Quelle place pour l’émotion dans l’éducation?

Dans les années 90 le livre de Daniel Goleman, L’Intelligence émotionnelle, a popularisé les travaux des chercheurs, psychologues et éducateurs qui mettaient en évidence le rôle majeur que jouent les émotions dans l’acquisition des connaissances, mais aussi dans l’intelligence des comportements sociaux.

Loin d’être ce qui gêne, doit être tenu à l’écart ou, au mieux, négligé dans les situations d’apprentissage, les émotions, bien identifiées, bien contrôlées, bien utilisées facilitent la réussite éducative, améliorent la motivation, la mémorisation et la compréhension. En effet, l’apprentissage ne se fait pas sur un terrain neutre et les états affectifs influent sur les résultats.

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Les expériences du professeur indien Sugata Mitra

Parmi les nombreuses expériences conduites dans cette perspective, le programme The Hole in the wall, du professeur indien Sugata Mitra, a livré des enseignements étonnants. Sugata Mitra s’est occupé à la fin des années 90 du développement de l’instruction dans les zones les plus défaillantes en éducation de son pays. Des ordinateurs connectés à Internet ont été placés dans des murs de certaines ville (d’où le nom du projet : The Hole in the wall) et  leur usage  a été laissé au bon vouloir des enfants de ces quartiers.

Au fil des semaines et des mois, ces enfants, pour la plupart non scolarisés, se sont peu à peu appropriés ces ordinateurs et en ont tiré d’eux-mêmes, sans l’aide de professeurs, des savoirs et des savoir-faire. Puis, s’apercevant que des encouragements stimulaient les enfants, Sugata Mitra eut l’idée de faire appel à des «mamies». Des retraitées étrangères, bénévoles et ignorant tout des sujets d’apprentissage, reçurent pour mission d’encourager ces enfants de l’autre bout du monde, via Skype, à grands renforts de « Bravo ! » et de « Super ! »: ces brigades de « supportrices » furent baptisées : « granny cloud ».

Ce qui devait arriver arriva : les progrès furent encore plus grands dans ce nouveau contexte d’assistance psychologique.

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Pour être pleinement humaniste l’éducation doit contribuer
à l’épanouissement personnel de chaque enfant

Aux États-Unis, au Canada, mais aussi en Belgique et en Allemagne, des cours dits de « développement personnel et social » ou encore de « connaissance de soi » ont vu le jour dès les années 1990. À l’aide de tests, de jeux, d’exercices, de débats, d’analyses, les enfants ont pu apprendre en classe, en primaire et au collège, à mieux canaliser leurs émotions, à adapter celles-ci aux situations, à échanger, à mieux se respecter, à se comprendre. Les conséquences positives se sont graduellement fait sentir dans les établissements scolaires, principalement dans la diminution des actes de violence et une plus grande attention dans les enseignements de base.

L’article 34 qui encourage en France l’innovation pédagogique n’a jusqu’à présent guère donné lieu à des expériences de ce genre. Aussi à l’heure où la réflexion sur les rythmes scolaires, sur le temps de travail, sur la formation des enseignants est au cœur de l’actualité, peut-il être bon de s’interroger sur la place que pourrait prendre cette dimension dans nos pratiques pédagogiques.

L’éducation ne peut reposer seulement sur les programmes disciplinaires, leurs contenus, leurs exigences et leurs évaluations. Pour être pleinement humaniste elle doit contribuer à l’épanouissement personnel de chaque enfant, renforcer la confiance en soi et la possibilité de trouver sa voie. C’est pourquoi l’éducation émotionnelle doit entrer dans la formation des futurs professeurs afin d’améliorer leur maîtrise des situations d’enseignement, ainsi que dans la culture humaniste associée à toute finalité pédagogique.

Pascal Caglar

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 Daniel Favre, “Cessons de démotiver les élèves”, Dunod 2010 ; Louise Lafortune, Pierre-André Doudin, Francisco Pons, “Les Émotions à l’école”, PUQ, 2004.

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