« Louisa May Alcott ou la véritable histoire de Josephine March », de Charline Bourdin

Louisa May Alcott ou la véritable histoire de Josephine MarchLouisa May Alcott fait partie de ces auteurs dont l’existence et l’œuvre sont dissimulées par un titre, comme une sorte d’arbre qui cacherait la forêt. En ce qui concerne Louisa Alcott, c’est évidemment Little Women (connu dans les pays francophones sous le titre des Quatre Filles du docteur March) qui constitue l’arbre facétieux.

Avec cet essai, publié aux Éditions du Devin, Charline Bourdin nous éclaire avec justesse et empathie sur le destin de cette fille de pasteur que tout prédestinait à l’écriture et qui sut accomplir sa vocation de façon résolue, dépassant aussi bien les espérances de ses proches que ses propres ambitions.

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Une intrigue domestique qui a fait le tour du monde

La première partie de l’essai retrace la biographie de Louisa. Le lecteur qui a aimé Les Quatre Filles du docteur March y découvrira les fondements autobiographiques d’une intrigue domestique qui a fait le tour du monde. Les aventures des quatre sœurs March dissimulent (ou révèlent, selon le point de vue) la vie des quatre sœurs Alcott, et il est bien possible, comme le suggère le père March dans le deuxième tome de la saga, que le succès soit lié aux accents de vérité qui émanent de l’œuvre.

Les deux personnages les plus intéressants du roman sont évidemment Jo, porte-parole de l’auteur et Amy (May) qui, comme son personnage, devait devenir peintre. Charline Bourdin consacre un chapitre à cette figure un peu oubliée de l’histoire des arts, dont John Ruskin lui-même devait reconnaître le talent. Le lecteur curieux pourra visiter le blog de l’auteur (Under the lilacs) pour voir une reproduction de l’une des ses meilleures œuvres, La Négresse.

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Louisa May Alcott a fait entrer la femme
dans les lettres américaines

L’essai de Charline Bourdin a, par ailleurs, le mérite d’évoquer le milieu culturel et artistique dans lequel a grandi et s’est épanouie Louisa Alcott. Son père, Bronson Alcott, est un pédagogue reconnu qui avait tenté d’imposer dans l’Amérique puritaine des méthodes éducatives inspirées de Johann Heinrich Pestalozzi qui scandalisèrent les bonnes âmes de l’époque.

On trouve un écho de ces méthodes dans le troisième tome de la saga March. Bronson était également l’ami de Ralph Waldo Emerson, le père du transcendantalisme, pour lequel Louisa éprouva, semble-t-il, un amour de nature platonique.

Cet environnement stimulant explique sans doute la modernité de Little Women, faite d’un étonnant syncrétisme qui marie le protestantisme de Bunyan, les idées pédagogiques paternelles et la revendication toute féministe de son auteur.

Cet essai comble donc un manque certain – il n’existait à ce jour aucune biographie en français de Louisa Alcott – et permettra aux amateurs d’un roman culte de rencontrer enfin son auteur, une dame courageuse et déterminée qui fit entrer avec fracas et brio la femme dans les lettres américaines.

Stéphane Labbe

L’École des lettres a consacré un dossier à la traduction par Malika Ferdjoukh de Little Women, plus justement rebaptisé Les Quatre Filles du pasteur March.

• Charline Bourdin est aussi la créatrice du premier site francophone consacré à Louisa May Alcott : http://louisamayalcott.wifeo.com/

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