La Saison Africa2020 aura bien lieu !

Le 4 novembre dernier s’est tenue à la Cité des Sciences de Paris la conférence de presse de lancement de la Saison Africa2020.

Reportée de juin-décembre 2020 à décembre-juillet 2021 suite à la crise sanitaire et au premier confinement, cette Saison panafricaine très attendue doit se dérouler en France sur tout le premier semestre de l’année prochaine.

Prise en charge par l’Institut français, la Saison Africa2020 se veut la traduction en actes du discours de Ouagadougou prononcé par le président de la République en novembre 2017. À cette occasion, le chef de l’État a voulu imaginer devant la communauté africaine rassemblée une nouvelle relation entre la France et l’Afrique et valoriser la jeunesse, la culture et l’innovation d’un continent bien trop mal connu dans notre pays : « On ne connaît pas l’Afrique, la jeunesse française connaît très mal l’Afrique, elle commence à en connaître la littérature […], mais elle en connaît mal la peinture, la vitalité théâtrale, cinématographique, sculpturale, la richesse de toute la création artistique. » Ainsi, la « Saison des cultures africaines en France doit permettre de faire connaître à la France, aux jeunes Français la création des jeunes générations africaines dans la mode, dans la musique, dans le cinéma, dans le design ».

Il s’agit bien de rompre avec une histoire coloniale ou postcoloniale relevant de liens de subordination perdurant depuis les années 1960 entre l’ancienne métropole et ses colonies (la « France-Afrique ») et construire un nouveau partenariat avec un continent en pleine transformation. Aujourd’hui de plus en plus et de mieux en mieux formés, les Africains, fort d’une classe moyenne en plein développement, prennent en charge les enjeux contemporains qui sont les leurs mais également ceux du monde. Biodiversité, développement durable, gestion des croissances urbaines, gestions des flux d’information ou circulation des hommes et biens, patrimoine et développement culturel : à toutes ces problématiques, dans tous ces domaines et ces champs civiques ou scientifiques, l’Afrique et ses cinquante-quatre pays proposent des solutions, des pistes pour construire notre futur

Une Afrique au cœur du monde

N’Goné Fall, Commissaire générale de la saison Africa2020 © F. Diouf

La Saison Africa2020 est une invitation à regarder et comprendre le monde selon le regard des Africains comme le souligne N’Goné Fall, sa commissaire générale, sénégalaise d’origine, architecte et maîtresse dans l’art de l’ingénierie artistique.

Patiemment construite autour de cinq thèmes et de focus dont la jeunesse et les femmes, la Saison a réussie à entraîner dans son sillage de grandes institutions scientifiques ou culturelles, comme des associations ou collectivités locales plus modestes. La Biennale de danse de Lyon, la Maison européenne de la photographie, la Cité du Design de Saint-Étienne, le théâtre national de Bretagne, la Cité des Arts de la Réunion ou l’association Cartooning for Peace (avec entre autre une exposition pédagogique) se sont ainsi engagées dans l’aventure. L’ensemble des projets soutenus par la Saison, au même titre que les projets scolaires, sont pensés et réalisés en co-construction avec la société civile africaine. Exit ici les liens entre États et politiques. De véritables partenariats de coopération se sont noués entre musées et artistes, galeries d’exposition ou festivals et des compagnies, collectifs de personnalités africaines à la réputation mondiale.

Continent de plus d’un milliard d’habitants, l’Afrique plurielle est traversée par de grands courants associés à la modernité. Les Africains vivent ainsi dans un environnement de plus en plus urbanisé, connecté. Ils partagent dans sa diversité de grandes évolutions sociales et culturelles et proposent au mondes leurs créations artistiques, leurs découvertes scientifiques. Ce à quoi la Saison veut se faire l’écho. Conçue autour des grands défis du XXIe siècle, la Saison Africa2020 présente les points de vue de la société civile du continent africain et de sa diaspora récente dans tous les secteurs d’activité. Sur tous les territoires, ce sont plus de quatre cent cinquante projet qui irrigueront villes, régions et départements et quinze QG ou centre culturels panafricains qui, sur plusieurs jours ou semaines, proposeront débats, rencontres, ateliers ou expositions. Grenoble, Bobigny, Montpellier, Château-Thierry ou Pointe-à-Pitre mettront ainsi et successivement durant la Saison l’Afrique au cœur de leurs territoires. Cette Saison sera centrée sur l’innovation dans les arts, les sciences, les technologies, l’entrepreneuriat et l’économie. Histoire de ne pas résumer l’Afrique à ses villages, ses contes (folkloriques) ou ses sportifs endurants…

Une Afrique de la création donc, dans laquelle les jeunes et les femmes jouent un rôle essentiel qu’il s’agit de promouvoir, comme le rappelle Angélique Kidjo, chanteuse marraine de la Saison. De ce point de vue, Africa2020 ne doit pas seulement se voir comme un événement unique, festif et sans lendemain, mais bien comme une opportunité de changer les regards de façon pérenne.

