« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

Continuer la lecture

« Still the Water », de Naomi Kawase & l’exposition Hokusai au Grand Palais

"Stil the Water", de Naomi KawasePour échapper à l’atmosphère délétère du moment, il faut aller voir l’exposition Hokusai au Grand Palais, puis le film de Naomi Kawase, Still the Water.

Katsushika Hokusai (1760-1849) est sans doute aujourd’hui l’artiste japonais le plus célèbre et le plus exposé dans le monde. Après la belle mais petite exposition au Centre culturel du Marais en 1980 (Le Fou de peinture. Hokusai et son temps), le Grand Palais lui consacre une rétrospective d’une ampleur toute particulière.

De Félix Bracquemond, premier artiste européen à copier des œuvres japonaises, qui reproduit sur un service de porcelaine les figures animales d’Hokusai, à Émile Gallé, en passant par Edmond de Goncourt et Pierre Loti (Madame Chrysanthème, 1887), les artistes et écrivains français ont joué un rôle déterminant dans la redécouverte de son art à la fin du XIXe siècle.

Leur intérêt pour cet artiste alors peu considéré dans son Japon natal a contribué fortement à la diffusion du japonisme dans les arts européens qui ont puisé des motifs dans les quinze volumes de Hokusai Manga pour tant de dessins, d’estampes et d’objets d’art. Les Impressionnistes, les Nabis (Vuillard, Bonnard …), l’Art nouveau recourent aux formats, aux motifs et aux paysages de ce recueil.

Nos élèves, si intéressés par les mangas, ne savent sans doute pas que cette anthologie de croquis conçus comme des manuels à l’usage des jeunes artistes constitue une sorte d’encyclopédie du vivant et de la vie quotidienne du Japon à la fin du XVIIIe siècle. Elle fait l’objet d’une présentation exceptionnelle à l’occasion du bicentenaire de la publication du premier de ses quinze volumes.

Continuer la lecture

Ce que les enfants nous disent de l’école

Adolescents en France : le grand malaise. Enquête Unicef France 2014La grande consultation nationale des 6-18 ans réalisée par Unicef France a livré ses résultats. Ils justifient le titre du rapport : Adolescents en France : le grand malaise.

En révélant en particulier les mécanismes de la spirale du malheur, c’est-à-dire le caractère cumulatif des difficultés, le rapport apporte la preuve que privation et exclusion sociale se conjuguent et renforcent  les inégalités.

L’étude est sur ce point sans appel : elle établit  la corrélation entre quatre types d’intégrations sociales, solidairement réussies ou  problématiques : – intégration dans sa famille, – intégration dans son quartier, intégration dans son école, – et intégration dans  la collectivité.

Ces quatre points sont liés:  si cela se passe bien c’est le cas partout, mais si des problèmes sont repérés ils sont aussi partout. Rien d’étonnant  dès lors à ce que le  rapport entende alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de protéger les enfants et les adolescents, conformément à la convention internationale des droits de l’enfant, établie il y a vingt-cinq ans.
Continuer la lecture

Le rapport de l’Unicef France 2014 fait ressortir le cumul des inégalités vécu par les enfants en situation de privation et le malaise grandissant entre l’enfance et l’adolescence

Unicef 2014Pour la deuxième année consécutive, l’Unicef France a mené une étude d’une ampleur exceptionnelle auprès des 6-18 ans, « Écoutons ce que les enfants ont à nous dire ».

Deux principaux enseignements s’en dégagent, jetant une lumière crue sur la situation des enfants et des adolescents vivant en France : les enfants en situation de privation cumulent les difficultés en matière d’intégration sociale ; par ailleurs, plus du tiers des participants est en situation de souffrance psychologique, et cette proportion augmente avec l’âge, atteignant 43 % chez les plus de 15 ans.

La prévalence des idées suicidaires, de la tentative de suicide et des conduites addictives chez les adolescents est elle aussi d’une ampleur inquiétante.

Continuer la lecture

“Les Combattants”, de Thomas Caillez : le premier amour est un exercice de survie

"Les Combattants", de Thomas CaillezAvec Madeleine et Arnaud, ce ne sera pas « l’amour à la plage » comme le chantait le tube d’un été, fût-ce dans les Landes, sur les berges du lac de Contis où ces deux adolescents entament leur première « lutte ».

« La fille » (jouée par la comédienne, Adèle Haenel, celle-là même qui tenait la dragée haute à Sara Forestier dans Suzanne, 2013) s’est en effet convaincue d’adopter désormais le “mode survie » des soldats de commandos.

« Le garçon » (Kevin Azaïs) a moins de certitudes qu’elle quant à l’avenir apocalyptique du monde et à la nécessité de s’y préparer. De la mort, il n’a en tête, dès l’entame du film, que celle de son père « menuisier » auquel, avec son frère, il aurait tant voulu dédier un cercueil fabriqué dans du vrai bois de pin…

Continuer la lecture

“Boyhood”, de Richard Linklater, le choix de l’ordre du monde

"Boyhood", de Richard Lakleter © IFC Films

“Boyhood”, de Richard Lakleter © IFC Films

Le film de Richard Linklater ne présente pas seulement un réel intérêt esthétique, il offre une vision de l’enfance et de l’adolescence particulièrement originale à laquelle nos élèves seront sensibles, comme nous l’avons été nous-mêmes.

Le film oblige en effet le spectateur à se placer devant les choix des personnages et à s’interroger sur ce qu’il aurait pu faire lui-même, ou même s’il y avait lieu d’agir.

En ce sens, les réactions des adultes et des adolescents font partie du projet du film, au même titre que son absence absolue de jugement par rapport à ses personnages ou son très grand souci d’ouverture.

Continuer la lecture

« Boyhood », de Richard Linklater, un hymne à la vie

"Boyhood", de Richard LinklaterComment traduire Boyhood ?

Le film retrace sur douze ans l’enfance d’un garçon depuis l’âge de six ans jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

Pour réaliser un long métrage de fiction sur l’enfance dans sa globalité, avec ses étapes et ses expériences décisives, le réalisateur Richard Linklater a choisi un procédé déjà employé par le documentaire et par les premières séries américaines du soap opera, et a décidé de filmer l’enfant et sa famille quelques jours par an pendant une longue période de temps.

Au lieu de se focaliser sur un âge précis comme François Truffaut dans Les quatre cents coups par exemple, il a voulu montrer tous les âges de l’enfance chronologiquement et en temps réel. Truffaut a suivi Antoine Doinel toute sa vie et lui a consacré plusieurs films dans lesquels on voit Jean-Pierre Léaud se transformer. Linklater a voulu concentrer en un seul cette évolution.

Continuer la lecture

Contrepoint : “Les Garçons et Guillaume, à table!” de Guillaume Gallienne

"Les garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume GalienneIl faut bien le reconnaître : la transposition au cinéma par Guillaume Gallienne du spectacle qu’il donna sur scène il y a peu se révèle décevante.

Malgré une critique bienveillante voire louangeuse, malgré les vivats de Cannes en mai dernier et malgré une promotion savamment orchestrée.

Les Garçons et Guillaume, à table ! repose sur une idée astucieuse, ambitieuse même – comment un garçon, programmé pour être fille, reconquiert sa masculinité –, mais manque des qualités qui constituent un film : une intrigue, une construction cohérente, des personnages consistants, une utilisation pertinente des ressources de l’image.

Continuer la lecture