Contrepoint : “Les Garçons et Guillaume, à table!” de Guillaume Gallienne

"Les garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume GalienneIl faut bien le reconnaître : la transposition au cinéma par Guillaume Gallienne du spectacle qu’il donna sur scène il y a peu se révèle décevante.

Malgré une critique bienveillante voire louangeuse, malgré les vivats de Cannes en mai dernier et malgré une promotion savamment orchestrée.

Les Garçons et Guillaume, à table ! repose sur une idée astucieuse, ambitieuse même – comment un garçon, programmé pour être fille, reconquiert sa masculinité –, mais manque des qualités qui constituent un film : une intrigue, une construction cohérente, des personnages consistants, une utilisation pertinente des ressources de l’image.

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Man Ray, “Autoportrait”

man-ray-autoportraitLe Bulletin officiel du 14 mars 2013, qui spécifiait l’entrée au programme de littérature de terminale des Mains Libres, le recueil de dessins de Man Ray illustrés par Éluard, suggérait à titre de piste bibliographique la lecture de l’Autoportrait du même Man Ray. L’ouvrage, publié un an après sa parution en anglais (Self Portrait, 1963) chez Robert Laffont, est désormais réédité chez Actes Sud et constitue de fait une excellente introduction à l’extraordinaire ébullition artistique de l’entre-deux-guerres.

Man Ray y retrace d’abord son parcours d’artiste éclectique dans le New York d’avant les années folles, puis de photographe dans le Paris avant-gardiste des années 20 et 30, il évoque enfin son retour à Paris (et à la peinture) après la deuxième guerre mondiale.

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« L’Amour sans visage », d’Hélène Waysbord

helene-waysbord-l-amour-sans-visage.« Un être de confection »

« Ma vie, celle que j’ai vécue du moins, commence par un black-out au sens plein du terme. Biffée d’un coup l’enfant, derrière le noir total tombé sur le parvis de l’école maternelle à la sortie de midi un jour d’octobre. Était restée l’autre enfant en dessous comme un double décalé, perdu. »

C’est ce qu’écrit Hélène Waysbord dans la dernière partie de L’Amour sans visage. Ce noir total qui défait son enfance, toute son existence, est lié à la disparition de ses parents, en 1942. Ils n’ont eu que le temps de la confier à des cafetiers de province. L’un d’eux l’a conduite de la gare Montparnasse jusqu’à Aurion, qu’on peut entendre Orion, mais aussi composition de noms bretons puisque l’enfant sera cachée dans l’Ouest.

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« Remonter la Marne », de Jean-Paul Kauffmann

jean-paul-kauffmann-remonter-la-marneEn remontant la Marne
avec Jean-Paul Kauffmann

Avec lui, oui, car la première vertu de ce livre, c’est de s’ouvrir au cheminement commun, au parcours en compagnie que peut instaurer la lecture.

Jean-Paul Kauffmann reste maître de son livre sur toute la durée, mais à aucun moment il ne prend le pas sur le lecteur ; même lorsqu’il évalue paysage et habitants, juge, remet en question la modernité, il parvient à épargner le lecteur, le laisser libre de se faire son opinion tout en l’accompagnant.

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Globe, des histoires vraies qui donnent des pistes pour débuter dans la vie

tres bon plan.inddCréées en 2012 par l’école des loisirs, les éditions Globe publient des histoires vraies – reportages au long cours, récits, autobiographies – mettant en scène des héros bien réels.

Inspirées par une forme de journalisme où l’auteur s’engage dans son récit, les éditions Globe ont pour ambition de raconter l’histoire actuelle de manière vivante et incarnée, et de donner aux jeunes adultes des pistes pour débuter dans la vie.

Une thématique se dégage nettement du premier catalogue : l’apprentissage et la formation professionnelle.

Valentine Gay, qui anime ce projet éditorial auquel seront sensibles lycéens et étudiants, parents et enseignants, précise ici la démarche adoptée.

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« Le Premier Homme », de Gianni Amelio, d’après Albert Camus

gianni-amelio-le-premier-hommeÀ la mort d’Albert Camus, le 4 janvier 1960, un manuscrit a été retrouvé dans la voiture accidentée de Michel Gallimard, un projet de roman autobiographique en trois parties dont la deuxième aurait été intitulée Le Premier Homme.

Il retrace la naissance en Algérie de Jacques Cormery, son alter ego, la visite qu’il fait, à quarante ans, à la tombe de son père mort en 1914, soit six mois après sa venue au monde, son adolescence dominée par l’image de la mère.

Ce texte inachevé, lacunaire, sans doute plus personnel que Camus ne l’aurait voulu, le cinéaste Gianni Amelio l’a mis en images. Réalisateur classique, à la fois analyste politique et psychologique, il a lui aussi été élevé par sa mère et sa grand-mère. Il a obtenu le succès avec des films tels que Il Ladro di bambini (Les Enfants volés, 1992), Lamerica (1994) ou La stella che non c’è (L’Étoile imaginaire, 2006) et traite depuis ses débuts les thèmes qui sont au cœur de ce roman : la misère, l’enfance, la paternité et l’opposition Nord-Sud.

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“Bête de cirque”, de Tiphaine Samoyault

tiphaine-samoyault-bete-de-cirqueEnfant, la narratrice s’est distinguée. Et elle a connu la honte, une double honte : celle de se trouver au centre des regards, comme un animal savant. Elle venait  de remporter un caddie rempli de nourriture dans un supermarché. Cet épisode est l’un de ceux que rapporte Tiphaine Samoyault dans Bête de cirque, récit autobiographique.

Encore que le terme « autobiographique » enferme. Ce que raconte l’écrivain est une expérience de la honte que l’on partage, quand bien même on ne serait pas une femme de sa génération...

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Une histoire d’amours : « La tristesse durera toujours », d’Yves Charnet

yves-charnet-la-tistesse-durera-toujoursC’est un livre en morceaux, le livre d’un homme qui a beaucoup perdu et, d’abord, une vieille dame qui fut comme sa grand-mère, à La Charité-sur-Loire, nom composé pour lui puisqu’il y est à la fois question du fleuve près duquel il aime rêver et d’une attitude ou d’un état qu’il connaît.

La tristesse durera toujours est une phrase qu’aurait prononcée Van Gogh. Maurice Pialat la reprend dans À nos amours et Yves Charnet semble vivre avec, dans une mélancolie qui nous atteint ; le propre des textes autobiographiques qui nous touchent est de brasser l’universel. Et Charnet, comme tous ses maîtres, est notre proche ou prochain. Continuer la lecture