sociaux des élèves et, de fait, réduit à sa portion argumentative congrue.

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La représentation figurée du prophète Muhammad

L’islam et ses pratiques, pas plus que tout autre phénomène humain, n’échappent aux mutations au fil de l’histoire. La question de la représentation figurée en général, et de celle du prophète de l’islam en particulier, a été diversement tranchée selon les périodes et les milieux.Si elle a parfois déclenché des débats animés, elle ne semble pas avoir posé un problème majeur ou permanent aux croyants musulmans ni à leurs juristes (Naef 2004).

Les polémiques récentes [cet article a été initialement publié le 29 octobre 2012 dans les Carnets de l’IFPO], parmi les plus vives qu’aient connues l’histoire, sont attisées par le fait que les images qui les ont déclenchées sont des caricatures ; elles alimentent l’idée fausse et essentialiste que, « de tout temps », l’islam aurait interdit la représentation de son prophète, voire toute représentation humaine.

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Pour lutter contre les préjugés, le musée de l’Histoire de l’immigration

Musée de l'histoire de l'immigrationLa Cité nationale de l’Histoire de l’immigration (CNHI) – dénommée aussi musée de l’Histoire de l’immigration – avait ouvert ses portes en 2007 dans un contexte scientifique houleux, avec le refus de prendre en compte la dimension de l’histoire coloniale, mais aussi politique avec la création d’un “ministère de l’Identité nationale”.

Tout cela avait conduit à ce que le projet évoqué sous Lionel Jospin, lancé sous Jacques Chirac, ne trouve aucune personnalité politique pour l’inaugurer en 2007.

Depuis, cette institution est restée sans inauguration officielle, comme l’a rappelé Benjamin Stora lors du discours qu’il a prononcé pour sa nomination à la présidence du Conseil d’orientation du musée et pour l’inauguration de la nouvelle exposition permanente, le 15 septembre 2014.

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“Je suis Charlie” : mobilisation collégienne et citoyenne

Panneaux "Je suis Charlie", Paris, 11 janvier 2015Le mercredi 7 janvier, Le Monde, horaire de bouclage oblige, eut l’inconsciente désinvolture de placer en une la photo de Michel Houellebecq photoshopé en prophète maudit, façon Baudelaire en couleur.

L’événement du mercredi noir était évidemment ailleurs, dans une autre rue de Paris.

Cabu, Wolinski et toute la bande des crayonneurs « flingueurs », s’ils n’avaient pas été lâchement assassinés par des « sans yeux » et « sans visage », n’auraient sans doute pas pris de gants pour déformer, rigolards, la posture un brin caricaturale du chantre de l’anticipation romanesque nauséeuse.

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Racisme et terrorisme. Points de repères et données historiques

Hommage à "Charlie Hebdo", Paris, 12 janvier 2015L’attentat contre Charlie Hebdo suscite à juste titre un électrochoc dans la société française qui ne manquera pas d’avoir de nombreuses répercussions dans les classes, plongeant parfois les enseignants dans l’embarras pour ne pas dire davantage. Faut-il pour autant tenter d’éviter le problème ? Évidemment non, au contraire.

Quand j’ai commencé ma carrière d’enseignant en septembre 2001 dans un collège de « banlieue », à Chanteloup-les-Vignes, où des adolescents de plus de quarante nationalités se côtoyaient, la situation oscillait entre un soutien latent de quelques-uns à Oussama ben Laden et la crainte d’autres jeunes que l’un des nombreux avions qui passaient au-dessus de leur ville ne vienne s’écraser sur leur tour. Si je me permets de raconter cette anecdote personnelle, c’est pour montrer que, souvent, les plus touchés et les plus fragilisés ne sont pas ceux que l’on croit.

La précarité économique va évidemment de pair avec la fragilité sociale… et politique. L’acte barbare qui vient de se dérouler ne manquera pas – une fois encore – de stigmatiser celles et ceux qui se trouvent déjà dans une situation difficile. La stigmatisation, l’ostracisme, facilitent évidemment le repli sur soi communautariste, que recherchent précisément ceux qui ont commis cet attentat.

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