Un projet européen : quel intérêt pour l’enseignement ?

Un projet européen : quel intérêt pour l’enseignement ?Le programme européen Erasmus a connu une évolution notable au fil des ans ; de projet parallèle à l’enseignement scolaire qu’il a été au début de son existence, il est devenu aujourd’hui une aide très utile pour les enseignants, car il s’adosse aux programmes, aux grands axes éducatifs européens et permet de construire chez les élèves de vraies compétences, par des voies autres que scolaires et avec une plus grande liberté.

D’Erasmus à Erasmus +, le programme s’est rapproché de l’école, et a proposé à celle-ci d’autres voies pour parvenir aux objectifs qui lui sont assignés.

Mais pour quelles raisons concevoir un projet européen ? Que peut apporter celui-ci aux élèves et enseignants ?

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Permettre l’acquisition des compétences de base

Celles-ci font partie des priorités sectorielles, c’est-à-dire celles qui sont essentielles pour qu’un projet soit accepté). De façon ludique, les élèves pourront travailler à la maîtrise de ces compétences dans des situations autres que la situation de classe classique. Le programme offre aussi l’opportunité aux enseignants de découvrir de nouvelles pratiques qui fonctionnent bien dans les différents pays, d’enrichir ainsi leurs propres pratiques et d’ échanger avec leurs collègues européens, afin que leurs élèves puissent bénéficier d’un enseignement toujours plus efficace.

 

Rendre l’élève actif et lui faire mobiliser ses savoirs et savoir-faire
pour la réalisation de tâches complexes

Ainsi en est-il des nombreux projets européens dont l’objectif final est de produire une œuvre finale commune, une œuvre d’art, une publication, un cours en ligne, par exemple …. Ces projets permettent aux enseignants de proposer des activités dans lesquelles l’élève est réellement actif. Il s’agit là de vraies tâches complexes, comme le préconise le Socle commun des connaissances et des compétences. Il est parfois difficile de trouver, tout au long de l’année, des tâches complexes à proposer aux élèves : les projets européens pallient cette difficulté.

 

Faire travailler les élèves en groupe

Comme les projets aboutissent le plus souvent à la réalisation d’un produit final « livrable » et susceptible d’être partagé, celle-ci demande un travail de groupe dans lesquelles l’investissement de tous est requis pour que la réalisation finale soit satisfaisante. Le projet permet de mettre en place une authentique situation de travail de groupe, non pas pour produire un travail qui sera remis au sein de l’institution scolaire, mais un travail qui va être évalué par d’autres pays, d’autres adultes, d’autres institutions que l’institution scolaire. Ce travail de groupe préfigure celui que les élèves seront amenés à réaliser dans leur vie d’adulte et s’appuie sur la responsabilité de chacun. Nous voyons combien ces projets européens proposent aux enseignants des situations et des activités plus authentiques que celles de la vie de la classe, et leur permettent de mettre en place les préconisations du Socle et des programmes.

 

Développer une vraie créativité

Cette créativité sera une qualité essentielle dans le monde de demain. Le programme européen Erasmus + laisse aux équipes toute latitude pour imaginer des situations nouvelles, créer des activités et des productions finales originales. L’originalité est un critère d’évaluation des projets, ce qui  incite les porteurs à explorer toutes les possibilités. L’on a reproché à l’éducation française de construire des élèves sachant reproduire ce qui est demandé mais sachant peu innover : les projets européens offrent la possibilité aux enseignants de créer des situations pédagogiques innovantes, laissant une large part à l’initiative personnelle des élèves. Cette compétence à répondre à la nouveauté est une de celles requises par PISA et dans laquelle les élèves français ont obtenu de faibles résultats. Porter un projet européen peut être permettre de développer cette compétence.

 

Travailler en interdisciplinarité

Cela, de façon authentique aussi. C’est une dimension qui mérite d’être soulignée : souvent, en classe, il est difficile de trouver de vraies tâches complexes, dans le quotidien de sa vie d’enseignant, de créer de vraies situations de travail de groupe, avec un véritable besoin de l’investissement de tous, et de vraies situations pédagogiques et didactiques relevant de l’interdisciplinarité. Le programme Erasmus + offre cette possibilité. Pour l’interdisciplinarité, qu’il s’agisse de construire un véritable avion, de taille réduite mais fonctionnant réellement, ou de créer un MOOC (cours en ligne), les différentes disciplines sont obligatoirement sollicitées, et les élèves ont besoin de manifester de vraies compétences dans chacune d’elles pour que le projet puisse être réalisé.