L’École au cœur de la Saison

La Saison Africa2020 est résolument tournée vers la jeunesse et sa formation. Le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports prend de ce fait pleinement part à l’organisation de cet événement majeur. Il a souhaité profiter de cette opportunité pour présenter aux élèves la place éminente du continent africain dans le monde aujourd’hui et celle qu’il aura demain.

Ce moment privilégié d’une présence africaine en France est l’occasion de valoriser les liens contemporains entre un continent trop peu étudié hors des disciplines géographiques ou historiennes, trop souvent ramené à une seule histoire partagée : celle de la traite négrière, de la colonisation et des violences postcoloniales des XXe et XXIe siècles. Sans la nier ou la minimiser, sans gommer les difficultés réelles qui pèsent sur le continent, il s’agit de dépasser les idées reçues ou uniquement pessimistes dans le cadre d’une ouverture de l’école à une Afrique moins fantasmée que découverte à l’aulne de sa créativité, de son dynamisme, de sa jeunesse innovante. « Décoloniser les imaginaires », selon le souhait du philosophe sénégalais et soucieux de panafricanisme Souleymane Bachir Diagne.

En créant un pôle Africa2020 dédié, le ministère a souhaité mettre en place une dynamique scolaire autour de cette Saison originale. Dès septembre 2019, toutes les académies ont été invitées à participer à la mise en place de projets pédagogiques. Plus de 350 d’entre eux ont été présentés et 274 ont obtenu le label Africa2020 qui souligne leur originalité et leurs qualités remarquables.

Tous les projets labellisés sont pris en charge par des équipes pluridisciplinaires développant des problématiques très variées. Retenons l’importance de deux thématiques majeure : le développement durable (comment concilier le développement africain et la gestion de la biodiversité ?) et la découverte de l’Autre (comment vit-on en Afrique aujourd’hui ?). Les restitutions pédagogiques prennent le plus souvent la forme de créations littéraires et artistiques et mêlent les attendus des programmes mais également des parcours d’éducation artistique et culturel et citoyenneté.

Dans la perspective de transformer le regard des jeunes générations sur l’Afrique, des ressources pédagogiques sont proposées en direction des équipes éducatives dans de nombreuses disciplines. Il s’agit de faire connaître aux enseignants l’Afrique d’aujourd’hui (fiches pédagogiques, expositions virtuelles utilisables en classe) et de pouvoir insuffler de l’Afrique dans les cours disciplinaires ou dans les projets pédagogiques de classe ou d’établissement.

L’accompagnement pédagogique proposé dans le cadre de la réédition du recueil de nouvelles EJo (Autrement, 2020) de Beata Umubyeyi-Mairesse sur le site de l’École des lettres, l’Afrique à chanter éditée sur la plateforme Music Prim (Réseau Canopé) qui fait la part belle aux musiques africaines contemporaines, les dispositifs « école au cinéma » investis par les productions africaines contemporaines de grande qualité et soutenu par l’association CinéWax, sont autant de dispositifs qui peuvent accompagner les professeurs de tous les niveaux dans leur quête de ce continent décidément plein de surprises.

Avec la traduction didactique de l’Histoire générale de l’Afrique, œuvre prolifique rédigée depuis les années 1960 par des centaines de spécialistes africains et sous l’égide de l’UNESCO, la Saison offre au grand public mais avant tout aux professeurs la possibilité de mieux connaître cultures et sociétés africaines dans leur épaisseur historique et jusqu’à aujourd’hui.

