L’égalité filles-garçons à l’école : peut mieux faire

Egalité filles-garçons, Depp, 2020.

Les disparités filles-garçons ont la peau dure à l’école, même si les filles gagnent du terrain dans les disciplines scientifiques. C’est surtout après le bac que les écarts se creusent. Y compris à l’Éducation nationale où la part des femmes diminue à mesure que les postes et les salaires grimpent. C’est l’occasion de mettre l’accent sur des outils pédagogiques et des points de programmes permettant d’étudier les inégalités.

L’égalité commence à l’école. C’est le rappel essentiel dispensé par le ministère de l’Éducation ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, en publiant son rapport 2021 « Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur ».

« Comme les éditions précédentes, cette étude confirme que les filles réussissent mieux à l’école que les garçons », annonce Jean-Michel Blanquer dans une introduction où il souligne que l’égalité a été déclarée grande cause du quinquennat. Les enseignements des humanités sont toujours plébiscités par les filles mais leur part s’est accrue dans les disciplines scientifiques. En revanche, « elles sont trop peu nombreuses à s’orienter vers les métiers de l’ingénierie et du numérique », déplore le ministre de l’Éducation qui juge « indispensable de lutter contre l’autocensure et d’améliorer l’orientation des filles ».

Au début de l’école élémentaire, les filles ont un niveau équivalent aux garçons en mathématiques et supérieur en français, détaille le rapport de la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEEP). Elles conservent cet avantage par la suite et redoublent moins souvent mais se sentent plus souvent mises à l’écart et victime de violences verbales et physiques que leurs camarades masculins. Au collège, elles obtiennent globalement de meilleurs résultats au brevet, gardent leur avance en français mais reculent en mathématiques. Au lycée, elles sont plus nombreuses que les garçons à choisir la voie générale et technologique. C’est principalement après le bac que les écarts se creusent :

« En dépit de leur réussite scolaire, les femmes se dirigent tendanciellement vers des formations et des spécialités moins valorisées socialement à l’exception de la médecine. En fin de formation initiale, les femmes obtiennent plus souvent un diplôme de l’enseignement supérieur que les hommes. Néanmoins, elles parviennent plus difficilement à tirer profit de leur diplôme. Elles ont plus de difficultés pour s’insérer professionnellement à diplôme égal et accèdent à des niveaux de poste souvent inférieurs à ceux des hommes.»

 

Fortes disparités au sein même de l’Éducation nationale

Ironie du sort, les inégalités ont la peau dure au sein même de l’Éducation nationale. Témoin : le bilan social du ministère selon lequel plus les postes sont certifiés et mieux rémunérés et plus la part de femmes baisse.

« Ainsi on compte 84 % de femmes chez les professeurs des écoles mais seulement 65 % chez les certifiés, résume le Café pédagogique. Cette proportion dégringole à 53 % chez les agrégés et 38 % chez les professeurs de chaire supérieure. Le même mouvement s’observe chez les corps d’encadrement. 51 % des postes de direction sont occupés par des femmes mais on va les trouver davantage sur des postes d’adjointes alors que ceux de proviseurs restent plus fortement masculins. La proportion de femmes diminue au delà : 43 % des Dasen et dasen adjoints sont des femmes et seulement 36 % des recteurs. »

Du côté des salaires, les résultats ne sont guère plus équilibrés : « Dans le premier degré public, le salaire net des hommes est supérieur de 10 % à celui des femmes (6 % dans le secteur privé) et, dans le second degré public, de 8 % (6 % dans le secteur privé) ». Soit : 2 557€ nets mensuels en moyenne chez les professeurs des écoles du sexe masculin, 2 371€ nets pour les femmes. 2 820 pour les certifiés, 2 677 pour les certifiées. Quant à l’écart de prime, il atteint 37 %, les hommes ayant une forte propension à exercer des heures supplémentaires.

Enfin, sur les contenus d’enseignements, « les femmes dominent largement le paramédical (91%), les biotechnologies (85 %), les langues (83 %) , les lettres (80 %), les arts (68 %) et les SVT (66 %). Elles ne sont plus que 44 % des enseignants en maths et 43 % en physique chimie et EPS, 26 % en génie industriel, 15 % en technologie. Leur part dégringole à 9 % en informatique et STI ».

