« Darnand. Le bourreau français », de Bedouel et Perna, tome 3

Le troisième volume de la bande-dessinée consacrée à la vie de Joseph Darnand intitulée Darnand. Le bourreau français vient de paraître aux éditions Rue de Sèvres. On suit dans ce dernier épisode la chute du créateur et chef de la Milice entre mars 1944 et son exécution le 10 octobre 1945.

La collaboration de Darnand avec l’armée allemande se solde par la liquidation de la Résistance sur le plateau des Glières durant le mois de mars 1944. La Milice déploie alors près de 700 « francs-gardes » pour environ 3 000 soldats allemands, chasseurs de montagne.

Si l’ancien combattant, héros de Verdun, semble vouloir limiter la violence de l’engagement et de la répression (« La plupart de ces hommes ne sont pas communistes… c’est un maquis gaulliste » (p. 5), plus de cent maquisards seront tués et cent vingt faits prisonniers.

Ange, le compagnon d’arme de Darnand durant la Grande Guerre, passé du côté des Alliés, y est blessé à la tête, soigné puis caché dans une abbaye. Le retour à la vie est synonyme pour lui de confrontation avec son histoire, en miroir de celle de Darnand. La quête de vérité et de rédemption d’Ange Servaz conduit le lecteur sur les pas des derniers mois de la guerre de Darnand et de celle de Marcel Gombert, son plus fidèle acolyte, aussi violent que meurtrier. Ce dernier sera fusillé en 1947. Les derniers instants de Darnand, soutenu par le prêtre Bruckberger (qui témoigna en sa faveur lors de son procès), renvoient à l’histoire tragique de la France de l’entre-deux-guerres et de la tentation fasciste.

« Darnand. Le bourreau français », de Bedouel et Perna, t. 3, page 35 © Rue de Sèvres, 2019

Les auteurs poursuivent par là leur œuvre réflexive autour des choix et des valeurs qui peuvent conduire des héros à devenir des bourreaux sans aucun état d’âme, sinon celui d’avoir au contraire défendu jusqu’au bout les bons idéaux. « Vous leur direz bien qu’y est allé librement ! Je suis libre ! », s’exclame Darnand en étant conduit au poteau d’exécution (p. 51). Si la haine est un puissant moteur chez Darnand, c’est aussi de la conception de la liberté qu’il est question. Elle passe alors pour les nationalistes et fascistes français par la destruction du communisme et une Europe allemande, capable de contrer l’Armée rouge.

En cela, nous retrouvons la position de certains témoins du film documentaire Le Chagrin et la Pitié réalisé par Marcel Ophuls (1971), consacré à la ville de Clermont-Ferrand pendant la Seconde Guerre mondiale. Christian de La Mazière, ancien membre de la division SS Charlemagne, y parle de son engagement militaire nazi, justifiant son parcours par la haine du communisme.

Jusqu’au bout l’engagement dans la collaboration animera l’action du chef de la Milice. Après la libération de la France, les miliciens se replient en Allemagne. Darnand participe à Sigmaringen au gouvernement en exil de la France vichyste. Écarté par Hitler des premières places au profit d’autres collaborationnistes comme Jacques Doriot ou Fernand de Brinon, Joseph Darnand, après être passé par la division Charlemagne, part combattre avec une partie de ses miliciens en Italie. Il est défait à Tirano (province de Sondrio, dans la région Lombardie) par les partisans et échappe de peu à la mort en abandonnant ses derniers hommes prisonniers.

« Darnand. Le bourreau français », de Bedouel et Perna, t. 3, page 25 © Rue de Sèvres, 2019

Après avoir réussi à se cacher deux mois avec le soutien de l’Église,  il est finalement arrêté le 25 juin 1945 par les Britanniques et transféré à la prison de Fresnes. Jugé le 3 octobre, condamné à mort, il est fusillé le 10 du même mois, cinq jours avant Pierre Laval, ancien chef du gouvernement de Vichy qui voulut lui aussi la « victoire de l’Allemagne », comme il l’affirma le 22 juin 1942 à la Radio de Vichy.

À l’image des deux premiers volumes, cette dernière contribution conserve une grande puissance visuelle évocatrice, grâce à un dessin au trait sûr, un séquençage quasi cinématographique d’une grande qualité et à des dialogues qui laissent une grande place à la réflexion historienne et civique. Ainsi, la compromission du pouvoir politique peut-elle détourner les hommes héros de leur destin (p. 35). Les trois magnifiques couvertures retenues résument à elles seules le parcours de ce héros de la Première Guerre mondiale, devenu l’un des principaux bourreaux français de la Seconde. De quoi nourrir un travail d’enquête en classe, alliant arts plastiques, lettres et histoire, au profit d’un solide parcours citoyen.

Alexandre Lafon

• « Darnand. Le bourreau français », de Bedouel et Perna , tome 3, éditions Rue de Sèvres, 2019.

• Voir sur ce site : « Darnand. Le bourreau français », de Bédouel et Perna, tomes 1 et 2, par Alexandre Lafon.

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