Parcoursup épinglé par la Cour des comptes : une orientation sans boussole ?

Alors même que son ouverture pour l’année scolaire 2019-2020 ne remonte qu’à quelques semaines, la plateforme « Parcoursup » fait l’objet d’une critique étayée de la part de la Cour des comptes dans un document de plus de deux cents pages.

Les « sages » semblent ne pas y retrouver l’instrument d’une orientation égalitaire et choisie vers les études supérieures promise par la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORÉ) de juin 2017.

Une plateforme nécessairement sélective

À partir du moment où chaque établissement universitaire définit une forme de profil type des étudiants susceptibles de les rejoindre dans telle ou telle filière, où il expose les pourcentages de dossiers retenus en fonction des résultats de l’année précédente, il va de soi, qu’on le veuille ou non, que l’on entre dans une logique d’une part de sélection et d’autre part de concurrence. Corrélativement, la transmission du dossier scolaire, bien plus pris en compte par les commissions que la formelle « lettre de motivation », renforce l’impression d’une hiérarchisation des potentiels étudiants.

Pour rappel, la « procédure » invite à la constitution d’un dossier impliquant :

– les bulletins de notes des années de première et terminale et les résultats des épreuves anticipées du baccalauréat ;

– la fiche avenir, qui contient, pour chaque vœu, les notes de terminale, une appréciation du professeur principal sur le profil de l’élève et un avis du proviseur sur la capacité de l’élève à réussir dans la formation demandée ;

– un « projet de formation motivé » pour chacun des vœux émis, qui expose la motivation de l’élève avec un maximum de 1 500 caractères.

Une plateforme prédéterminée ?

Les « sages » ont l’indélicatesse de faire remarquer quelques éléments opaques relatifs au fonctionnement de la plateforme comme le critère de sélection lié aux établissements scolaires de provenance des futurs étudiants. Ainsi, une meilleure transparence quant aux « algorithmes locaux » présidant au moulinage sélectif est chaudement réclamée.

À ce titre, la Cour des comptes rappelle un des axes majeurs de la loi ORÉ : permettre aux élèves boursiers d’une part et à ceux issus d’établissements professionnels d’autre part de poursuivre leurs études universitaires. Or, il s’agit ici d’un point clef des récriminations des « sages » qui, dans le paragraphe suivant, épinglent nettement les failles du système (nous « noircissons ») :

« [Les commissions d’examen des vœux] fonctionnent de manière de plus en plus automatisée, utilisant de façon croissante un outil d’aide à la décision informatique pour effectuer un pré-classement des candidats. Cette situation plaide pour la publication des algorithmes ayant servi à effectuer ces premiers tris. Au-delà, le ministère pourrait utilement publier une analyse des variables clés des classements afin de permettre aux lycéens de mieux préparer leur orientation et leur affectation. Il pourrait saisir cette occasion pour examiner la pertinence de certains critères de classement. En effet, la forte disparité de notations entre les lycées a conduit certaines formations à prendre en compte le lycée d’origine des candidats pour effectuer leur classement, sans que l’objectivité de la méthode retenue ne soit garantie. »

 

Une démarche partiellement accompagnée

Tout en déplorant la forte inégalité des « semaines de l’orientation » dans les établissements secondaires (deux par an en principe), la Cour des comptes fait valoir que, malgré la présence de deux professeurs principaux affectés à chaque classe de terminale, les élèves se disent insuffisamment accompagnés dans leur orientation :

« D’autre part, près d’un tiers des élèves ne bénéficient toujours pas de conseils au moment de leurs choix d’orientation, alors même que leurs deux professeurs principaux ont été chargés de cette mission. »

Sur ce point, il convient tout de même de rappeler deux éléments pragmatiques. D’une part, le nombre d’élèves flirte voire dépasse les quarante dans la plupart des classes de lycée. D’où la difficulté d’individualiser, même à deux, les parcours de recherche de ses élèves. Cependant, comme l’on s’en doute, effectuer des bons choix sur Parcoursup ne devrait pas reposer exclusivement sur les épaules des professeurs principaux. De fait, la navigation sur la plateforme présuppose deux conditions. En premier lieu, un forme de dynamique d’orientation : autrement dit, l’élève a pris en main son « destin universitaire ». En second lieu, un dialogue familial : ce qui implique que l’élève ait réfléchi avec ses parents sur ses possibilités raisonnables d’orientation. Ces deux conditions demeurent à géométrie variable en fonction de la situation sociale des familles :

« De nombreuses familles, notamment dans les milieux les moins favorisés, se reposent entièrement sur les équipes éducatives pour prendre en charge l’orientation de leur enfant. Ainsi, 77 % des enfants de cadres déclarent avoir été aidés par leur famille pour leur orientation, contre seulement 52 % des enfants d’ouvriers. »

L’orientation en amont : là où le bas blesse

« Et maintenant, que vais-je faire ? », on connaît le refrain de Gilbert Bécaud. Pourtant, en matière d’orientation, cette interrogation cruciale, intervient malheureusement bien trop tard, soit de fin janvier à fin mars, pour un encore trop grand nombre d’élèves de terminale. Dès lors, s’il apparaît fructueux de pointer les failles algorithmiques de Parcoursup, il serait beaucoup moins pertinent de faire reposer le gros des problèmes de l’orientation post-bac sur les seules épaules des professeurs principaux des classes de terminale, par ailleurs pas ou peu formés à cette mission comme le relève la Cour des comptes. En effet, le problème qui leur est posé tient au fait que tous les élèves qu’ils ont en responsabilité n’ont pas conscientisé leur projet d’études au moment de l’ouverture de Parcoursup. Cette prise de conscience n’a pas été suffisamment travaillée et réfléchie en amont, soit dès le collège, à l’intersection des années de quatrième et de troisième.

Le fait que des heures d’AP ne soient pas explicitement fléchées « orientation » ou soient de préférence consacrées à du rattrapage disciplinaire en dit long sur la tension qui existe entre la proximité à la fois de l’examen final et du projet d’orientation post-bac. En tout état de cause, la position de la Cour des comptes a le mérite d’interroger fondamentalement la question de l’orientation dans les parcours d’études des élèves hexagonaux. De toute évidence, cette question est loin d’être secondaire dans l’examen d’un système qui, malgré les réformes passées et en cours, reste trop inégalitaire.

Antony Soron, INSPÉ Sorbonne Université

Lire le rapport de la Cour des comptes : Un premier bilan de l’accès à l’enseignement supérieur dans le cadre de la loi orientation et réussite des étudiants (février 2020).

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