Des outils littéraires et pédagogiques pour étudier les inégalités

Pour remédier à ces disparités de genre, le site « Des outils pour l’égalité entre les filles et les garçons » piloté par le réseau Canopé propose des textes de références, des éclairages historiques et des outils pédagogiques pour  « donner confiance aux élèves ». Une grille d’analyse est présentée ainsi que des pistes par discipline.

En lettres, par exemple, pour les classes de 6e, ces pistes proposent de :

  • « mettre en évidence le rapport femme/homme, dans Les Métamorphoses d’Ovide, par le biais de la psychologie des certains personnages mythologiques ou à travers le thème de l’amour et de sa puissance transgressive (la jeune fille inaccessible, les rivalités amoureuses, les obstacles à surmonter…). »
  • travailler sur « être une femme dans un conte », à partir de textes choisis parmi les contes de Charles Perrault, de Mme d’Aulnoy, des frères Grimm, ou de Hans-Christian Andersen.
  • étudier l’image de la femme comme figure poétique « en partant de poèmes dédiés à des femmes : un rondeau du Moyen Âge (Charles d’Orléans), d’auteurs de la Pléiade (Ronsard), de poètes du groupe Oulipo. ».
  • analyser la place réservée aux femmes chez Molière ou René de Obaldia (Les Bons Bourgeois).

Pour les classes de 5e, le site suggère quatre thèmes :

  • Héros/Héroïnes et héroïsmes » : comment l’amour présente le rôle de la femme dans Lancelot ou le Chevalier à la charrette, de Chrétien de Troyes.
  • « Imaginer des univers nouveaux » : le récit d’aventure est-il une affaire d’homme ?, en prenant appui sur Vingt mille Lieues sous les mers (Jules Verne).
  • « Avec autrui : familles, amis, réseaux » : la question du mariage, la toute-puissance patriarcale et l’enfermement chez Molière.
  • « L’être humain est-il maître de la nature ? » : étude d’images comparées à travers la représentation des époques médiévale et classique.

Pour les classes de 4e, les œuvres proposées pour une étude sur l’égalité entre les filles et les garçons sont : Boule de suif de Guy et Une vie de Maupassant, Madame Bovary de Gustave Flaubert, Thérèse Raquin d’Émile Zola, Indiana de Georges Sand et, du côté de la poésie, les Œuvres de Louise Labé, Poésies inédites de Marceline Desbordes-Valmore, Le Cœur innombrable de Anna de Noailles et les Notes intimes de Marie Noël.

Pour les classes de 3e, à travers les différents enjeux du programme comme « Se raconter, se représenter » ; « Agir dans la cité : individu et pouvoir », pourquoi ne pas étudier un roman contemporain écrit par une femme, invite le site « Des outils pour l’égalité entre les filles et les garçons », tel que Grâce et Dénuement d’Alice Ferney « qui aborde de nombreuses thématiques qui peuvent captiver les adolescents, comme l’illettrisme, l’exclusion, l’importance de l’éducation et les rapports hommes-femmes. »

Pour le lycée général et technologique, le site conseille d’étudier « la figure féminine à travers un roman réaliste ou naturaliste » comme Thérèse Raquin, Nana, ou L’Assommoir chez Zola, et de la confronter à des tableaux de la même époque (Renoir, Monet). Autres possibilités : Georges Sand et la figure romanesque des femmes, L’École des femmes de Molière ou un thème autour de l’image de la femme dans la littérature du XVIe du XVIe siècle au XVIIIe siècle pour « mesurer les écarts entre clichés littéraires et réalité sociale » avec La Fontaine, Les Femmes et le Secret ; Molière, Les Femmes savantes et Montesquieu, Lettres persanes.

Du côté de la voie professionnelle, les propositions tournent autour d’une réflexion sur l’image de la femme dans la publicité ou dans les médias, ou encore sur la manière dont les surréalistes ont bousculé la représentation du corps féminin. Des auteurs contemporains comme Simone de Beauvoir mais Clémentine Autain, Guillaume Camino, Elena Gianini Belotti sont conviés à l’analyse. Et pourquoi ne pas comparer différentes nouvelles de Maupassant : Madame Baptiste, Le Papa de Simon, Ma femme. Pour terminer, le site invite à porter un regard sur l’image de la femme en science fiction, genre littéraire masculin, à associer avec des œuvres cinématographiques. Et de pas citer ce roman de Zola au titre pourtant prédestiné : Au bonheur des dames.

 

Ingrid Merckx

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