 

Apprendre d’autres langues

Même si l’anglais est la langue utilisée dans une partie des projets, elle n’est pas la seule, et les porteurs sont attentifs à conserver la diversité des langues en Europe. Les projets permettent aux élèves de développer de nouvelles compétences linguistiques, grâce à une sensibilisation à ces diverses langues.  En communiquant entre eux, en travaillant ensemble, en se déplaçant durant les mobilités, les élèves se servent de ces langues et développent de vraies compétences langagières, dans des situations authentiques.

 

Permettre la mobilité

Même si la mobilité des élèves n’est pas automatiquement requise dans le nouveau programme, elle reste très présente cependant, permettant aux jeunes de se familiariser avec cette idée: on peut aller dans un autre pays pour trouver du travail, pour faire ses études.

Déjà requise dans bien des secteurs, cette mobilité sera un élément essentiel pour entrer dans le marché du travail de demain. Le programme Erasmus est un moyen parfait pour conduire les élèves, depuis leur plus jeune âge, à parcourir le monde et se familiariser avec cette idée de mobilité.

 

Découvrir de nouvelles cultures

Que les échanges soient réels ou virtuels (avec Etwinning, par exemple), les élèves rencontrent d’autres jeunes en réalisant ces projets, et sont sensibilisés à leur culture. Les ressemblances et les différences dans les façons de vivre, de penser, apparaissent ; et comme ces groupes d’élèves de différents pays sont liés par un même objectif final, les stéréotypes cèdent le pas à des relations plus vraies, à une amitié, souvent, et à un véritable intérêt pour l’Autre. Les élèves apprennent ainsi à travailler ensemble dans des groupes multiculturels, compétence capitale dans le monde de demain.

Le programme Erasmus n’est donc pas détaché des préoccupations des enseignants. Bien au contraire, il sert celles-ci en leur offrant des modalités nouvelles et une grande liberté. 

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Développer la coopération entre enseignants

L’OCDE a rappelé la nécessaire évolution des pratiques des enseignants et de leur accompagnement. Rencontrant une des finalités des nouveaux programmes, le programme Erasmus + permet aux enseignants de travailler ensemble et de créer des liens entre différents secteurs.

L’OCDE a révélé que les enseignants français, contrairement à ceux d’autres pays, bénéficiaient de peu d’aide,  notamment de la part de leurs directeurs et de leurs collègues. Il est fort rare qu’un enseignant, en France, avoue ses difficultés et vienne voir comment travaille un de ses collègues. Le ministère a voulu insuffler ce changement dans les nouveaux programmes, avec les EPI, par exemple, qui s’expliquent essentiellement par cette recommandation de l’OCDE : faire travailler les enseignants ensemble.

Lorsqu’un établissement porte un projet, différents enseignants y sont impliqués ; ils œuvrent nécessairement ensemble dans ce cadre, et de fait, un échange de « bonnes pratiques » s’établit. Le programme Erasmus + est donc un moyen très efficace de permettre ce travail conjoint, de développer de nouvelles compétences chez les enseignants et une formation « continue » sur le terrain.

 

Ouvrir l’école sur le monde

Pour former les élèves de demain, il est demandé au système scolaire de s’ouvrir au monde. Les projets peuvent se réaliser entre écoles mais aussi avec différents autres secteurs (associations, entreprises, enseignement supérieur…).  Ils permettent à l’école de découvrir ceux-ci, d’explorer de nouvelles modalités de coopération avec eux, et ouvrent ainsi les élèves à d’autres réalités, à d’autres exigences qui les préparent à leur vie de demain.

Nous voyons donc tout l’intérêt que constitue un portage de projet pour un établissement scolaire. Bien loin d’être un projet en plus, celui-ci trouve toute sa place dans les écoles et répond aux attentes des enseignants ainsi qu’aux préconisations des programmes. Il permet aussi un vrai enrichissement des enseignants tout comme des élèves et prépare ces derniers à entrer dans le monde à venir.

Viviane Devriésère, vice-présidente d’Éval-UE

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• Voir sur ce site : Quelles compétences développer chez les élèves pour le monde de demain ? par Viviane Devriésère.

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