Jour de grève

Certes, le manque de moyens n’explique pas tout et les divers problèmes de l’École ne se résoudront pas miraculeusement avec l’augmentation des postes. Certes, nous traversons une période économiquement délicate qui exige que l’on rogne sur les dépenses et cherche à faire des économies.

Certes, le rituel de la grève de rentrée a quelque chose de banalement traditionnel et fait partie du paysage d’automne, comme le jaunissement des feuilles. Une analyse posée et responsable conduit à admettre ces réserves et à se lancer dans le débat avec prudence.

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Des coupes claires dans le budget

Pourtant, si l’on poursuit l’analyse, on constate que le malaise est profond et que les motifs d’inquiétude ou de colère des enseignants sont souvent justifiés. Sur cette fameuse question des postes, par exemple, il est difficile de ne pas partager les préoccupations de la profession. Pour cette rentrée, manquent à l’appel 9 000 enseignants. Pour la prochaine, celle de 2012, la nouvelle charrette concernera 16 000 personnes.

En faisant disparaître d’un trait de plume l’année de stage qui précède l’entrée en fonction des jeunes professeurs, le gouvernement vient de faire l’économie de 16 000 emplois. En quatre ans auront été supprimés, selon les chiffres les plus fiables, 60 000 postes d’enseignants et près de 15 000 emplois administratifs. Difficile de subir de telles ponctions sans de douloureuses conséquences.

Dans sa grande naïveté ou son insolente mauvaise foi, l’Harpagon de Molière réclamait de son domestique qu’il parvienne à faire « bonne chère avec peu d’argent ». C’est un miracle de ce genre que l’on exige des professeurs d’aujourd’hui qui doivent réussir à améliorer les performances de l’école en réduisant les coûts. La position est difficilement tenable, et si le sacro-saint budget de l’Éducation nationale parvient, grâce à ces coupes claires, à être stabilisé, les résultats eux, n’ont pas tardé à révéler les effets de tels choix.

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Situation de la France dans l’OCDE

En voici quelques-uns : presque plus d’enfants de 2 ans scolarisés en maternelle, augmentation des effectifs de deux à trois élèves par classe, ce qui dans le primaire et au-delà de 25, modifie considérablement la relation pédagogique, fermeture de classes, notamment, mais pas seulement,  dans des villages de zone rurale, désarroi des jeunes collègues privés de soutien pour leur début devant une classe, disparition progressive des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED), diminution notable du nombre de psychologues et de médecins scolaires.

Faire fonctionner correctement, dans un pays avancé, une École ambitieuse qui donne sa chance à tous et prépare à une vie active épanouie, est une entreprise naturellement onéreuse. En France, la part du budget consacrée à l’Éducation représente environ le quart des dépenses de l’État, mais nous savons que ce chiffre est en baisse et que, pour ne prendre qu’un exemple, il manque 1 000 euros par élève du primaire et par an pour atteindre la moyenne des pays de l’OCDE.

Une frilosité financière qui explique peut-être les mauvais classements de notre pays par rapport à l’indice PISA (Programme for International Student Assessment) ou encore dans l’étude PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study), une mesure permettant d’évaluer les capacités en matière de lecture et où la France se classe au dernier rang des pays de l’Union européenne

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Rendre aux enseignants leur dignité

Qu’attendent donc les enseignants, du public et du privé, qui ont défilé dans la rue ce 27 septembre ? La récupération, au moins partielle, des postes perdus (certains candidats à l’élection présidentielle s’y sont engagés, mais l’on sait ce que valent les promesses électorales). Mais, plus qu’une augmentation quantitative, ils attendent que l’on introduise dans le système suffisamment de souplesse pour répondre aux situations, souvent dissemblables, en fonction du lieu, du bassin de recrutement, de l’identité de la population scolaire, de la nature et du niveau des enseignements.

Ils espèrent aussi une accalmie dans le ballet des réformes (une par an environ depuis trois lustres), une meilleure concertation en ce qui concerne les décisions importantes, le retour à une formation solide et bien pensée. Enfin, ils souhaitent, chose essentielle, une reconnaissance de leur rôle dans le paysage social, façon de rendre au professeur, souvent brocardé ou remis en cause, sa dignité et son enthousiasme dans l’exercice d’un métier difficile mais toujours passionnant.

Yves Stalloni

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