Récompensé !

Il n’y a pas à dire, dans ces temps étranges, deux professions qui hier encore étaient négligées se couvrent jour après jour de la reconnaissance de tous : les soignants et les enseignants.

Certes les enseignants ne sont pas en première ligne, ne risquent pas leur vie pour sauver la nôtre, mais quand même, la très forte mobilisation des professeurs depuis le début du confinement a suscité, et suscite encore, étonnement et respect.


Aussi ne boudons pas notre plaisir si cette semaine des remerciements nous sont venus d’un peu partout, parents, chefs d’établissements, ministère, élèves parfois même, comme si la société entière jugeait enfin positivement l’action des professeurs, leur rôle éducatif irremplaçable, leur dévouement généreux et leur foi en l’instruction des jeunes et des enfants. Mieux encore, tout se passe comme si autour de cet engagement des profs, les médias, les institutions, les industries des loisirs, tous voulaient, en cette période, contribuer à cet élan d’éducation polymorphe.

Loin de vivre ce temps comme un temps d’illusion, une parenthèse dorée dans un contexte professionnel morose, il faut le regarder comme un moment de vérité où la profession enseignante se donne à voir nue, les armes déposées, les griefs mis de côté, offrant alors le visage oublié de la vocation, de la mission et de la solidarité.

Enseigner à distance ne va pas sans maladresses, sans difficultés, sans échecs même, et surtout sans effets indésirables (le creusement des inégalités), mais eu égard à leur travail, les enseignants en grande majorité ont de justes raisons de voir leurs efforts salués. À ce titre, la décision d’annuler les épreuves du bac pour leur substituer un contrôle continu appuyé sur les bulletins des trois trimestres et les moyennes de toutes les matières peut être considérée comme une marque de confiance envers le travail permanent des enseignants, une récompense de leur pédagogie régulière, un espoir même pour une résolution plus réaliste du conflit en suspens des E3C.

L’école à la maison est loin d’être finie et les enseignants vont pouvoir des semaines encore faire usage de leur liberté pédagogique. Chacun ressent bien, quelle que soit sa place dans le système éducatif, que ce confinement est une occasion de faire un bilan de ce qui marche et ne marche pas dans sa pratique d’enseignement, dans les rapports parents-milieu scolaire ou les rapports enseignants-hiérarchie administrative ou pédagogique.

Nul ne souhaite que ce temps expérimental s’éternise, mais nul ne désire non plus que ses efforts restent sans lendemain.

Pascal Caglar

Voir les deux précédents billets de Pascal Caglar :

Débordé !

Dégrisé !

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