“Présidents, poil aux dents ! 150 ans de caricatures présidentielles”, de Didier Porte et Guillaume Doizy

Le dessin satirique est une arme de démolition et le rire peut dénoncer et rabaisser les puissants. Or qui peut-on trouver de plus puissant – du moins symboliquement – que le président de  la République ?

Incarnant la Nation, les chefs d’État ont attiré sur eux de nombreuses charges satiriques. Les caricaturistes s’en donnent en effet  à cœur joie à travers la presse, et aujourd’hui aussi sur Internet, tandis que les autorités ont  parfois recours à la censure.

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Un art de la subversion

Dessin polémique, la caricature ne cherche pas toujours à déclencher le rire, mais elle déforme,  parodie, charge, raille, ridiculise, dénonce une situation ou une personne. Ses trois fonctions de base sont : exagérer, défigurer, accuser. Elle vise donc à mettre en évidence divers caractères physiques ou moraux des personnages qu’elles prennent pour cible et à toucher efficacement ses spectateurs par la rapidité d’exécution du trait et sa force de simplification. C’est un art de la subversion qui déforme, dégrade le modèle, s’attaque à l’homme, à son image, à ses sentiments, à sa politique.

En exagérant les particularités physionomiques des personnages, les caricaturistes les ridiculisent, mais ils révèlent parfois du même coup leur personnalité profonde.  Les éléments du visage : front, œil, nez, bouche, dents deviennent alors des signes symboliques ou métaphoriques.

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Une catharsis collective

L’ex-animateur de l’émission de radio “Le fou du roi”, Didier Porte, écarté de France-Inter en 2010, et Guillaume Doizy, spécialiste de la caricature et déjà auteur de Bêtes de pouvoir en caricature, nous proposent  un livre à deux mains sur les 23 présidents de la République et leurs caricatures. De Louis-Napoléon Bonaparte, le fossoyeur,  à Nicolas Sarkozy, l’hyper bling-bling, chacun a droit à son épithète satirique, à ses nombreuses caricatures commentées, à son histoire politique et au mot vachard de Didier Porte.

L’ouvrage rassemble une riche documentation qui permet de travailler sur la presse satirique et les procédés de la caricature, l’histoire de la presse et l’histoire politique… Et les derniers mots de l’ouvrage donnent à réfléchir :

« Par leur manière de faire rire de tout et de souligner les humaines faiblesses de celui qui nous gouverne, ne le rendent-elles pas sympathique ? Catharsis collective haute en couleur, la caricature donne au public le sentiment de dominer les puissants, mais dans l’instant du rire seulement. »

Daniel Salles

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• Didier Porte, Guillaume Doizy, “Présidents, poil aux dents ! 150 ans de caricatures présidentielles”, Flammarion, 224 p., 2012.

L’éducation aux médias dans les Archives de “l’École des lettres” : inscrire le mot “médias” dans la case Recherche.

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