Prépas, les mal-aimées ?

La réforme du statut des professeurs de classes préparatoires conduisant à travailler plus pour gagner moins en intégrant les heures sup dans les ORS et en augmentant  la charge de travail est  en train de passer dans l’indifférence générale, voire avec l’approbation tacite d’une partie du corps enseignant et la majorité de l’opinion publique.

L’image de “privilégiés” leur colle à la peau depuis Claude Allègre, et, en temps de crise, toucher à leur situation n’est que justice. Ne sont-ils pas des profs comme les autres? Enseigner au collège ou en classe préparatoire, n’est-ce pas  accomplir le même métier ? Les difficultés ne sont-elles pas présentes partout? La solidarité ne doit-elle pas jouer? Etc.

Abandonnés des centaines de milliers d’enseignants du secondaire et des dizaines de milliers d’enseignants du supérieur, les quelque sept mille professeurs de classes préparatoires ne font pas le poids.

 

Ils ne font pas le poids, et pourtant…

Ils ne font pas le poids et pourtant ce sont eux qui forment tout ce qui pèse et qui compte dans la société, ces élites qui sortent des grandes écoles et dont la nation est si fière.

Ils ne font pas le poids et pourtant ce sont eux qui donnent de la valeur à la recherche universitaire en relayant les travaux des spécialistes dans leur enseignement et constituant, de fait, le premier lectorat de l’université.

Ils ne font pas le poids mais ce sont eux qui donnent du crédit et de la qualité aux concours de l’Éducation nationale en assurant les missions de membres du jury aux CAPES et à l’agrégation.

Ce sont eux encore qui donnent de l’autorité et de la fiabilité au marché de l’édition scolaire et parascolaire français, accompagnement indispensable des pratiques enseignantes.

Et c’est bien d’eux dont un élève d’école de commerce disait à propos des frais de scolarité de son école : “Si votre enseignement coûte 11 000 euros par an, combien devrait valoir celui reçu en prépa ?

Le travail n’est plus un défi, une valeur

Dans le fond, ce qui dérange chez eux, c’est la valeur attachée au travail – au leur et à celui de leurs élèves. Ce que leur dénie cette réforme, c’est la réalité de leur préparation, lourde et exigeante. Ce qui est offensant pour eux, c’est de ne plus être reconnu et encore moins soutenu par leur ministère.

L’enseignement, à tous les niveaux aujourd’hui, veut éviter le mot travail. Le travail n’est plus un défi, une valeur. Les enjeux sont autres : pédagogiques (l’élève au centre des apprentissages), économiques (contrôler les coûts du système), idéologiques (égalité des chances et des réussites).

Honneur à ceux qui donnent du plaisir aux élèves et non à ceux qui donnent du labeur. Honneur à ceux qui parlent problèmes sociaux, et non à ceux qui parlent problèmes intellectuels. Honneur à ceux qui encensent la jeunesse et non à ceux qui évaluent celle-ci et la font progresser.

A-t-on donné la parole à ceux qui sortent de prépa ?

Du reste, a-t-on donné la parole à ceux qui sortent de prépa ? À ceux qui intègrent, à ceux qui poursuivent en faculté? À ceux qui “cubent”, à ceux qui se réorientent? Sont-ils si nombreux à regretter leurs années de prépa ? Sont-ils si nombreux à faire le procès de leurs professeurs ?

Mais non, on n’entendra rien, ni personne. Seulement la musique que chacun a déjà dans l’oreille et que réorchestrera le ministère : mettre les profs au travail, mettre l’accent sur le primaire, le collège, mettre en avant la solidarité…

Et chacun se réjouira de voir enfin les “avantages” des profs de prépa rabotés sans se soucier que demain ce seront les agrégés qui seront sur la sellette, puis l’ensemble des enseignants qui connaîtront une révision de leurs services (lire ci-dessous le rapport de la Cour des comptes).

Souhaitons que le dialogue et les décisions appelés par cette réforme, quelles qu’en soient les finalités, manifestent constamment le respect dû à tous les professeurs, du primaire au supérieur.

Pascal Caglar

 

Voir la pétition unitaire Classes préparatoires aux grandes écoles.

La réforme des décharges horaires dans le Monde.

Le rapport de la Cour des comptes : Gérer les enseignants autrement

La Cour des comptes a rendu public, le 22 mai 2013, le rapport “Gérer les enseignants autrement”. La loi fixe à l’école l’objectif de réussite de tous les élèves. La façon dont les enseignants sont employés, affectés et soutenus est l’un des leviers d’actions les plus importants pour y parvenir.La Cour a analysé dans ce contexte la gestion de l’ensemble des enseignants, du 1er et du 2nd degré, des secteurs public et privé sous contrat.

Au terme de son enquête, elle développe quatre axes de recommandations :

1.  Redéfinir le métier enseignant en adaptant en particulier les obligations réglementaires de service ; 

2.  Mieux valoriser les ressources humaines, au niveau individuel et des équipes ; 

3.  Affecter les enseignants en fonction de la réalité des postes et des projets d’établissement ; 

4.  Assurer une gestion de proximité.”

Synthèse du rapport de la Cour des comptes.

 

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2 réflexions sur « Prépas, les mal-aimées ? »

  1. Merci à Pascal Caglar pour cette chronique dont l’indignation est justifiée.

    Deux remarques toutefois :

    – Certaines situations de “mandarins” de prépas peuvent se révéler choquantes à une époque où l’on traque les abus et où l’on se soucie d’une meilleure répartition des deniers de l’État. Moins au niveau des services ou des heures sup qu’au niveau des “colles”.

    – Ne vaudrait-il pas mieux, dans un souci d’équité et de lisibilité, reprendre le projet de rapprochement avec l’université, dont les professeurs de prépas sont les plus proches et dont ils partagent certaines mission ? La solidarité avec le “supérieur” donnerait plus de poids à leur légitime protestation. YS

  2. Ceux qui m’ont formée (et qui m’ont donné le goût de la culture, de la littérature), ce sont les professeurs de lycée, pas ceux de prépas. J’espère être une exception, mais j’ai refait en hypokhâgne, “moins bien” les textes étudiés en première… à part en histoire, j’ai trouvé la prépa médiocre. La preuve, je suis passée en khâgne sans me donner trop de mal, et je ne suis pas une surdouée. Certes, je n’étais pas à Henri IV mais dans une prépa “moyenne”, mais j’en suis sortie avec l’impression d’avoir été un peu grugée par des professeurs peu impliqués, peu passionnés, loin de ces louanges et hauts cris que l’on entend partout quand il s’agit de toucher à l’obligation de service. Combien de professeurs de prépa se mettent-ils à temps partiel et accumulent-ils les heures de colles, plus rémunératrices pour arriver à des salaires plus que confortables, surtout si on les compare à ceux des profs non titulaires ou des profs des écoles? Un agrégé de terminale met-il beaucoup moins de temps à préparer et corriger que le même en maths sup ou hypokhâgne? Les élèves de prépas ne sont-ils pas déjà du simple fait de leur acceptation dans ces classes des “élites”, travailleurs et motivés, à mille lieues des élèves difficiles des collèges de ZEP? nombre de questions restent ainsi en suspens…

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