“Une histoire d’hommes”, de Zep, entre histoire du rock et confession intime

zep-une-histoire-d-hommesZep, le créateur de Titeuf, le gamin à la mèche le plus célèbre des cours d’école, signe avec Une histoire d’hommes, publié à la rentrée par la toute nouvelle maison d’édition Rue de Sèvres, filiale de l’école des loisirs, sa première bande dessinée adulte.

Cette Histoire d’hommes, c’est celle d’un groupe de rock, ou plutôt d’une bande de copains rockeurs qui naviguent encore entre amateurisme et profession-nalisation. Une histoire que l’on imagine très personnelle car on connaît le goût de Philippe Chappuis, dont le pseudonyme de Zep est un hommage au groupe Led Zeppelin, pour le rock à décibels.

Une histoire d’hommes est d’ailleurs dédié à ses différents groupes : Cap Lib, Titi & The Raw Minets, Zep’n’Greg, Bluk Bluk, Alice in Kernerland…

.

Rock et bande dessinée

L’histoire du rock semble parfaitement convenir à la mise en bandes dessinées. Depuis quelques années, nombre de dessinateurs, également musiciens ou amateurs de rock, mettent en dessins leurs artistes favoris. Charles Berberian commente avec l’enthousiasme du fan et du musicien ses chansons et chanteurs favoris dans sa Playlist ; Bourhis écrit une histoire du rock à la fois subjective et érudite avec Le Petit Livre rock ; Jean-Christophe Menu expose, dans Lock Groove Comix, son rapport très intime au rock, avec l’humour parfois grave qui le caractérise ; Stefmel et Luz mêlent leurs talents respectifs de photographe et de dessinateur et proposent un projet original, Trois premiers morceaux sans flash, en référence aux autorisations accordées aux photographes de concert. Et la liste n’est pas exhaustive !

 

Une enquête psychologique mêlant fiction et réalité

zep-par-isabelle-franciosa

Zep, par Isabelle Franciosa

Comme dans toutes les histoires de groupes de rock qui se respectent, il sera question, dans la nouvelle BD de Zep, d’amitié, de chance, de rencontres, d’amours décomposées-recomposées. La vieille histoire, Sex & drugs & Rock & Roll, de Ian Dury and the Blockheads, toujours renouvelée. Zep construit la sienne comme une enquête psychologique, dévoilant progressivement et avec subtilité la personnalité de chacun des membres des Tricky Fingers, un groupe jadis promis à un bel avenir et dont seul le chanteur Sandro est devenu une star. Tricky Fingers, comme un souvenir de l’album mythique des Rolling Stones en 1971, Sticky Fingers.

Autre réminiscence, le couple, indissociable dans l’histoire du rock, du chanteur et du guitariste : à la suite des Jagger/Richards, des Morrissey/Marr, des frères Gallagher et, bien sûr, de Robert Plant et Jimmy Page au sein de Led Zeppelin, Zep immortalise Sandro et Yvan dans son histoire du rock. Il peut être amusant de relever les allusions au rock anglo-saxon des années 1990.

On reconnaîtra, au détour d’une case, Pulp & Suede sur les murs des studios de la BBC, ou Beck, qui remplacera les Tricky Fingers, incapables d’assurer le show proposé par le producteur Jools Holland, véritable figure des émissions musicales de la télévision anglaise depuis 1992. Zep mêle ainsi fiction et réalité pour livrer le secret d’une réussite dans le milieu du rock, qui tient aussi bien à la volonté qu’à la chance.

Un scénario parfaitement construit

Vingt ans après la dissolution du groupe, les anciens Tricky Fingers se retrouvent dans le manoir anglais de Sandro, leur leader et chanteur devenu rockstar. Ce sera l’occasion de revenir sur les circonstances de leur séparation et de faire, pour chacun, le point sur sa vie actuelle. Zep détourne habilement le traditionnel gaufrier pour lui préférer des cases au contour effacé qui permettent d’évoquer aussi bien le présent que le passé.

La narration est judicieusement servie par une mise en couleurs minimaliste : un décliné de couleurs froides qui donne une tonalité mélancolique, voire éthérée, à un récit peuplé de fantômes. L’auteur n’hésite pas à utiliser un bord aux contours brossés pour créer des raccords proches du fondu enchaîné, soulignant l’aspect cinématographique d’un scénario parfaitement construit entre flash-backs et tensions narratives.

La vie est un labyrinthe aux multiples issues

Une histoire d’hommes peut être lu comme un huis clos. Tout commence dans l’espace clos d’un avion et l’essentiel de l’histoire se déroule dans un manoir – nombre de groupes de rock ont souffert de la promiscuité imposée par la vie de groupe. Un dessin réaliste aux traits souples colle à l’évocation des tourments intimes de chaque ex-Tricky Fingers. Jusqu’à la dernière et belle image, qui nous rappelle que la vie est un labyrinthe aux multiples issues.

En osant la fiction plutôt que l’érudition rock, Zep propose une histoire sensible où l’on constate que les récits d’apprentissage ne sont pas l’apanage des romanciers. Une réussite qui le fait définitivement rentrer dans la cour des très grands.

Marie-Hélène Giannoni

exposition-ZEP-2013

Affiche de l’exposition
consacrée à Zep

• Zep, “Une histoire d’hommes”, Rue de Sèvres, 2013, 64 p., parution le 11 septembre 2013.

• La galerie Barbier et Mathon expose les planches originales et les travaux préparatoires d’ “Une histoire d’hommes” (esquisses, story-boards, premières versions dessinées) du 12 septembre au 2 octobre 2013, de 14h à 19h 30.

Galerie Barbier et Mathon,
10, rue Choron, 75009 Paris,
métro Notre-Dame-de-Lorette.

Vidéo : Zep au Journal de 20h sur TF1, le 29 août 2013.

Zep, invité du Grand Journal de Canal + le 18 septembre 2013.

zep-une-histoire-d-hommes

• Le site zep-unehistoiredhommes.com
permet de feuilleter l’album, de connaître le calendrier des rencontres signatures, et de découvrir une revue de presse exhaustive.

• La page Facebook de Rue de Sèvres,
l’éditeur d’ “Une histoire d’hommes”.

• La pafe Face book de Rue de Sèvres…

Print Friendly, PDF & Email

1 réflexion sur « “Une histoire d’hommes”, de Zep, entre histoire du rock et confession intime »

  1. Merci pour ce bel article.
    C’est bien qu’un artiste comme Zep sache se remettre en question après le succès de Titeuf. Il aurait pu se cantonner à cette étiquette. Je ne l’ai pas encore lu mais il semble que le graphisme n’a rien à voir avec ce qu’il fait d’habitude.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *