« À nous de jouer ! », de Stéphane Hessel

stephane-hessel-a-nous-de-jouerAu moment même où, à plus de quatre-vingt-quinze ans, le très jeune Stéphane Hessel décidait de prendre congé de la vie, les éditions Autrement faisaient paraître un opuscule, qu’on déclarera posthume, dans lequel l’auteur du fameux Indignez-vous ! donnait quelques pistes pour passer à l’action et affronter la crise économique et financière qui bouleverse le monde.

L’ouvrage, assez disparate et traduit de l’allemand, est composé de quatre parties précédées d’une courte préface à l’édition française. D’abord, une présentation générale due à Roland Merk, écrivain et journaliste se partageant entre Bâle et Paris ; puis la retranscription du discours prononcé à Zurich le 27 octobre 2011, sous le titre « Appel aux indignés de cette terre » ; suit la discussion avec le public dirigée par le journaliste André Marty ; enfin, un dialogue assez consistant avec Roland Merk intitulé : « Ayez de la compassion ! Au seuil de la société mondiale. »

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Un nouveau mode du « vivre ensemble »

Le propos reprend et prolonge les précédentes publications de Hessel avec, comme originalité formelle, un contact direct avec le public, sensible au charisme personnel de l’orateur et à sa voix douce, et, comme nouveauté dans le contenu, la prise en compte de ce que l’on a nommé  le « Printemps arabe » (moins prometteur qu’on ne l’a cru), l’approfondissement de la question palestinienne et l’introduction d’une nouvelle notion susceptible de relayer la phase d’indignation, la « compassion ». Cet élément est essentiel aux yeux de l’ancien déporté qui explique : « Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce sont des qualités humaines comme la participation, la pitié, l’empathie, la compréhension, bref les forces solidaires de l’humanité. »

Il est donc urgent d’inventer un nouveau mode du « vivre ensemble » qui intègre les différentes civilisations, respecte les particularismes culturels, maîtrise les technologies, préserve l’environnement, accepte la règle du partage. En matière économique, il serait temps d’oublier Milton Friedman et les thèses néolibérales de l’école de Chicago au profit d’un keynésianisme adapté aux circonstances.

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“Résister pour créer sans cesse,
et créer pour résister sans cesse”

Politiquement, il faut repenser une société mondiale disposant d’institutions propres « qui soient légitimées sur le plan international » par une autorité comme les Nations unies. Moralement, il convient de créer de nouveaux rapports entre les êtres et, pour espérer changer le monde, accepter de s’engager, via des ONG, par exemple – formes moderne de contre-pouvoirs –, mais également par un investissement personnel.

Dans ce monde interdépendant, chaque individu est un créateur et « il doit résister pour créer sans cesse, et créer pour résister sans cesse ».

Dans ces paroles à portée testamentaire, la dimension utopique et faustienne n’est pas absente. Elle s’accorde aux valeurs qui ont dirigé les combats menés avec ardeur par Stéphane Hessel ces dernières années : l’optimisme, l’espoir (le « principe espérance », dirait le philosophe) et, au-dessus de tout, l’amour de l’humanité. Une leçon d’humanisme qui résonne au-delà de la voix qui s’est éteinte.

Yves Stalloni

 

• Stéphane Hessel, « À nous de jouer ! », Autrement, collection « Haut et fort », 2013.

 • Lire sur ce blog : Adieu à l’Indigné, par Yves Stalloni.

 

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