C’est bien d’un renouvellement en profondeur de nos représentations dont il s’agit. La volonté aussi de construire des échanges pérennes avec le continent, fondés sur les jeunes générations : correspondances virtuelles dès les classes pré-élémentaires avec des établissements d’Afrique du Nord, du Sénégal ou d’Afrique du Sud ; artistes plasticiens ou dessinateurs de presse, grands chefs cuisiniers ou écrivains accueillis en collège autour de rencontres et d’échanges ; fabrication conjointe de chefs-d’œuvre en lycée professionnel, à l’image des premières Bac Pro du lycée professionnel Urbain Vitry  de Toulouse qui fabriquent un awalé géant et proposeront à d’autres élèves d’en comprendre les fondements mathématiques et les usages pédagogiques en Afrique. Certains élèves français et africains s’investissent dans des Campus des Métiers et Qualifications, quand d’autres travaillent de concert la place de la femme dans la littérature africaine contemporaine.

Les cours de français (littérature africaine magnifiquement présentée par Boniface Mongo-Mboussa dans Désir d’Afrique – « Folio », Gallimard, 2002 –, littérature de jeunesse comme l’étude de la série Akissi de Marguerite Abouet), de langues, de sciences ou mathématiques (valorisation et étude de la Grande Muraille verte de l’Afrique sub-saharienne face aux changements climatiques) ou d’éducation aux médias (quelle information en Afrique aujourd’hui ? quelle place pour les caricaturistes ? ), etc., permettent, dans le cadre d’une séquence spécifique ou d’un projet plus ambitieux, d’aborder l’Afrique d’aujourd’hui à travers le regard et les problématiques des Africains. L’ensemble des projets labellisés sont disponibles sur l’espace Africa2020 d’Eduscol et les enseignants trouveront sur le site de la Saison les renseignements utiles pour se greffer sur la riche programmation régionale.

Cet heureux foisonnement dit combien l’esprit de la Saison Africa2020 entre en résonance avec les valeurs de l’école et les attentes des professeurs : apport de connaissances renouvelées, dépassement des stéréotypes, ouverture de l’école à l’Autre. Pour beaucoup d’enseignants, travailler cette matière africaine, c’est aussi parler directement et positivement de l’Afrique à des élèves pour certains originaires du Maghreb, de l’Afrique sub-saharienne, de Mayotte ou de Madagascar. Leur dire que l’histoire partagée ne se résume pas à des décennies de souffrances, mais également à des échanges plus anciens, plus profonds, gages d’un avenir construit ensemble.

La Saison Africa2020 est l’occasion de lancer des pistes : les équipes impliquées ont montré toute la richesse des entrées pédagogiques et didactiques possibles. L’intérêt aussi de travailler sur des projets pluridisciplinaires ouvrant sur des productions originales, valorisés par le pôle du ministère. En ces temps bien moroses, l’Afrique peut sans doute nous apparaitre comme une belle échappée.

Alexandre Lafon

• Le site de lInstitut français.

• Le site d’Édusco, Une année de l’Afrique à l’École.

Music prim, pour enseigner la musique à l’école et au collège.

Voir sur ce site :

« Ejo », de Beata Umubyeyi Mairesse et le génocide des Tutsi au Rwanda.

Enseigner l’Afrique : pour un nouveau paradigme scolaire, par Alexandre Lafon.

Contre les idées reçues. L’Afrique entre au Collège de France, par Alexandre Lafon.

Voir sur le site du Réseau Canopé les dossiers pédagogiques consacrés au cinéma africain :

• « Lamb », de Yared Zeleke, par Philippe Leclercq.

En Éthiopie, sécheresse et famine déciment la population. Alors qu’il vient de perdre son épouse, un père décide de quitter sa région sinistrée du nord-est avec son fils Ephraïm, 9 ans, inséparable de sa brebis « héritée » de sa mère. En route, l’homme confie son enfant à quelques membres de sa famille éloignée, avant de partir en quête de travail. Pour l’enfant, l’épreuve du déracinement, déjà pénible, prend un tour terrifiant quand il comprend que son oncle envisage de sacrifier sa brebis à l’occasion d’une fête religieuse. Ephraïm met alors en place un stratagème pour sauver son cher animal…

« Amal », de Mohamed Siam, par Philippe Leclercq.

Le Caire, 2012. Un an après le Printemps arabe ayant provoqué la chute du régime, la rue gronde à nouveau. Les émeutes sanglantes de Port-Saïd ont jeté les jeunes dans la rue. Parmi eux, Amal, adolescente révoltée de 15 ans, dénonce les brutalités policières dont elle a été elle-même victime durant l’occupation de la place Tahrir. Pendant cinq ans, de 2012 à 2017, le réalisateur Mohamed Siam filme la jeune Amal au quotidien, dans une Égypte post-révolutionnaire en pleine effervescence, livrant ainsi le double portrait d’un pays en crise et d’une femme en devenir.

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